Cambridge sens dessus dessous : l’affaire Jason Arday vire au désastre institutionnel (analyse)
Plagiat présumé, exploits sportifs corrigés, millions caritatifs relativisés, livre introuvable, souvenirs contradictoires : l’affaire Arday s’élargit. À Cambridge, le problème n’est plus seulement celui d’un professeur démissionnaire, mais celui d’institutions qui semblent avoir préféré un récit exemplaire aux vérifications élémentaires.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Plagiat présumé, exploits corrigés, livre introuvable et souvenirs contradictoires : après la démission de Jason Arday, le scandale dépasse désormais son cas et interroge profondément les méthodes de recrutement, le DEI et la rigueur académique à Cambridge.
Sommaire
- Un récit personnel qui change selon les versions
- Accident, cancer, prophéties : une autobiographie à géométrie variable
- 5,5 millions de livres… mais pas vraiment seul
- Et puis il y a le livre qui semble ne jamais avoir existé
- Plus de 180 passages contestés dans sa thèse
- Cambridge revoit désormais ses propres procédures
- Le problème que Cambridge ne peut plus réduire au plagiat
- « Si j’avais été raciste, j’aurais peut-être douté »
- Matthew Syed : le DEI transformé en « idolâtrie »
- Le scandale du DEI n’efface pas celui de l’establishment
- Le journal étudiant de Cambridge choisit le silence
- Même la tournée du livre commence à disparaître
- L’affaire Arday ne concerne plus vraiment Jason Arday
- Une université qui voulait raconter une histoire
Il devait être l’un des grands symboles du renouvellement de l’université britannique. Il est en train d’en devenir l’un des plus embarrassants cas d’école.
Quelques jours après la démission de Jason Arday de son poste de professeur de sociologie de l’éducation à Cambridge, l’affaire continue de s’étendre. Les interrogations ne portent plus seulement sur les accusations de plagiat visant sa thèse ou certains de ses travaux académiques. Elles concernent désormais ses qualifications, ses nominations honorifiques, son parcours professionnel, ses exploits sportifs, ses collectes de fonds et jusqu’aux épisodes les plus dramatiques de son autobiographie.
Et plus la liste s’allonge, plus la question change de nature. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que Jason Arday a réellement accompli. Il faut désormais comprendre comment certaines des institutions universitaires les plus prestigieuses du Royaume-Uni ont pu célébrer avec autant d’enthousiasme un récit dont des éléments essentiels semblent n’avoir jamais été sérieusement vérifiés.
Un récit personnel qui change selon les versions
Les dernières révélations du Times sont parmi les plus troublantes. Dans une proposition de 45 pages préparée pour ses mémoires, Jason Arday affirmait avoir été victime, peu avant ses 16 ans, d’un accident de voiture d’une extrême gravité.
Selon ce document, son cœur se serait arrêté pendant deux minutes. Il aurait ensuite été placé dans un coma artificiel durant près de deux mois et demi. Les médecins auraient recommandé à ses parents d’envisager l’arrêt des soins, estimant qu’il risquait de rester dans un état végétatif.
Arday affirmait pourtant avoir été conscient pendant cette période en raison d’un syndrome d’enfermement, affection neurologique rarissime caractérisée par une conscience préservée malgré une paralysie presque totale.
L’épisode est spectaculaire. Il est aussi absent de la version définitive de ses mémoires, Great and Unfortunate Things.
Même disparition pour un cancer des testicules qu’Arday disait avoir subi à 34 ans dans sa proposition de livre. Le texte publié mentionne en revanche une tumeur cérébrale bénigne retirée deux semaines avant la soutenance de sa thèse.
Une autobiographie peut évidemment évoluer au cours de son écriture. Des épisodes peuvent être retranchés pour des raisons éditoriales ou personnelles. Mais dans le contexte actuel, l’accumulation de divergences devient difficile à considérer comme anecdotique.
Accident, cancer, prophéties : une autobiographie à géométrie variable
D’autres différences apparaissent entre les versions. Dans un premier récit, Arday affirmait que les jeunes qui l’avaient agressé avant de devenir plus tard ses élèves avaient quatre ans de plus que lui. Dans le livre définitif, ils ont désormais le même âge : 18 ans.
Une tentative de suicide semble elle aussi se déplacer dans le temps selon les versions.
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