Santé: pourquoi 139 terrains de football synthétiques wallons posent problème
En 2031, l'Europe interdira la mise sur le marché des granulés synthétiques utilisés pour remplir les terrains de sport. Sophie Fafchamps et Chris Massaki veulent préparer la Wallonie et appellent la Fédération de football à ouvrir la porte aux terrains sans remplissage.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La Wallonie compte 226 terrains synthétiques de football, dont 139 utilisent un remplissage contenant des microplastiques.
- Sophie Fafchamps et Chris Massaki défendent l'expérimentation de terrains synthétiques ne nécessitant aucun remplissage.
- L'administration wallonne serait prête à les subsidier, mais leur utilisation en compétition dépend encore de leur reconnaissance par la Fédération francophone.
À cinq ans de l'interdiction européenne de mise sur le marché des granulés synthétiques utilisés pour le remplissage des terrains de sport, Sophie Fafchamps (Les Engagés) et Chris Massaki (MR) veulent accélérer le passage à une nouvelle génération de terrains. Leur piste : des surfaces synthétiques sans aucun remplissage. Mais un obstacle subsiste en Wallonie : leur homologation sportive.
L'échéance paraît encore lointaine, mais elle risque de poser un sérieux défi aux clubs et aux communes. À partir du 17 octobre 2031, la réglementation européenne interdira la mise sur le marché des granulés de remplissage contenant des microparticules de polymères synthétiques destinés aux surfaces sportives. Une échéance confirmée par le règlement européen REACH adopté en 2023.
Dans une initiative commune, les députés wallons de la majorité Sophie Fafchamps (Les Engagés) et Chris Massaki (MR) estiment qu'il faut profiter de cette contrainte pour repenser plus largement le modèle des terrains synthétiques.
« 2031 n’est pas une échéance à subir : c’est une occasion de changer de modèle. Nous ne devons pas simplement remplacer les billes en plastique par d’autres billes. Nous devons nous demander s’il est encore pertinent de construire des terrains qui nécessitent du remplissage », expliquent-ils.
139 terrains de football concernés par les microplastiques
Selon les chiffres avancés par les deux députés, la Wallonie compte actuellement 226 terrains de football en gazon synthétique, dont 139 utilisent un remplissage contenant des microplastiques. Six des neuf terrains synthétiques de rugby seraient également concernés.
Impossible cependant de déterminer aujourd'hui combien devront effectivement être remplacés ou adaptés d'ici 2031 : tout dépendra notamment de leur âge, de leur état et de leur durée de vie.
Une solution consiste à remplacer les granulés synthétiques par des matériaux naturels, comme le liège ou la noix de coco. Ceux-ci peuvent déjà être utilisés et subsidiés. Mais Sophie Fafchamps et Chris Massaki estiment que cette évolution ne résout qu'une partie du problème.
Les matériaux de remplissage continuent en effet à s'user et à se disperser et doivent être renouvelés. Selon leur communiqué, cette opération peut représenter 20.000 à 30.000 euros tous les deux à trois ans.
« Une bille biodégradable reste une bille qu’il faut acheter, répartir, entretenir et remplacer lorsqu’elle est perdue. Passer du plastique au naturel est une amélioration, mais cela ne règle pas le problème du remplissage lui-même », estiment-ils.
Un premier terrain sans remplissage en Belgique
Les deux parlementaires se sont donc rendus à Holsbeek, en Flandre, pour visiter ce qu'ils présentent comme le premier terrain de football synthétique sans remplissage actuellement en fonctionnement en Belgique.
La technologie repose sur une fibre plus dense et une conception différente du revêtement, qui permettent de se passer totalement de billes ou de granulés. Plus besoin, dès lors, de recharger le terrain en matériau de remplissage ou de procéder au brossage hebdomadaire destiné à redistribuer celui-ci.
La facture à l'installation serait cependant 30 à 40 % plus élevée. Les deux députés invitent dès lors à raisonner sur l'ensemble de la durée de vie de l'infrastructure plutôt que sur son seul coût initial.
« Il faut arrêter de regarder uniquement le prix d’achat d’un terrain. Une commune doit aussi regarder ce qu’il lui coûtera pendant quinze ou vingt ans : remplissage, brossage, entretien, pertes de matière et main-d’œuvre. Le véritable sujet, c’est le coût global », soulignent Sophie Fafchamps et Chris Massaki.
« C’est maintenant à la Fédération de prendre ses responsabilités »
Selon eux, le principal obstacle au développement de ces terrains en Wallonie ne serait d'ailleurs plus financier. L'administration wallonne compétente en matière d'infrastructures sportives serait prête à permettre le subventionnement de ce type de revêtement.
Reste l'homologation. Tant que la Fédération francophone de football ne reconnaît pas ces surfaces pour les compétitions officielles, les clubs et les communes ont peu d'intérêt à investir dans cette technologie.
« On ne peut pas demander aux communes et aux clubs d’investir dans une technologie qu’ils ne pourront ensuite pas utiliser en compétition. La Wallonie est prête à ouvrir la porte au subventionnement. C’est maintenant à la Fédération de prendre ses responsabilités et d’ouvrir celle de l’homologation. Nous lui demandons d’examiner rapidement cette technologie et de permettre la mise en place de projets pilotes », réclament les deux députés.
La FIFA travaille elle-même sur l'évolution de ses standards. Son manuel de tests 2026 mentionne explicitement le développement des systèmes sans remplissage. Ces surfaces doivent néanmoins encore satisfaire aux procédures de test et d'approbation avant de pouvoir obtenir les certifications FIFA Quality ou FIFA Quality Pro.
Sophie Fafchamps et Chris Massaki demandent donc à la Fédération francophone d'examiner rapidement cette technologie, d'envisager son homologation pour les compétitions officielles et de travailler avec les pouvoirs publics, clubs et communes sur des projets pilotes en Wallonie. Ils souhaitent parallèlement auditionner les différents acteurs du secteur.
« Les pouvoirs publics peuvent accompagner et subsidier l’investissement, mais ils ne peuvent pas homologuer un terrain à la place de la Fédération. Aujourd’hui, la balle est donc clairement dans son camp. À cinq ans de l’échéance de 2031, nous attendons qu’elle fasse évoluer ses règles pour permettre aux clubs wallons de tester les solutions de demain », concluent-ils.