Bouchez brandit sa « courbe Magnette » et accuse la gauche d'avoir creusé le déficit belge (VIDEO)
Graphique à la main, Georges-Louis Bouchez a directement visé Paul Magnette à la Chambre en présentant sa « courbe Magnette », censée illustrer l'explosion des dépenses publiques depuis 2019.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Georges-Louis Bouchez a présenté un graphique montrant un déficit fédéral estimé à 32 milliards d'euros en 2026.
- Le président du MR accuse la hausse des dépenses sociales et les choix soutenus par la gauche d'avoir creusé l'écart entre recettes et dépenses.
- Le PS continue de défendre une approche basée sur davantage de recettes fiscales plutôt que sur des économies budgétaires.
Le débat sur les finances publiques et sur les arbitrages budgétaires a pris une tournure particulièrement politique et polémique ce jeudi à la Chambre. Graphique à la main, le président du MR Georges-Louis Bouchez a directement interpellé le président du PS Paul Magnette en lui présentant ce qu'il a lui-même baptisé la « courbe Magnette », censée illustrer l'explosion des dépenses publiques et du déficit au cours des dernières années.
Face au Premier ministre Bart De Wever, assis juste à côté de Paul Magnette dans l'hémicycle, Georges-Louis Bouchez a rejeté l'idée selon laquelle les difficultés budgétaires actuelles seraient principalement liées à des dépenses récentes, notamment en matière de Défense.
📈 En 10 ans, les dépenses de l’Etat ont augmenté de 66%, le double de l’inflation, le budget de la sécurité sociale de 88%, le triple de l’inflation, alors que la croissance économique n’a été que de moins de 20%.
— Georges-L BOUCHEZ (@GLBouchez) July 9, 2026
💸 Ça veut dire quoi ? Que l’Etat a trop de dépenses et que taxer… pic.twitter.com/Bz9ewfyHrz
« On a l'impression selon certains que le déficit est né hier dans le pays », a-t-il lancé.
Le président du MR a alors rappelé sa lecture de la répartition des dépenses publiques.
« Quand nos concitoyens donnent 100 euros à l'État, 22 euros sont utilisés pour les pensions, 17 euros pour la politique sociale, 11 euros pour l'enseignement et seulement 3,5 euros pour la Défense. »
Un graphique pour illustrer le « décrochage » des finances publiques
Pour étayer sa démonstration, Georges-Louis Bouchez a présenté un graphique retraçant l'évolution des recettes et des dépenses de l'État fédéral entre 2016 et 2026.
Selon les chiffres affichés, l'écart entre les deux courbes est resté relativement contenu jusqu'en 2019 avant de se creuser fortement au cours des années suivantes.
« Regardez Monsieur Magnette. À l'époque de Monsieur Charles Michel, nous avions des dépenses qui correspondaient quasi identiquement aux recettes. Et puis qu'est-ce qui s'est passé ? On a le Tourmalet, ou la courbe Magnette. Vous voyez une explosion des dépenses », a-t-il déclaré en pointant le graphique en direction du président du PS.
Les chiffres présentés par le président du MR montrent que les dépenses fédérales sont passées de 120 milliards d'euros en 2016 à 199 milliards en 2026, soit une hausse de 66 % en dix ans. Dans le même temps, les recettes auraient progressé de 112 à 167 milliards d'euros, soit une augmentation de 49 %.
L'écart entre dépenses et recettes atteindrait ainsi près de 32 milliards d'euros en 2026, contre moins de 10 milliards dix ans auparavant.
Pour Georges-Louis Bouchez, cette évolution explique l'aggravation continue du déficit public, mais aussi la hausse de la dette et des charges d'intérêts supportées par l'État. Les responsables de ce dérapage? Pour Bouchez, c'est le gouvernement Vivaldi, dirigé par Alexander De Croo, qui a perdu la maîtrise des dépenses. Une coalition dont faisait partie et le PS et le MR et qui a dû faire face à des crises coûteuses comme le COVID ou l'explosion des prix de l'énergie après l'invasion de l'Ukraine. "Qu’est-ce qui s’est passé, on a le Tourmalet, ou la courbe Magnette, ironise Bouchez. Vous voyez, une explosion des dépenses sous la Vivaldi, je me suis suffisamment opposé à cela au sein de ce gouvernement pour ne pas devoir l’assumer".
"La structure des coûts est intenable"
Le président du MR estime que la principale explication de cette dérive budgétaire se trouve dans l'évolution des dépenses sociales.
Sur le graphique présenté à la Chambre, il est indiqué que le budget de la sécurité sociale a progressé de 88 % entre 2016 et 2026, alors que l'inflation sur la même période est estimée à 31,5 %.
« Nous avons un accroissement des dépenses de sécurité sociale de 88 % sur dix ans, le triple de l'inflation », a insisté Georges-Louis Bouchez.
Pour le président du MR, cette évolution témoigne d'un problème structurel plus profond.
« La réalité, c'est que notre pays a une structure de coûts qui ne fonctionne pas parce que voici quarante ans on a fait les mauvais choix. »
Il cite notamment deux décisions historiques qu'il juge responsables de la situation actuelle : le maintien d'un système de pensions essentiellement basé sur la répartition plutôt que sur la capitalisation, comme aux Pays-Bas, ainsi qu'un système de prestations sociales qu'il considère comme insuffisamment lié à l'activité professionnelle.
« Notre problème n'est pas idéologique, il est mathématique. Nous avons une structure de coûts qui est devenue intenable », a-t-il affirmé.
Magnette défend les recettes, Bouchez réclame des économies
Cette passe d'armes intervient alors que la gestion des dépenses publiques est devenue l'un des principaux sujets de confrontation entre le MR et le PS.
Paul Magnette défend régulièrement l'idée que la Belgique ne souffre pas d'un problème de dépenses excessives mais d'un déficit de recettes. Le président du PS s'oppose à des réductions dans les pensions ou les allocations sociales et plaide pour de nouvelles recettes, notamment via une taxation accrue du patrimoine et du capital.
Georges-Louis Bouchez défend au contraire une stratégie fondée sur la maîtrise des dépenses publiques et sur une relance de l'activité économique.
Selon lui, les chiffres démontrent que les recettes ont déjà fortement progressé au cours de la dernière décennie.
« Les dépenses ont augmenté sur dix ans de 66 %, nos recettes ont augmenté de 50 %, alors qu'on a un PIB qui a progressé d'à peine 20 % », a-t-il souligné.
Pour le président du MR, la priorité doit désormais être de soutenir la croissance plutôt que d'augmenter encore la pression fiscale.
« On doit relancer la croissance, faire en sorte que les Belges fassent leurs courses en Belgique, et pour cela on doit baisser les impôts », a-t-il conclu.
À l'approche des arbitrages budgétaires qui attendent le gouvernement De Wever, la séquence illustre la profondeur du fossé qui continue de séparer la gauche et la droite sur l'avenir du modèle social belge et sur la manière de résorber un déficit qui reste parmi les plus élevés d'Europe.