1,5 million d'euros pour étudier le rire féminin : comment l'Europe choisit-elle les recherches qu'elle finance ?
L’Union européenne vient d’accorder 1,5 million d’euros à un projet consacré au rire féminin à l’époque moderne. La recherche a été sélectionnée parmi près de 5.000 candidatures selon le principe de l’ERC : l’excellence scientifique, sans priorité thématique.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’Europe finance à hauteur de 1,5 million d’euros une recherche sur le rire féminin. Un choix qui interroge les priorités scientifiques de l’UE.
« Le rire est le propre de l’homme », écrivait Rabelais. « Mais alors, qu’en est-il des femmes ? » C’est notamment à cette question que répondra pendant cinq ans un programme de recherche de l’université de Tours, doté de 1,5 million d’euros par l’Union européenne. Derrière un intitulé qui peut surprendre se pose une question plus vaste : selon quels critères l’Europe décide-t-elle des recherches auxquelles elle consacre l’argent public ?
Le projet s’appelle LaughtHER. Erica Ciccarella, docteur en littérature italienne et chercheuse au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CESR) de l’université de Tours, vient d’obtenir pour le mener l’un des très convoités « Starting Grants » du Conseil européen de la recherche (ERC).
Pendant cinq ans, ses travaux porteront sur le rire et l’humour des femmes à l’époque moderne. Il s’agira notamment d’identifier la contribution d’autrices à la culture comique de leur époque, de la poésie au théâtre en passant par la prose satirique, les correspondances ou les divertissements.
L’objet peut paraître extrêmement spécialisé. Le financement, lui, est considérable : 1,5 million d’euros. Il permettra notamment de constituer autour de la chercheuse une équipe internationale comprenant trois chercheurs postdoctoraux, respectivement spécialisés en littérature italienne, littérature théâtrale et arts du spectacle, ainsi qu’un ingénieur informatique et un gestionnaire de projet.
La chercheuse n’a évidemment rien à se reprocher. Elle a présenté son projet dans le cadre d’un appel à candidatures extrêmement compétitif et convaincu ses pairs de sa qualité scientifique. L’histoire culturelle, la littérature de la Renaissance et la place des femmes dans la production comique constituent par ailleurs des objets parfaitement légitimes de sciences humaines.
La question se situe en amont : comment l’Union européenne décide-t-elle que ce projet, plutôt qu’un autre, mérite 1,5 million d’euros d’argent public ?
4.807 candidats pour 421 élus
LaughtHER n’est qu’un projet parmi les 421 Starting Grants attribués cette année par le Conseil européen de la recherche, pour une enveloppe totale de 705 millions d’euros.
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