TDAH : sommes-nous en train de transformer l’indiscipline et l’inattention en maladies ? (analyse)
Les diagnostics de TDAH ont plus que doublé chez les jeunes Britanniques en huit ans. Une ancienne présidente du Royal College of General Practitioners dénonce une société qui médicalise de plus en plus les comportements.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Les diagnostics de TDAH ont plus que doublé chez les jeunes Britanniques en huit ans. Une ancienne présidente du Royal College of General Practitioners dénonce une médicalisation des comportements et voudrait supprimer jusqu'à l'étiquette.
Sommaire
- Les diagnostics ont plus que doublé en huit ans
- Une maladie sans test qui permette de la diagnostiquer
- Et si l'enfant n'était pas malade, mais l'école inadaptée ?
- Un médicament qui fonctionne… mais à quel prix ?
- De l'indiscipline au symptôme
- Le diagnostic peut-il devenir une excuse ?
- Le DSM, formidable outil ou catalogue extensible ?
- Le marché de l'autodiagnostic
- Et si nous avions également fabriqué un environnement qui rend tout le monde inattentif ?
- Soigner ceux qui en ont besoin sans diagnostiquer une société entière
Un enfant ne tient pas en place. Il interrompt son professeur, abandonne rapidement une tâche, s'ennuie, se lève pendant le cours, peine à contrôler ses impulsions et préfère courir dehors plutôt que rester plusieurs heures derrière un pupitre.
Pendant des siècles, on aurait pu le dire turbulent, dissipé, indiscipliné, rêveur, difficile, extraordinairement énergique ou simplement mal adapté à l'école. Notre époque possède un autre mot : TDAH.
Et c'est précisément cette évolution que conteste avec une vigueur inhabituelle le Dr Iona Heath, ancienne présidente du Royal College of General Practitioners (RCGP), l'une des institutions les plus importantes de la médecine générale britannique, qui a été interrogée par le Times.
« J'interdirais l'étiquette TDAH », affirme en substance cette médecin aujourd'hui retraitée après 35 années de pratique. Plus radicalement encore : « Le TDAH n'est certainement pas une affection médicale, en ce qui me concerne. »
La formule va beaucoup plus loin que le consensus médical actuel. Mais elle pose une question que l'explosion des diagnostics rend de plus en plus difficile à évacuer : à partir de quand une difficulté à se conformer aux attentes de la société devient-elle une maladie ?
Les diagnostics ont plus que doublé en huit ans
Les chiffres britanniques donnent sa force à la polémique. Chez les enfants de 10 à 17 ans, les diagnostics de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité ont plus que doublé en huit ans, selon les données citées dans le documentaire de Channel 4 The Great ADHD Myth?.
Dans le même temps, l'utilisation de médicaments stimulants à base d'amphétamines a augmenté de 90 %. Quelque 278.000 patients en prennent désormais en Angleterre.
Cette progression peut recevoir deux interprétations radicalement différentes. La première consiste à considérer que la médecine détecte enfin correctement un trouble longtemps méconnu. Des générations d'enfants auraient souffert inutilement parce qu'on les prenait pour des paresseux, des cancres ou des perturbateurs alors qu'ils présentaient un véritable trouble neurodéveloppemental.
Mais une deuxième hypothèse mérite au minimum d'être examinée : et si nous avions aussi progressivement abaissé le seuil à partir duquel une variation du comportement humain devient un diagnostic psychiatrique ? C'est la thèse défendue par Iona Heath.
Une maladie sans test qui permette de la diagnostiquer
Le TDAH figure dans les classifications médicales internationales et le consensus psychiatrique contemporain le considère comme un trouble neurodéveloppemental.
Mais son diagnostic possède une particularité essentielle pour comprendre la controverse : il n'existe pas de prise de sang, de scanner, d'IRM ou de biomarqueur permettant de déterminer individuellement qu'un patient « a » un TDAH.
Le diagnostic est clinique. Il repose notamment sur un ensemble persistant de manifestations d'inattention, d'impulsivité ou d'hyperactivité, présentes dans plusieurs contextes et suffisamment importantes pour perturber le fonctionnement de la personne.
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