Joël Kotek dénonce son éviction de l’IHRA et répond à Elisabeth Degryse
Écarté de l’IHRA, Joël Kotek conteste les motifs avancés par la Fédération Wallonie-Bruxelles et défend son intervention sur l’antisémitisme en Belgique. L’historien affirme n’avoir jamais mis en cause le pays, mais avoir exercé sa mission d’expert.
Publié par A JS
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Résumé de l'article
Joël Kotek rejette les accusations ayant motivé son éviction de l’IHRA. L’historien affirme avoir simplement évoqué plusieurs faits liés à l’antisémitisme en Belgique lors d’une réunion spécialisée. Le CCOJB et le CCLJ dénoncent cette décision et défendent la liberté d’expression des experts.
L’éviction de Joël Kotek de la délégation belge auprès de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) continue de susciter des réactions. L’historien, professeur émérite de l’ULB, Docteur en Sciences politiques et spécialiste de la Shoah ainsi que de l’antisémitisme, rejette fermement les explications avancées pour justifier la fin de son mandat.
Informé le 19 mai de la décision prise par la ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Elisabeth Degryse, il a reçu une note évoquant la volonté de renouveler la représentation de l’institution au sein de l’IHRA et d’apporter une nouvelle impulsion au suivi des travaux de l’organisation.
Une intervention au cœur de la controverse
Cette décision est intervenue après une réunion du comité « Antisémitisme et distorsion de la Shoah » organisée à Jérusalem. Lors de cette rencontre, Joël Kotek avait évoqué plusieurs événements récents survenus en Belgique.
Dans un droit de réponse, il s’interroge sur les reproches qui lui seraient adressés. Il cite notamment les débordements du Carnaval d’Alost, retiré de la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, ainsi que deux caricatures publiées dans un hebdomadaire flamand comparant Gaza à Auschwitz-Birkenau. Selon lui, ces exemples relevaient précisément des thèmes examinés par un comité consacré à l’étude de la distorsion de la Shoah et des formes contemporaines de l’antisémitisme.
L’universitaire mentionne également les menaces de mort visant la sénatrice francophone Viviane Teitelbaum. Il revient par ailleurs sur l’acquittement de l’écrivain satirique néerlandophone Herman Brusselmans, poursuivi après avoir écrit dans un texte son « envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque juif ».
Réponse à Elisabeth Degryse
Interrogée par Belga, Elisabeth Degryse avait expliqué le remplacement de Joël Kotek en affirmant qu’il avait formulé « diverses accusations à l’égard de notre pays ». La ministre-présidente avait ajouté que si la liberté académique autorise de telles prises de position, leur expression au sein d’une délégation officielle soulevait une autre question.
L’historien récuse totalement cette interprétation. Il insiste sur le fait qu’il n’a jamais accusé la Belgique d’être antisémite. Reconnaître l’existence d’actes ou de discours antisémites sur le territoire belge ne revient pas à stigmatiser le pays.
« Non, la Belgique n'est pas antisémite mais il y a des antisémites en Belgique, comme il y en a ailleurs. Le reconnaître ne revient pas à accuser notre pays; c'est au contraire prendre au sérieux les principes démocratiques qui fondent son honneur », affirme-t-il.
Joël Kotek assure ne pas vouloir engager une polémique avec Elisabeth Degryse. Il estime toutefois que celle-ci a été « totalement abusée » dans l’appréciation du dossier.
Soutien des organisations juives
L’affaire a également provoqué des réactions au sein des organisations représentatives de la communauté juive francophone. Le CCOJB et le CCLJ ont condamné la mise à l’écart de l’universitaire. Le Centre communautaire laïc juif s’est notamment interrogé sur la portée d’une telle décision.
L’organisation considère qu’un expert chargé d’étudier l’antisémitisme et la mémoire de la Shoah doit pouvoir évoquer la résurgence contemporaine de ce phénomène dans le cadre même des missions de l’IHRA.
La question dépasse le seul cas de Joël Kotek et touche à la capacité des spécialistes à aborder librement les manifestations actuelles de l’antisémitisme dans les enceintes internationales dédiées à cette problématique.