L’indignité en habits d’apparat (chronique)
À l’occasion de la réception de Boualem Sansal à l’Académie royale de Belgique, un discours d’accueil s’est mué en mise en accusation. Au-delà de l’incident, c’est une certaine conception de la liberté intellectuelle et du courage qui se trouve ici interrogée.
Publié par Kamel Bencheikh
Résumé de l'article
À l’Académie royale de Belgique, un discours d’accueil adressé à Boualem Sansal s’est transformé en mise en cause, révélant selon l’auteur une dérive où la liberté d’expression cède face aux calculs et aux peurs contemporaines.
Il y a des moments où la bienséance devient une faute. Ce qui s’est produit samedi 25 avril 2026 à l’Académie royale de Belgique relève précisément de cette catégorie : un mélange d’arrogance, de lâcheté et de calcul.
Qu’un écrivain publié chez Gallimard transforme un discours d’accueil en mise en accusation n’est pas seulement déplacé — c’est indigne. Indigne du lieu. Indigne de la fonction. Indigne, surtout, face à Boualem Sansal.
L’inversion des rôles
Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un homme qui a payé le prix fort pour ses idées. D’un écrivain qui a affronté la censure, les menaces, la prison, l’isolement, là où tant d’autres ont choisi le confort des silences prudents.
Et c’est cet homme-là que l’on prétend rappeler à l’ordre ? À qui l’on distribue, depuis un fauteuil capitonné, des leçons de morale ?
La scène ne relève pas de la maladresse. Elle interroge une intention. Car une question s’impose, brutale mais nécessaire : certains, en Belgique, n’étaient-ils pas en train de donner des gages aux communautaristes que combat précisément Boualem Sansal ? À qui parlait-on réellement dans ce discours ? À l’homme accueilli — ou à d’autres, bien identifiés, qu’il s’agissait de rassurer dans certaines maisons communales déjà tombées ?
Une complaisance travestie
Il faut avoir le courage de nommer ce qui se joue : une complaisance travestie en exigence morale. Une peur qui se dissimule derrière les postures. Et, plus grave encore, une inversion totale des valeurs où celui qui résiste devient suspect, pendant que ceux qui accommodent s’érigent en juges.
Cette dérive est insupportable. Parce qu’elle humilie celui qu’elle prétend accueillir. Parce qu’elle trahit l’esprit même des institutions qui devraient protéger la liberté au lieu de la mettre sous condition. Et parce qu’elle révèle une époque où l’on préfère flatter les sensibilités les plus bruyantes plutôt que de défendre, sans trembler, la vérité.
Une ligne à ne pas franchir
Non, décidément, Boualem Sansal n’a aucune leçon à recevoir. Ni en Belgique ni ailleurs. Et ceux qui se permettent de lui en donner devraient, pour commencer, s’interroger sur ce qu’ils sont en train de céder sur le terrain des valeurs universelles.
Car à force de vouloir plaire à tous, on finit par renoncer à l’essentiel.