Ukraine : jusqu’où peut-on défier la Russie sans entrer en guerre ? (analyse)
Aurélien Duchêne défend l’idée d’abattre directement les missiles russes dans le ciel ukrainien : viser des objets inertes serait moins escalatoire que fournir des armes tuant des soldats. Renaud Girard et Peer de Jong avertissent : à force d’entrer « homéopathiquement » dans le conflit, où s’arrête l’aide et où commence la guerre ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur LCI, Aurélien Duchêne défend l’interception directe des missiles russes au-dessus de l’Ukraine. Peer de Jong et Renaud Girard mettent en garde contre l’escalade, tandis que Samantha de Bendern estime qu’il faut que « la Russie ait peur de nous ».
Sommaire
- Des « choses inertes », vraiment ?
- « Quatre ans qu’on nous dit ça »
- La manière « homéopathique » d’entrer dans une guerre
- Si les Français ont peur, c’est qu’on leur parle de guerre
- Samantha de Bendern : « Il faut que la Russie ait peur de nous »
- Sur la Charte de l’ONU, Duchêne marque un point
- « Le jour où on montre les crocs »
- « Ça, c’est un choix politique »
Des objets, pas des hommes. C’est en substance la distinction sur laquelle Aurélien Duchêne fonde son raisonnement. Alors que le plateau de LCI débat d’un éventuel engagement occidental plus direct dans la défense de l’Ukraine, le spécialiste des questions militaires défend l’idée d’un bouclier aérien permettant d’intercepter les missiles russes. Il ne s’agirait pas, insiste-t-il, d’aller « abattre des avions ou abattre des Russes au sol. On va abattre, dans l’idée, des choses inertes, des missiles. »
Et Duchêne dispose d’un précédent : des forces occidentales ont déjà participé à l’interception de drones et de missiles iraniens sans qu’une guerre soit pour autant déclarée entre l’Iran et les pays ayant participé à leur destruction. « On n’est pas en guerre contre l’Iran », rappelle-t-il.
D’après les sources militaires qu’il dit avoir consultées, « 12 à 24 Rafale » pourraient suffire à remplir une telle mission. Mais son argument va plus loin. « Là, on ne tue pas des Russes, on abat leurs missiles. C’est moins un acte de guerre que de livrer des armes qui vont tuer des Russes. »
🇺🇦 🥊 🇷🇺 Aujourd’hui, aucun montage : juste sept minutes particulièrement tendues sur #LCI, et à regarder jusqu’au bout, avec @AurelienDuchene seul face aux trois autres intervenants pour défendre sa ligne.
— Ryo (@iamlouay) September 1, 2026
Peer de Jong déroule tranquillement son tropisme russe, Girard suit dans… pic.twitter.com/cINXoGfxq3
La distinction n’est pas absurde. Elle devient beaucoup plus contestable lorsqu’elle fait disparaître l’autre moitié de l’équation : non seulement ce qui est détruit, mais celui qui le détruit.
Des « choses inertes », vraiment ?
Un missile russe abattu par un Ukrainien avec une arme française et un missile russe abattu par un pilote français ne placent pas la France dans la même position. Dans le premier cas, Paris fournit une arme à un État agressé qui l'utilise lui-même contre son adversaire. Dans le second, les forces françaises détectent, poursuivent et détruisent directement un moyen militaire russe dans le théâtre de guerre ukrainien.
Que l’ogive n’ait pas d’état civil ne fait pas disparaître cette différence. Peer de Jong, ancien colonel des troupes de marine, la résume beaucoup plus brutalement : « Il n’y a pas de demi-guerre. Je suis désolé. Une fois qu’on rentre, comme on dit, dans le conflit, quelles que soient les modalités, on est dans le conflit. »
La comparaison avec l’Iran a donc ses limites. Elle démontre utilement qu'intercepter le projectile d'un État ne déclenche pas mécaniquement une guerre contre cet État. En cela, Duchêne a raison.
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