Ségolène Royal sait mener une campagne : « Mon interview a atteint l’audience de Pascal Praud »
Dans la primaire à gauche, Ségolène Royal entend occuper l’espace médiatique, imposer ses thèmes et provoquer les réactions de ses concurrents.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Ségolène Royal mise sur son expérience, sa notoriété et la bataille médiatique pour peser dans la primaire à gauche. Ses prises de parole et ses attaques contre ses concurrents visent à installer sa candidature au centre de la campagne.
« Mon interview chez Sonia Mabrouk a fait un carton. Elle a atteint l’audience de Pascal Praud ! » Dans la campagne de la primaire à gauche, Ségolène Royal semble avoir retrouvé un terrain qu’elle maîtrise depuis longtemps : celui de la bataille médiatique. À 73 ans, l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 entend occuper l’espace, imposer ses thèmes et obliger ses concurrents à réagir.
Il suffit d’une scène rapportée par Le Nouvel Obs pour comprendre sa méthode. Lors d’un entretien avec le magazine, Ségolène Royal aurait posé ses conditions : « Moi, je veux la une du “Nouvel Obs”. Si je n’ai pas la une, je ne donne pas d’interview. » Ce n’est pas seulement une question d’ego médiatique. C’est aussi une certaine conception de la campagne politique et, évidemment, de savoir-faire politique.
Saturer l’espace médiatique
Ségolène Royal connaît les campagnes électorales. En 2007, elle avait atteint le second tour de l’élection présidentielle face à Nicolas Sarkozy. Près de vingt ans plus tard, elle revient dans une primaire où cinq candidats sont engagés dans la compétition : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et elle-même. Le premier tour est prévu les 9 et 10 octobre, le second les 16 et 17 octobre.
Son pari semble aujourd’hui assez lisible : ne pas laisser la campagne se dérouler sans elle.
Chaque intervention peut devenir un événement. Une formule contre Raphaël Glucksmann. Une attaque contre Olivier Faure. Une proposition sur le pouvoir d’achat. Une sortie sur l’ordre ou l’autorité. Une interview sur une chaîne de télévision. Puis, mécaniquement, les réactions de ses adversaires et les commentaires dans les médias.
C’est précisément ce mécanisme qui peut permettre à une candidate de peser au-delà de son poids organisationnel : provoquer suffisamment de réactions pour que la campagne parle d’elle.
Une candidate qui sait fabriquer des séquences
Le parcours de Ségolène Royal explique en partie cette aisance. Elle n’est pas une nouvelle venue dans le jeu politique. Elle a été ministre, présidente de région, candidate à l’Élysée et finaliste de la présidentielle de 2007.
Son style de communication repose souvent sur des formules courtes et immédiatement exploitables médiatiquement. Le Nouvel Obs relève ainsi ses attaques récentes contre Raphaël Glucksmann, qu’elle a notamment qualifié de « stagiaire en politique ». Le candidat de Place publique lui a répondu publiquement.
Le procédé est classique : une phrase, une réaction, puis une nouvelle séquence médiatique.
Et dans une primaire, où les candidats doivent encore se faire identifier par une partie du public, cette bataille de l’attention peut devenir centrale.
Une liberté que ses concurrents doivent prendre en compte
La candidature de Ségolène Royal modifie aussi le rapport de force médiatique. Ses adversaires disposent d’organisations politiques, de réseaux militants et de leurs propres soutiens. Elle, de son côté, peut mettre en avant une expérience présidentielle et une notoriété construite depuis plusieurs décennies.
Le Monde rapporte d’ailleurs qu’au sein de Place publique, certains s’attendaient à ce que sa candidature rende la primaire particulièrement conflictuelle, notamment en raison de son style jugé très offensif.
Cette situation crée une équation particulière pour ses concurrents : répondre à Royal, c’est contribuer à installer Royal dans la campagne ; ne pas répondre, c’est prendre le risque de lui laisser le monopole de certaines séquences médiatiques.
Raphaël Glucksmann a choisi de répondre à plusieurs de ses attaques. Olivier Faure doit lui aussi composer avec une candidate qui n’hésite pas à le mettre en cause publiquement.
« No limit »
C’est peut-être là que réside la principale particularité de cette candidature. Ségolène Royal n’arrive pas dans cette primaire comme une personnalité qui doit construire sa notoriété à partir de zéro. Elle possède déjà une histoire politique, un nom connu des électeurs et une expérience du scrutin présidentiel.
Cela lui permet de mener une campagne différente de celle de candidats qui doivent simultanément se faire connaître, installer leur image et convaincre. Son pari consiste plutôt à réactiver une marque politique.
Elle l’a elle-même résumé, selon Le Nouvel Obs, par une ambition très concrète : obtenir une place centrale dans les médias. Son insistance sur les audiences télévisées et sur la couverture médiatique illustre cette volonté d’occuper le terrain.
La question est désormais de savoir jusqu’où cette stratégie peut fonctionner dans une primaire où Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel cherchent eux aussi à imposer leur propre récit.
Une chose est certaine : Ségolène Royal entend faire de sa campagne un événement médiatique en soi. Et plus ses adversaires réagissent à ses provocations, plus elle obtient ce qu’une campagne électorale recherche avant tout : de l’attention.