« Renforcer le néerlandais à Bruxelles n’est pas une punition »
Plus de 90 % des écoles bruxelloises participent à « Ieder Kind Taalheld », un programme visant à renforcer le néerlandais. Dans un entretien avec 21News, Cieltje Van Achter explique pourquoi cette initiative est devenue indispensable.
Publié par Vanille Dujardin
Résumé de l'article
Pour la ministre Cieltje Van Achter, renforcer le néerlandais à Bruxelles est avant tout une manière d’offrir davantage de chances aux enfants.
Le projet fait partie du ToTaalplan Nederlands de la ministre bruxelloise.
Comment expliquez-vous que Bruxelles, où les défis linguistiques sont les plus importants, affiche aussi le taux de participation le plus élevé ?
C’est évidemment frappant, mais finalement assez logique. Justement parce que les défis linguistiques sont énormes à Bruxelles, les écoles ressentent fortement le besoin d’un soutien supplémentaire. Avec 97 % d’écoles inscrites, les écoles bruxelloises montrent qu’elles veulent avancer. Elles prennent leurs responsabilités et placent le néerlandais très haut dans leurs priorités.
Il existe déjà plusieurs initiatives linguistiques à Bruxelles. Qu’est-ce qui distingue ‘Ieder Kind Taalheld’ des projets précédents ?
Bruxelles ne part effectivement pas de zéro. Il existe déjà beaucoup d’expertise autour des politiques linguistiques. Grâce aux experts linguistiques, les écoles disposent d’une personne au sein de l’équipe qui pilote cette politique, soutient les enseignants et ancre le néerlandais dans la pratique quotidienne des classes. Il ne s’agit donc pas d’un projet ponctuel, mais d’une expertise durable au sein des écoles.
Comment allez-vous mesurer si ce programme fonctionne réellement dans les classes ?
Au final, cela doit se voir dans le développement linguistique des élèves et dans la manière dont les écoles mettent en œuvre leur politique linguistique. Nous devrons donc nous appuyer sur des instruments existants comme KOALA, les tests flamands et le suivi effectué par les écoles elles-mêmes. Mais il sera tout aussi important de voir si les enseignants se sentent mieux soutenus et si la politique linguistique se traduit réellement dans la pratique quotidienne.
Les enseignants dénoncent souvent un manque de temps et de moyens. Les experts linguistiques peuvent-ils réellement faire la différence ?
Les experts linguistiques ne sont pas une solution miracle à tous les problèmes, et certainement pas à la pénurie d’enseignants. Mais ils peuvent jouer un rôle important en renforçant l’expertise au sein des écoles. Ils aident leurs collègues, structurent la politique linguistique et évitent que les enseignants se sentent seuls face à ces défis. L’objectif n’est pas d’ajouter du travail administratif, mais d’offrir davantage de soutien concret sur le terrain.
Où constatez-vous aujourd’hui les plus grands manques en matière d’environnements néerlandophones à Bruxelles ? Le néerlandais devient-il davantage une langue scolaire qu’une langue familiale ?
77 % des enfants de l’enseignement primaire néerlandophone à Bruxelles ont une autre langue maternelle que le néerlandais. C’est une réalité dont il faut tenir compte. C’est pourquoi les enfants doivent aussi avoir davantage d’occasions d’entendre, de pratiquer et d’utiliser le néerlandais en dehors de la classe : dans les garderies, les loisirs, les clubs sportifs, les bibliothèques, les activités de vacances ou encore via les parents. C’est précisément pour cela que le ToTaalplan Nederlands est si important. Une langue s’apprend en la pratiquant et en l’utilisant.
Certains critiques craignent qu’un renforcement du néerlandais mette davantage de pression sur les élèves étrangers. Comprenez-vous cette critique ?
Au contraire, il s’agit de donner plus d’opportunités. Renforcer le néerlandais n’est ni une punition ni une exclusion. C’est donner aux enfants la clé pour pouvoir suivre à l’école, poursuivre des études, accéder au marché du travail et trouver leur place dans la société.
Quel est l’objectif final de votre ToTaalplan Nederlands ?
Avec le ToTaalplan Nederlands, nous voulons rendre le néerlandais plus visible, plus fort et plus naturel dans la vie quotidienne des enfants et des jeunes bruxellois. Parce que la langue ouvre des portes. Plus on maîtrise le néerlandais, plus on est fort à l’école, sur le marché du travail, à Bruxelles, en Flandre et dans la société. Notre ambition est que les enfants bruxellois aient cette clé en main.