Se mettre à son compte ? Les travailleurs belges sont les derniers d'Europe à l'envisager
Seuls 14 % des travailleurs belges envisagent de créer leur propre activité, contre 25 % en moyenne dans seize pays européens. La Belgique termine dernière du classement de SD Worx, mais l'envie d'entreprendre est nettement plus forte chez les moins de 35 ans.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Seuls 14 % des travailleurs belges envisagent de créer leur activité, contre 25 % en moyenne en Europe.
- Chez les moins de 35 ans, la proportion grimpe à 24 %.
- Les travailleurs ayant des responsabilités managériales sont plus de deux fois plus nombreux à envisager l'entrepreneuriat : 23 % contre 10 %.
La Belgique ferme la marche européenne en matière d’envie d’entreprendre. Seuls 14 % des travailleurs belges envisagent concrètement de créer leur propre activité, contre 25 % en moyenne dans les seize pays étudiés par SD Worx. Chez les moins de 35 ans, l’intérêt grimpe toutefois à près d’un sur quatre.
La fibre entrepreneuriale semble nettement moins développée chez les travailleurs belges que chez leurs homologues européens. Selon une enquête menée par SD Worx auprès de 16.500 travailleurs dans seize pays européens, dont plus de 1.000 en Belgique, seuls 14 % des travailleurs belges envisagent concrètement de créer leur propre activité.
C’est le pourcentage le plus faible des pays étudiés. La Belgique partage la dernière place du classement avec l’Allemagne et se situe très loin de la moyenne européenne de 25 %.
Les moins de 35 ans nettement plus tentés
Derrière ce chiffre global se cachent toutefois d’importantes différences selon l’âge. Près d’un travailleur belge de moins de 35 ans sur quatre (24 %) envisage de créer sa propre activité. Cette proportion chute à 11 % parmi les 35-54 ans et à seulement 6 % chez les 55 ans et plus.
Damien Dumortier, Team Leader Service Dirigeants chez SD Worx, n’y voit rien de très surprenant.
« Il n’est pas étonnant que les jeunes envisagent plus souvent l’entrepreneuriat : ils se trouvent à un stade plus précoce de leur parcours professionnel et disposent généralement de davantage de latitude pour explorer différentes pistes. »
Mais entre l'envie et la concrétisation d'un projet, le chemin peut être long.
« Le défi consiste à transformer cet intérêt en projets d’entreprise réalisables, en accordant suffisamment d’attention à la préparation financière, à la protection sociale et à l’accompagnement », ajoute Damien Dumortier.
D'autres indicateurs confirment l'intérêt plus marqué des jeunes pour le statut d'indépendant. Parmi les moins de 35 ans, 26 % déclarent préférer travailler comme indépendants plutôt que comme salariés et 25 % envisagent une activité indépendante à titre complémentaire. Tous âges confondus, ces deux proportions retombent à 16 %.
L'indépendant complémentaire comme porte d'entrée
Pour Stéphanie Gowenko, porte-parole de Xerius, le statut d'indépendant complémentaire peut permettre de tester un projet sans prendre immédiatement tous les risques liés à la création d'une entreprise.
« Une activité d’indépendant à titre complémentaire peut constituer une première étape accessible : les travailleurs peuvent tester une idée et acquérir de l’expérience sans renoncer d’emblée à la sécurité que leur procure leur activité principale. »
Elle souligne cependant que l'intérêt exprimé dans une enquête ne se traduit pas automatiquement par la création effective d'une activité.
« Les chiffres montrent toutefois qu’une intention ne suffit pas à créer une entreprise. Une bonne information et un accompagnement adapté restent essentiels pour rendre le passage à l’acte possible. »
Les managers deux fois plus tentés
L'âge n'est pas le seul facteur déterminant. Les travailleurs exerçant des responsabilités managériales envisagent beaucoup plus fréquemment de devenir entrepreneurs.
Parmi ceux qui encadrent une ou plusieurs personnes, 23 % songent à créer leur propre activité, contre seulement 10 % des travailleurs sans responsabilité managériale.
Le même écart apparaît lorsqu'il est question de devenir indépendant à titre complémentaire : 25 % des managers l'envisagent contre 13 % des autres travailleurs. Et 27 % des premiers disent préférer le travail indépendant au salariat, contre 11 % des seconds.
La taille de l'entreprise semble également jouer un rôle. Dans les organisations de moins de 250 travailleurs, 17 % des salariés envisagent de créer leur activité. Ils ne sont plus que 6 % dans les entreprises employant au moins 2.500 personnes.
17 % des hommes contre 10 % des femmes
L'enquête relève également un écart entre hommes et femmes : 17 % des travailleurs masculins envisagent de créer une entreprise, contre 10 % des travailleuses.
Une différence qui se retrouve parmi ceux qui franchissent réellement le pas. Selon Xerius, environ 60 % des créateurs d'entreprise accompagnés sont des hommes et 40 % des femmes.
« Les hommes constituent toujours la majorité des créateurs d’entreprise effectifs. En 2025, le nombre de créateurs d’entreprise, hommes et femmes confondus, a toutefois connu une croissance aussi forte en Belgique, à savoir de 5 %, même s’il existe des différences régionales », explique Stéphanie Gowenko.
La Belgique très loin de la Roumanie
La comparaison européenne est particulièrement frappante. Alors que 14 % des Belges envisagent de créer leur activité, la moyenne atteint 25 % dans les seize pays étudiés.
À l'autre extrémité du classement figurent notamment la Roumanie, la Serbie et la Croatie. En Roumanie, 45 % des travailleurs envisagent de créer leur entreprise, 55 % pensent à une activité complémentaire et 52 % disent préférer travailler comme indépendants plutôt que comme salariés.
Pour Damien Dumortier, le contexte réglementaire et fiscal belge pourrait contribuer à expliquer cette prudence.
« Les entrepreneurs prennent des risques et font des choix à long terme : investir, recruter et se rémunérer. Ils doivent pour cela connaître le cadre dans lequel s’inscrivent leurs décisions. C’est précisément là que le bât blesse aujourd’hui. »
Le responsable de SD Worx pointe notamment « les nombreuses mesures prises en peu de temps, les changements successifs et les incertitudes entourant notamment les avantages de toute nature, les distributions de dividendes et d’autres mesures fiscales », qui compliqueraient la planification des entrepreneurs.
« Un cadre réglementaire et fiscal clair et prévisible, ainsi qu’un climat favorable à l’entrepreneuriat, pourraient contribuer à stimuler l’envie d’entreprendre », estime-t-il.
Le tableau n'est cependant pas entièrement négatif. Damien Dumortier relève que la Belgique figure, selon Eurostat, parmi les cinq pays européens où les créations d'entreprises sont les moins nombreuses, mais souligne plusieurs signaux positifs.
« Il existe toutefois des motifs d’optimisme : les créations sont plus nombreuses que les cessations d’activité (5,7 %) et le taux de survie après deux ans est l’un des plus élevés d’Europe (82 %). Cette dynamique se traduit cependant moins rapidement par la création d’emplois supplémentaires en Belgique. »