Charles Martel, un « mythe » dangereux ? À Poitiers, Bally Bagayoko s'en prend à un symbole du récit national
Lors d'un meeting de La France insoumise à Poitiers, Bally Bagayoko a dénoncé le récit entourant la victoire de Charles Martel en 732, l'associant à l'extrême droite et au terrorisme de Christchurch. Une intervention qui interroge la place accordée aux grandes victoires du passé dans la mémoire nationale française.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À Poitiers, Bally Bagayoko dénonce le « mythe » de Charles Martel et associe le récit de 732 à l'extrême droite. Une controverse autour d'un symbole du patrimoine historique français.
Charles Martel, la bataille de Poitiers, l'année 732 : trois références profondément ancrées dans le récit national français. Treize siècles après la victoire des Francs sur une armée omeyyade, cet épisode continue d'occuper une place particulière dans la mémoire historique du pays. Mais c'est précisément la signification politique donnée à cette bataille que Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, a choisi de contester.
Lors d'un meeting organisé le 30 octobre à Poitiers, l'élu a dénoncé l'utilisation de Charles Martel comme symbole d'une opposition entre populations européennes et musulmanes. « Vous les connaissez, ces autocollants, ces tee-shirts, ces slogans, le fameux 732 ? Charles Martel, Poitiers. La ville qui aurait dégagé les Arabes, a-t-il lancé, avant de poursuivre : Ils ont fait d'une bataille vieille de treize siècles un étendard, une frontière imaginaire entre eux et nous. »
🔴 En meeting à Poitiers, Bally Bagayoko qualifie la bataille de 732 de "mythe" et de "folklore"
— French Carcan (@FrenchCarcan) November 5, 2026
✅ La bataille de Poitiers, en octobre 732, oppose les troupes franques dirigées par le maire du palais Charles Martel à une expédition arabo-berbère commandée par l'émir Abd… pic.twitter.com/YJCjuKYERx
De la victoire de 732 au terrorisme de Christchurch
Le maire de Saint-Denis ne s'est pas contenté de critiquer les mouvements identitaires qui revendiquent l'héritage de Charles Martel. Il a voulu montrer jusqu'où pouvait conduire, selon lui, la mobilisation politique de cette référence historique. « D'abord, ce mythe. Ce n'est pas un folklore innocent », a-t-il déclaré.
Il a rappelé l'occupation du chantier d'une mosquée de Poitiers par des militants de Génération identitaire en 2012, avant d'évoquer l'attentat de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, où 51 fidèles musulmans ont été assassinés en 2019.
L'auteur de ce massacre avait inscrit sur ses armes plusieurs références historiques, dont Tours 732. « Vous voyez bien la convergence parfaite entre ces deux événements », a estimé Bally Bagayoko.
Le rapprochement repose sur une réalité : des mouvements identitaires et des terroristes d'extrême droite ont effectivement mobilisé le souvenir de la bataille de Poitiers. Mais l'utilisation criminelle ou extrémiste d'une référence historique suffit-elle à disqualifier la place de cet événement dans la mémoire collective ?
Car la bataille de 732 ne doit pas son existence aux militants de Génération identitaire, pas plus que sa postérité ne se résume aux inscriptions figurant sur les armes du terroriste de Christchurch.
Charles Martel, un héritage qui dépasse ses récupérations politiques
L'affrontement de 732 est un fait historique établi. Les forces franques de Charles Martel ont vaincu une armée omeyyade conduite par Abd al-Rahman al-Ghafiqi, mort au cours de la bataille. Les historiens débattent de la portée stratégique de cette victoire et des conséquences qu'aurait pu avoir une issue différente. Mais ces discussions ne remettent pas en cause l'existence de l'événement.
Au fil des siècles, Charles Martel est devenu une figure importante de l'histoire de France. Sa victoire a été intégrée à un récit national qui a contribué à façonner la représentation du passé français, notamment dans l'enseignement et la mémoire populaire. Cette dimension patrimoniale mérite d'être distinguée des usages idéologiques contemporains.
Une bataille peut être célébrée pour sa place dans l'histoire d'un pays sans que cette célébration implique une hostilité envers les populations qui vivent aujourd'hui sur son territoire. Inversement, reconnaître sa portée symbolique n'oblige pas à reprendre sans nuance les interprétations qui en ont été données au cours des siècles.
C'est cette distinction qui risque de disparaître lorsque le récit de Charles Martel est principalement abordé à travers les références qu'en font les mouvements les plus radicaux.