21News et le discours de Vance sur la liberté d’expression fortement évoqué par les médias.
Sanctionné par le Conseil de déontologie journalistique pour avoir publié le discours intégral du vice-président américain J. D. Vance prononcé à la Munich Security Conference, 21News s’est retrouvé au cœur d’une controverse qui dépasse désormais largement la Belgique. En quelques jours, l’affaire a suscité une forte réaction dans la presse et l’audiovisuel français, du Point au Figaro en passant par le JDD, tandis que journalistes et diplomates s’interrogent sur les implications d’une telle décision pour la liberté de la presse en Europe.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La décision du Conseil de déontologie journalistique de sanctionner 21News pour avoir publié le discours du vice-président américain J. D. Vance prononcé à la Munich Security Conference a rapidement dépassé les frontières belges. Révélée par Le Point, l’affaire a été reprise par plusieurs grands médias français comme Le Figaro et le JDD, tandis qu’elle s’est invitée sur les antennes de Europe 1 et de CNews. L’édito de Pascal Praud dans l’émission L’Heure des Pros a contribué à amplifier encore la polémique. Sur les réseaux sociaux, journalistes et diplomates ont également réagi, certains dénonçant une décision susceptible d’alimenter un débat plus large sur la liberté de la presse et la publication de sources politiques originales.
C’est Le Point qui a révélé l’affaire au grand public en se demandant en titre « Ou est la limite » dans un article qui évoque le fait que pour le CDJ il serait problématique de retranscrire pour un média le discours de Vance de manière intégrale. Nous rappelons que des grands médias français ont fait exactement la même chose.
Le magazine y souligne le caractère inédit de la situation : un média sanctionné pour avoir reproduit le discours officiel d’un vice-président américain prononcé dans une conférence internationale c’est du jamais vu !
L’article rappelle également que ce discours avait été abondamment commenté dans les rédactions occidentales et qu’il était déjà accessible dans plusieurs médias.
Dans la foulée, Le Figaro a consacré un article à la décision belge, et donne la parole au directeur de 21News, Étienne Dujardin. Celui-ci défend le principe d’accès direct aux sources : publier un discours officiel, affirme-t-il, relève du droit à l’information et ne signifie en rien y adhérer.
Le Journal du Dimanche s’est à son tour saisi du sujet, revenant sur le principe du « cordon sanitaire médiatique », une particularité du paysage belge invoquée dans la plainte ayant conduit à la décision du régulateur.
En quelques heures, ce qui n’était au départ qu’un différend déontologique national s’est ainsi transformé en débat médiatique de grande ampleur.
L’affaire s’invite sur les antennes françaises
La controverse a également gagné les plateaux et les studios de radio. Etienne Dujardin a été invité à plusieurs reprises sur Europe 1 pour évoquer la décision. Lors de l’une de ces interventions, le journaliste Pascal Praud lui a lancé une phrase appelée à circuler largement : « Ils vous ont fait la meilleure publicité possible. »
Sur CNews, Pascal Praud a également consacré un éditorial à l’affaire dans son émission quotidiennement regardée par des centaines de milliers de téléspectateurs L’Heure des Pros. Il y a dénoncé ce qu’il considère comme une dérive du contrôle déontologique en Belgique, estimant que la sanction illustrait précisément les inquiétudes exprimées dans le discours de J. D. Vance sur le recul de la liberté d’expression en Europe.
Une pluie de réactions sur les réseaux sociaux
Sur les réseaux sociaux, plusieurs journalistes et observateurs réputés ont également pris position, personne ne comprenant très bien la décision du CDJ. Parmi beaucoup d'autres, la journaliste française Eugénie Bastié a estimé que condamner la diffusion d’un discours dénonçant lui-même les restrictions de la liberté d’expression revenait, paradoxalement, à lui donner raison.
Le compte d’actualité Cerfia, suivi par plus d’un million d’abonnés, a de son côté qualifié la décision "d'orwellienne », soulignant l’originalité d’une sanction visant la publication d’un discours politique officiel.
Même certaines personnalités diplomatiques ont réagi. L’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, a ainsi ironisé sur les réseaux sociaux sur ce qu’elle considère comme une contradiction entre certaines tolérances médiatiques et la sanction infligée à 21News : "Apparemment, si un journal belge publie 'J'ai envie de planter un couteau dans le cou de chaque Juif que je vois', c'est de la 'liberté d'expression'. Mais s'il diffuse le discours du vice-président JD Vance, il est sanctionné.", a-t-elle tweeté.
L’affaire devrait aussi intéresser les médias américains et posent une question passionnante à savoir le débat de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.