Yvan Verougstraete (Les Engagés) : « Il est plus que temps de réinventer une autre Europe »
Yvan Verougstraete appelle à une « rupture » européenne face au décrochage industriel, énergétique et technologique du continent. Il alerte également sur le risque d’un choc fiscal majeur lié à l’intelligence artificielle et à la fuite des bénéfices des multinationales.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dans un entretien à Sudinfo, Yvan Verougstraete alerte sur le déclin stratégique de l’Europe, la perte de compétitivité industrielle et le risque d’un effondrement fiscal lié à l’intelligence artificielle.
Le Président des Engagés a donné chez nos confrères de Sudinfo un entretien sur sa vision de la politique européenne, nos relations avec l’Amérique industrielle ou les grands défis fiscaux ou industriels à combler demain.
Pour le député européen : « Si nous voulons protéger le modèle européen, il est plus que temps de réinventer une autre Europe. S’il n’y a pas un choc, une rupture, ce n’est pas simplement l’Union européenne qui risque de crever, c’est tout le modèle européen, l’espoir européen. Et je le dis avec gravité parce que je suis profondément pro-européen. J’ai envie d’Europe. On a plus que jamais besoin d’Europe. Mais cette Europe-là est aujourd’hui en échec. Elle a un problème de stratégie. »
Le centriste précise sa pensée : « L’Europe a cru à une mondialisation heureuse. On a délégué notre armée, notre santé, une partie de notre agriculture, nos technologies. Aujourd’hui, la Chine et l’Inde produisent nos médicaments. Notre énergie coûte trois fois plus cher qu’ailleurs. Et quand votre énergie coûte trois fois plus cher, c’est très compliqué de rester compétitif. Pendant ce temps, Donald Trump dit « drill, baby, drill ». Il pollue massivement, mais il gagne un avantage compétitif énorme. Et nous, en Europe, on impose des règles sanitaires, sociales ou environnementales – ce qui est positif – mais on importe ensuite des produits fabriqués sans respecter aucune de ces règles. »
Pour Yvan Verougstraete : « Nous sommes à la croisée des chemins. Je ne sais pas si c’est minuit moins cinq ou minuit cinq, mais il faut agir. Si les partis démocratiques ne reconnaissent pas les problèmes, les seuls qui le feront seront les extrêmes. Et progressivement, on risque la paralysie complète. »
Enfin le Président des Engagés s’inquiète des revenus fiscaux qui pourraient baisser à cause de la fuite des bénéficies des multinationale ce qui mettrait en danger la solidarité nécessaire. Ainsi il déclare : « Prenons la fiscalité. Avec l’intelligence artificielle, le défi devient gigantesque. Aujourd’hui déjà, les bénéfices des multinationales se déplacent vers les pays où la fiscalité est la plus faible. Demain, l’intelligence artificielle pourrait augmenter la productivité de 30 %. On produira plus vite, avec moins de coûts et moins de travailleurs. Le danger aujourd’hui, c’est que cette nouvelle richesse parte dans les mains de quelques entreprises dont la base taxable se situe ailleurs qu’en Europe. Et si cette richesse nous échappe, c’est 10 à 20 % des recettes fiscales de l’État qui peuvent disparaître. Là, oui, la Belgique peut faire faillite. »