Taxe sur les grandes fortunes : le MR accuse Les Engagés de vouloir faire fuir les investisseurs
Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a violemment rejeté lundi la proposition des Engagés visant à instaurer une contribution progressive sur les plus grands patrimoines.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
Les Engagés proposent une contribution progressive sur les patrimoines supérieurs à 500.000 euros, avec un taux de 0,6 % au-delà de 3 millions.
Georges-Louis Bouchez dénonce une « rage taxatoire » et estime que l’État doit réduire ses dépenses plutôt que ponctionner les créateurs de richesse.
Le MR s’appuie sur les échecs observés dans d’autres pays pour alerter sur la fuite des capitaux, la baisse de l’investissement et les recettes fiscales décevantes.
Pour le libéral, il ne s’agit pas d’une mesure de justice fiscale, mais d’un mauvais réflexe belge de plus : taxer ceux qui investissent au lieu de réduire la taille de l’État.
« C’est l’État qui doit maigrir. Pas les poches de celles et ceux qui créent la richesse du pays », a-t-il lancé sur X.
🤯 Donc un concessionaire auto qui vend sa concession, un patron de PME qui a bossé 40 ans avant de vendre son affaire ou simplement un héritage d’un bien immobilier que vous revendez et vous serez considéré comme une épaule large !
— Georges-L BOUCHEZ (@GLBouchez) June 22, 2026
👊 Alors bien sûr que tout le monde n’a pas un… pic.twitter.com/UnHElfbDuS
Le gouvernement fédéral a entamé ses travaux pour redéfinir une trajectoire budgétaire pluriannuelle. L’effort à fournir est massif. Il est question de 7 à 10 milliards d’euros. Le gouverneur de la Banque nationale a même évoqué, il y a dix jours, un besoin pouvant atteindre 14 milliards d’euros.
Dans ce contexte, chaque parti de la majorité avance ses pistes et ses lignes rouges. Les Engagés proposent une contribution progressive sur les patrimoines supérieurs à 500.000 euros, avec un taux qui atteindrait 0,6 % au-delà de 3 millions d’euros.
Economiquement dangereux
Pour Georges-Louis Bouchez, cette piste est économiquement dangereuse. « Cette rage taxatoire doit cesser. Et si même un parti centriste propose des choses plus radicales que les communistes du PTB, cela prouve à quel point la destruction de l’économie est ancrée dans le monde politique », a-t-il affirmé, dénonçant une « folie économique ».
Le président du MR estime que la Belgique a besoin d’investisseurs, d’entrepreneurs, de capitaux et de prises de risque. Or une taxe sur les patrimoines, selon lui, envoie exactement le signal inverse : réussir, accumuler, transmettre ou investir devient suspect.
L’ISF abandonné en France (sauf sur l’immobilier)
L’expérience étrangère lui donne en partie des arguments. En France, l’impôt de solidarité sur la fortune a longtemps été accusé de pousser une partie des contribuables aisés à l’exil fiscal. Il a finalement été transformé en 2018 en impôt centré sur la fortune immobilière. En Suède, l’impôt sur la fortune a été supprimé en 2007, notamment en raison de ses effets sur la fuite des capitaux et l’investissement. En Allemagne, l’impôt sur la fortune n’est plus appliqué depuis 1997, après des difficultés juridiques et pratiques liées notamment à l’évaluation des actifs.
Ces exemples montrent une limite classique de ce type de taxation : le rendement annoncé sur papier est rarement celui obtenu dans la réalité. Les patrimoines les plus importants sont souvent composés d’entreprises non cotées, d’immobilier, de participations ou d’actifs difficiles à valoriser. Les contribuables concernés disposent aussi de conseils juridiques, fiscaux et patrimoniaux. Résultat : optimisation, délocalisation, démembrement d’actifs, arbitrages défensifs et recettes plus faibles qu’espéré.
Taxe sur un stock et non sur un revenu
Les désavantages micro-économiques sont également nombreux. Une taxe annuelle sur le patrimoine frappe un stock, pas un revenu. Elle peut donc toucher des personnes riches en actifs mais pauvres en liquidités. Un entrepreneur dont la société prend de la valeur pourrait devoir vendre des parts ou se verser davantage de dividendes uniquement pour payer l’impôt. Cela réduit les moyens disponibles pour investir, embaucher, innover ou renforcer l’entreprise.
Deuxième effet pervers : la taxe pénalise l’épargne longue et le capital productif. Celui qui conserve ses actifs, prend des risques et réinvestit peut être davantage exposé que celui qui consomme ou organise son patrimoine de manière plus mobile. Troisième problème : elle augmente le coût d’opportunité de rester en Belgique pour les profils les plus mobiles. Dans une économie ouverte, les capitaux, les sièges de sociétés, les cadres et les entrepreneurs peuvent partir plus vite que l’administration fiscale ne peut les retenir.
Réduire d’abord les dépenses publiques
Pour le MR, la priorité devrait donc être ailleurs : réduire les dépenses publiques, remettre davantage de personnes au travail, simplifier l’État et créer un cadre fiscal stable. « Nous avons besoin d’investisseurs dans ce pays pour créer de l’emploi. On ne doit pas les faire partir ! Partout où une telle taxe a été créée, ce fut un échec cuisant », a insisté Georges-Louis Bouchez.
La sortie du président libéral montre en tout cas que l’exercice budgétaire s’annonce explosif au sein même de la majorité. Les Engagés veulent ouvrir le débat sur les grands patrimoines. Le MR, lui, entend refermer immédiatement cette porte.