« On passe notre temps à payer des amendes » : des entrepreneurs bruxellois dénoncent l’explosion des PV qui étranglent leur activité
À Bruxelles, des indépendants dénoncent l’accumulation des amendes liées à leurs déplacements professionnels, qu’ils considèrent comme un coût caché qui pèse sur leur activité.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Plombiers, électriciens, techniciens, livreurs ou artisans expliquent que les amendes de vitesse, de stationnement ou liées au téléphone au volant s’accumulent. Ils demandent davantage de compréhension pour les professionnels contraints de se déplacer avec leur matériel.
Pour de nombreux indépendants qui doivent se déplacer chaque jour dans Bruxelles, les amendes sont devenues un véritable coût caché du métier. Petits excès de vitesse, stationnement dépassé de quelques minutes, téléphone au volant : certains entrepreneurs affirment ne plus arriver à suivre et dénoncent un système devenu « une machine à sanctions ».
À Bruxelles, certains entrepreneurs ont le sentiment de travailler une partie de leur journée uniquement pour payer des amendes.
Plombiers, électriciens, techniciens, livreurs ou artisans, patrons dans l’Horeca : tous ont un point commun. Ils passent beaucoup de temps sur les routes avec leur véhicule professionnel, souvent une camionnette chargée de matériel.
Et pour eux, chaque déplacement est devenu un risque financier.
« Je ne compte même plus les PV depuis janvier », raconte André, plombier indépendant à Bruxelles. « Je dois circuler toute la journée avec ma camionnette pour aller chez les clients. Depuis le début de l’année, j’ai déjà reçu au moins une quinzaine d’amendes. »
La plupart concernent des infractions qui peuvent sembler minimes mais qui, accumulées, finissent par peser lourd.
« Une fois, c’est 56 km/h au lieu de 50. Une autre fois, 37 km/h dans une zone à 30. Ce sont parfois quelques kilomètres par heure de différence, mais la sanction tombe directement », explique-t-il.
À cela s’est ajoutée une amende beaucoup plus importante.
« Une fois, j’ai pris mon téléphone en main au volant. J’étais perdu dans un quartier que je connaissais moins et je regardais mon GPS. Je sais que ce n’est pas autorisé, mais dans la réalité, quand on travaille toute la journée sur la route, ça peut arriver. Résultat : plus de 200 euros d’amende. »
Pour André, le problème n’est pas de contester les règles.
« Je comprends qu’il faut respecter la sécurité routière. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on est surveillés en permanence. Quand ce n’est pas une amende de vitesse, c’est un parking dépassé de dix minutes. À la fin du mois, ça représente une vraie somme. Et je ne vous parle même pas des taxes de circulation et du montant des carburants qui, lui aussi, explose. Le tout ensemble, cela devient problématique et qu’on ne me dise pas que je dois prendre le métro ou le vélo avec tout mon matériel et le nombre de déplacements que je fais, c’est impossible. Sans voiture, je ne sais pas faire mon travail. »
Une situation qui alimente aussi une incompréhension chez certains clients.
« Après, les gens nous disent qu’on est trop chers pour un déplacement. Mais ils ne voient pas tous les coûts derrière : le carburant, l’entretien de la camionnette, les assurances et maintenant les amendes. »
Cela devient excessif, il y a une chasse à l’automobiliste
Le constat est similaire chez d’autres indépendants. Marc, électricien, explique avoir changé sa manière de travailler.
« Avant, je prenais les rendez-vous en fonction des clients. Maintenant, je dois aussi penser aux zones où je peux me garer, aux horaires, aux restrictions. Une intervention de 30 minutes peut devenir une galère administrative. » Selon lui, le stationnement est devenu l’un des plus grands problèmes.
« Quand on arrive chez un client, on ne peut pas toujours trouver une place juste devant l’immeuble. On porte du matériel lourd, on doit parfois se garer quelques minutes en double file pour décharger. Et parfois, le temps de monter chez le client, la sanction est déjà tombée. Cela devient excessif, il y a une chasse à l’automobiliste. »
Pour cet entrepreneur, les indépendants sont parfois oubliés dans la politique de mobilité.
« Une personne qui prend sa voiture pour aller se promener et un artisan qui doit transporter son matériel toute la journée, ce n’est pas la même réalité. »
Bruxelles devient compliquée pour ceux qui travaillent sur le terrain
Sophie, qui dirige une petite entreprise de dépannage, estime que la pression financière augmente.
« Nous avons l’impression d’être coincés entre plusieurs obligations : il faut être ponctuel chez les clients, respecter toutes les règles, trouver une place rapidement et éviter la moindre erreur. Mais dans une ville comme Bruxelles, ce n’est pas toujours réaliste. »
Elle pointe également la difficulté liée aux nouveaux aménagements urbains.
« Entre les zones 30, les changements de circulation, les rues qui deviennent à sens unique et les restrictions, il faut constamment s’adapter. Les grands groupes peuvent absorber certains coûts. Pour un indépendant seul, chaque amende fait mal. »
Des règles nécessaires mais une frustration grandissante
Les entrepreneurs interrogés ne remettent pas forcément en cause la nécessité de règles.
La sécurité routière, le respect des zones de circulation et la gestion du stationnement restent des enjeux importants dans une grande ville.
Mais ils demandent davantage de compréhension pour ceux dont le métier consiste précisément à se déplacer.
« On ne demande pas un permis de faire n’importe quoi », résume André. « On demande simplement qu’on comprenne qu’un artisan n’est pas un automobiliste comme un autre. Notre camionnette, c’est notre outil de travail. »
À Bruxelles, derrière chaque PV se pose donc une question plus large : comment concilier une ville plus réglementée avec la réalité quotidienne de milliers d’indépendants qui doivent encore y travailler chaque jour ?