Les chiffres de Thomas Dermine sur la drogue à Anvers sont à prendre avec beaucoup de précautions
Thomas Dermine accuse le port d’Anvers d’être le « maillon faible » de la sécurité européenne et affirme que 60 % de la cocaïne consommée en Europe y transite. Le problème anversois est bien réel. Mais plusieurs chiffres avancés par le bourgmestre de Charleroi résistent mal à l’examen.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Thomas Dermine affirme que 60 % de la cocaïne européenne transite par Anvers et dénonce l’insuffisance des contrôles. Plusieurs de ses chiffres sont pourtant très fragiles.
Thomas Dermine a choisi des mots et des chiffres spectaculaires. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le bourgmestre PS de Charleroi décrit le port d’Anvers comme le « maillon faible » de la sécurité européenne et accuse plusieurs responsables politiques anversois, dont Bart De Wever et Jan Jambon, de faire passer les « intérêts industriels anversois » avant « la sécurité des Belges ».
Pour étayer son accusation, l’ancien ministre avance notamment deux données : 60 % de la cocaïne destinée au marché européen transiterait par le seul port d’Anvers et celui-ci disposerait de dix fois moins de policiers que Rotterdam.
Des affirmations particulièrement frappantes. Mais lorsqu’on cherche leur origine et qu’on les confronte aux données disponibles, comme l’ont fait nos confrères du HLN, les choses deviennent nettement moins simples.
Le ton est volontairement polémique car la situation est catastrophique et requiert une urgence nationale.
— Thomas Dermine (@ThomasDermine) September 4, 2026
60% de la cocaine en UE passe par Anvers, point faible des ports UE. Le laxisme à Anvers transforment nos grandes villes en interface de deals avec les pays voisins. https://t.co/ugKNznUxhD
D’où viennent les fameux « 60 % » ?
Qu’Anvers constitue l’une des principales portes d’entrée de la cocaïne en Europe ne fait guère de doute. Charlotte Colman, professeur à l’Université de Gand et coordinatrice adjointe de la Cellule générale de politique drogues du SPF Santé publique, rappelle que le port s’est longtemps situé parmi les trois principaux ports européens pour le trafic de cocaïne.
Mais elle ne trouve aucune source officielle permettant d’étayer le chiffre de 60 % avancé par Thomas Dermine pour le seul port d’Anvers.
Une confusion avec d’autres statistiques pourrait expliquer ce chiffre. Selon l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), Anvers et Rotterdam représentaient ensemble près de 65 % de la cocaïne saisie dans les ports de l’Union européenne en 2020 : 69 tonnes à Anvers et 42 tonnes à Rotterdam. En 2024, Europol estimait par ailleurs que plus de 70 % de la cocaïne entrant en Europe transitait conjointement par les deux ports.
La différence est considérable. Thomas Dermine parle du seul port d’Anvers et de la cocaïne destinée à l’Europe, alors que certaines des statistiques disponibles concernent Anvers et Rotterdam réunis et, surtout, reposent sur les quantités interceptées.
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