Charnier d’oiseaux, pièges interdits, animaux à « éliminer » : Olivier Bouygues devant la justice
Un charnier d’oiseaux protégés, une cinquantaine de pièges interdits, des documents recensant les espèces à éliminer et une pelleteuse : le procès d’Olivier Bouygues et de cinq coprévenus s’est ouvert lundi à Orléans. La justice doit déterminer les responsabilités dans des pratiques présumées anciennes sur son domaine de Sologne.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Olivier Bouygues comparaît avec cinq coprévenus après la découverte sur son domaine de Sologne d’un charnier d’oiseaux protégés, de pièges interdits et de documents recensant des espèces à éliminer.
Il ne s’agit pas de quelques règles de chasse contournées au détour d’une partie entre propriétaires fortunés. Le dossier qui conduit Olivier Bouygues devant le tribunal correctionnel d’Orléans est autrement plus lourd : un charnier d’oiseaux protégés, des dizaines de pièges interdits depuis 1995, des documents répertoriant les espèces à éliminer et jusqu’à une pelleteuse qui aurait servi à enfouir des cadavres d’animaux.
Le milliardaire français est jugé depuis lundi avec cinq autres prévenus pour des faits présumés de destruction d’espèces protégées sur son domaine de Fontenaille, vaste propriété de 600 hectares située à La Ferté-Saint-Aubin, en Sologne. Cinq des six prévenus étaient présents à l’ouverture de ce procès prévu sur deux jours. Olivier Bouygues est arrivé accompagné de son avocat, sans faire de déclaration.
L’affaire est d’autant plus sérieuse que le parquet ne décrit pas un épisode ponctuel. Selon le ministère public, les investigations portent sur des pratiques illégales qui auraient été « en cours depuis de nombreuses années sur le domaine de chasse ».
Un charnier découvert après une dénonciation anonyme
Tout commence par une dénonciation anonyme. Lors d’une perquisition effectuée sur la propriété, les enquêteurs découvrent ce que les autorités décrivent comme un charnier d’animaux.
Parmi les cadavres figurent plusieurs espèces d’oiseaux protégées : faucons crécerelles, grandes aigrettes, busards, buses variables et grands cormorans. Plusieurs chats, domestiques comme sauvages, auraient également été tués.
Le mobile présumé donne à l’affaire une dimension particulièrement brutale : ces animaux auraient été éliminés parce qu’ils gênaient la prolifération du gibier destiné à la chasse.
Autrement dit, l’accusation ne porte pas simplement sur des prélèvements excessifs de gibier ou sur une formalité administrative négligée. Les investigations portent sur la destruction présumée d’animaux sauvages considérés comme concurrents ou prédateurs du gibier que le domaine cherchait à préserver.
Des listes d’espèces à éliminer
D’autres découvertes donnent au dossier une apparence méthodique qui devra être examinée par le tribunal.
Les gendarmes ont notamment retrouvé une cinquantaine de pièges à mâchoires, interdits en France depuis 1995. Du matériel prohibé, dont des armes, a également été découvert.
Plus embarrassant encore, des documents saisis par les enquêteurs auraient recensé les espèces à éliminer et conservé la trace de destructions déjà réalisées.
Enfin, une pelleteuse soupçonnée d’avoir été utilisée pour enfouir les cadavres a été saisie. Pris séparément, chacun de ces éléments appellera des explications et l’établissement précis des responsabilités. Mis bout à bout, ils expliquent pourquoi l’affaire dépasse largement l’image d’un propriétaire ayant laissé commettre quelques entorses aux règles de la chasse.
Qui savait quoi sur le domaine ?
C’est néanmoins ici qu’une distinction essentielle s’impose. Que ces éléments aient été découverts sur une propriété appartenant à Olivier Bouygues ne suffit pas à démontrer qu’il a personnellement ordonné, organisé ou même connu chacune des pratiques poursuivies. C’est précisément l’une des questions que le procès devra trancher.
Olivier Bouygues avait été placé en garde à vue en juillet 2025 avec plusieurs autres personnes, dont le régisseur du domaine, après une perquisition menée quelques semaines auparavant.
Le milliardaire comparaît désormais avec cinq coprévenus. Il appartient au tribunal d’établir le rôle de chacun dans un système qui, selon le parquet, aurait fonctionné durant plusieurs années.
La présomption d’innocence interdit donc de transformer les découvertes des enquêteurs en culpabilité personnelle déjà établie. Elle n’oblige cependant pas à minimiser la gravité des faits poursuivis.
La face beaucoup moins reluisante de la chasse en Sologne
Le cadre de l’affaire ajoute inévitablement au malaise. La Sologne, deuxième massif forestier français, est depuis longtemps un territoire privilégié des grandes propriétés de chasse. Ses domaines de plusieurs centaines d’hectares attirent certaines des familles et fortunes les plus importantes du pays. Celui de Fontenaille s’étend sur quelque 600 hectares.
La chasse privée n’a évidemment rien d’illégal en elle-même. Mais l’accusation décrit ici sa possible dérive la moins défendable : celle d’un espace naturel aménagé pour maximiser le gibier disponible au point que les animaux susceptibles de contrarier cet objectif auraient été méthodiquement éliminés, y compris lorsqu’ils appartenaient à des espèces protégées.
Si cette organisation était établie, l’ironie serait particulièrement amère : protéger la faune que l’on souhaite chasser en détruisant celle que la loi protège.
Jusqu’à sept ans de prison
Les six prévenus encourent jusqu’à sept années d’emprisonnement et 750.000 euros d’amende. Ces peines maximales ne préjugent naturellement en rien de celles qui pourraient être prononcées en cas de condamnation. La première matinée du procès a d’ailleurs été consacrée à des questions de procédure et les débats doivent se poursuivre mardi.
Olivier Bouygues reste présumé innocent. Mais le procès qui s’ouvre à Orléans ne porte pas sur une anecdote de chasse mondaine ayant mal tourné. Il doit déterminer comment, sur un domaine appartenant à l’une des plus grandes fortunes françaises, des oiseaux protégés ont pu finir dans un charnier, pourquoi des dizaines de pièges interdits s’y trouvaient encore et qui était responsable des documents répertoriant les animaux à éliminer.
Et sur ces questions, la fortune, le prestige du nom et les traditions de la chasse en Sologne ne changent évidemment rien.