ULB : le cycle scientifique de conférences du Pr Eric Muraille annulé
Selon le Pr Eric Muraille, professeur à l’Université libre de Bruxelles, le cycle de conférences Sciences et Société, officiellement reconnu par la Faculté de médecine depuis 2024, aurait été privé de cette reconnaissance à l’issue d’une procédure menée sans véritable débat contradictoire.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
-Le cycle de conférence "Sciences et Société" organisé à l'ULB par Eric Muraille a été annulé.
-Selon le Pr Muraille, après plus d’une heure d’exposés à charge, le vote a eu lieu. Sur 33 membres du conseil facultaire, 27 ont validé le retrait de la reconnaissance du cycle. Seuls 6 s’y sont opposés.
-Le conseil facultaire estimé que ces conférences posaient problème pour l’image ou la position de la faculté.
-Les conférences portaient sur des sujets sensibles, notamment les rapports entre religion et science, la biologie de l’homosexualité et les ingérences étrangères sur les campus.
-Des étudiants, organisations universitaires et professeurs ont contesté certaines interventions, en particulier celles de Jacques Balthazart et de Nora Bussigny.
-Sur X, Eric Muraille dénonce une procédure sans véritable contradictoire et y voit un recul de la liberté académique, tandis que ses opposants invoquent la responsabilité de l’université face à des contenus jugés polémiques ou contestables.
-Cette affaire devrait inquiéter au-delà du cercle des proches d’Eric Muraille. Elle touche à une question essentielle : l’université est-elle encore capable d’entendre ce qui la dérange ? Ou devient-elle un lieu où l’on ne débat plus qu’entre convaincus, sous surveillance idéologique permanente ?
L’intéressé affirme ne pas avoir été officiellement averti que trois conseils facultaires examinaient son cas, ni avoir été invité à se défendre contre les accusations visant sa personne, ses invités et l’esprit même de son cycle de conférences. Plus étonnant encore : il dit ne pas avoir reçu, à ce jour, de notification officielle du doyen Pierre Wauthy l’informant du retrait de cette reconnaissance.
Ce point est central. Il ne s’agit pas seulement d’un désaccord intellectuel ou politique sur le contenu de conférences jugées polémiques. Il s’agit d’abord d’une méthode. Des accusations graves sont portées. Des étudiants, des professeurs et des représentants syndicaux interviennent à charge. Un vote anonyme est organisé. Et l’enseignant concerné, selon son propre récit, n’est ni formellement convoqué, ni entendu dans les formes, ni officiellement informé. Dans une université qui se réclame du libre examen, ce paradoxe mérite au minimum d’être interrogé.
Seconde accusation : j’utiliserais la plateforme universitaire pour mener une bataille politique … et je relayerais des théories du complot, comme « l’islamogauchisme » ou « l’entrisme islamique » dans les universités… pic.twitter.com/Pjvl61lB2D
— Eric Muraille (@EricMuraille) May 25, 2026
Un cycle reconnu par la Faculté de médecine
Le cycle Sciences et Société avait été lancé en 2024 par Eric Muraille avec plusieurs collègues. Il bénéficiait d’une reconnaissance officielle de la Faculté de médecine de l’ULB, accordée par un vote du conseil facultaire. Cette reconnaissance était nécessaire pour organiser les conférences, mais elle n’impliquait aucun soutien financier de la faculté.
L’objectif affiché était clair : aborder des sujets sensibles, associés à des polémiques, en donnant la parole à des chercheurs ou à des enquêteurs de terrain. Trois conférences ont été organisées : « Les religions : un frein à la connaissance scientifique ? », par Kristoff Talin, chercheur au CNRS ; « Biologie de l’homosexualité », par Jacques Balthazart, professeur émérite de l’Université de Liège ; et « Ingérences étrangères sur les campus et radicalisation des étudiants », par la journaliste Nora Bussigny.
Selon Eric Muraille, ces conférences ont toutes été suivies d’au moins trente minutes de débat, dans un climat serein. Mais ce calme apparent n’a pas empêché la montée d’une contestation interne.
La conférence Nora Bussigny, « conférence de trop »
La troisième conférence, consacrée aux ingérences étrangères et à la radicalisation dans les universités, semble avoir déclenché la crise. Avant même sa tenue, une pétition lancée par le Bureau des étudiants de médecine de l’ULB aurait demandé son annulation. Elle aurait ensuite été relayée ou soutenue par plus de vingt organisations, parmi lesquelles le BEA et le LIBREX (Cercle du Libre Examen).
Ce n’était pas la première tentative d’annulation. La conférence de Jacques Balthazart, consacrée à la biologie de l’homosexualité, avait déjà été contestée avant d’avoir lieu. Elle a même été perturbée par le déclenchement répété des sirènes incendie. Quant à la conférence de Nora Bussigny, elle n’a pu se tenir dans le calme que grâce à un dispositif de sécurité important.
Aux yeux des opposants, les sujets choisis ne relevaient pas simplement du débat scientifique ou intellectuel. Ils étaient perçus comme suspects. Eric Muraille rapporte ainsi que l’idée d’une origine biologique de l’homosexualité aurait été présentée comme « réactionnaire » et « fascisante ». Les travaux de Jacques Balthazart, pourtant auteur de nombreuses publications scientifiques sur le sujet, ont été accusés de diffuser des contenus pseudoscientifiques. Kristoff Talin (Les religions un frein à la connaissance scientifique?) a, lui aussi, été accusé de pratiquer le « cherry-picking » et de diffuser une vision jugée « sexiste et raciste » mais n'a toutefois pas été inquiété en amont.
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