« Tout blancs, tout moches » : Mélenchon visé par une plainte pour injure raciste
Mélenchon est visé par une plainte avec constitution de partie civile après avoir lancé, en mars dernier, « tout blancs, tout moches que vous êtes » lors d’une conférence sur la « nouvelle France ». L’Agrif y voit une injure raciste. Une affaire qui repose une question embarrassante pour LFI : l’antiracisme vaut-il dans toutes les directions ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Jean-Luc Mélenchon est visé par une plainte pour injure à caractère raciste après avoir déclaré « tout blancs, tout moches que vous êtes ». L’Agrif invoque le racisme anti-Blancs.
« Tout blancs, tout moches que vous êtes. » Prononcée par Jean-Luc Mélenchon, la formule avait de quoi retenir l’attention. Elle vient désormais de franchir les portes de la justice.
Le leader de La France insoumise est visé par une plainte avec constitution de partie civile déposée samedi 5 septembre devant le doyen des juges d’instruction de Paris, selon les informations d’Europe 1. L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (Agrif) estime que les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon peuvent constituer des « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de l’appartenance à la race ».
Les faits remontent au 18 mars. Lors d’une conférence consacrée à la « nouvelle France » et retransmise en direct sur YouTube, Jean-Luc Mélenchon évoquait les origines africaines de l'humanité.
« Je veux dire, il a quand même bien fallu qu’il y en ait un jour un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l’autre bout du continent africain pour qu’à la fin vous soyez en train de faire les malins tout blancs, tout moches que vous êtes », avait-il déclaré. C'est cette dernière formule que l'Agrif a décidé de porter devant la justice.
Une couleur de peau et une insulte
Il appartiendra naturellement à la justice, et non aux adversaires politiques de Jean-Luc Mélenchon, de déterminer si ces propos remplissent juridiquement les conditions de l'injure raciste.
Mais indépendamment de leur qualification pénale, leur construction est difficilement contestable : une caractéristique raciale — être « blancs » — est directement accolée à un qualificatif péjoratif — être « moches ».
On peut invoquer l'ironie, la provocation ou le contexte d'une démonstration sur l'origine commune de l'humanité. Cela permet d'éclairer le propos. Cela ne fait pas disparaître les mots qui ont été employés.
Et l'affaire pose une question d'autant plus embarrassante que La France insoumise place depuis des années la lutte contre les discriminations et le racisme au centre de son discours politique : une formule de cette nature serait-elle accueillie avec la même indulgence si la couleur de peau mentionnée était différente ? C'est moins une question de comparaison pénale automatique que de cohérence politique.
Le racisme anti-blancs devant la justice
L'Agrif entend précisément obtenir que cette cohérence s'applique également devant les tribunaux. L'association considère que les propos de Jean-Luc Mélenchon relèvent du « racisme anti-blanc » et multiplie depuis plusieurs années les procédures destinées à faire reconnaître juridiquement les atteintes visant les personnes blanches.
Le dossier intervient d'ailleurs au moment où cette notion revient dans le débat public français.
Dans l'affaire dite du « bal de Crépol », l'Agrif avait mis en avant la reconnaissance de motivations anti-blancs par les magistrats instructeurs. Le parquet de Valence a cependant écarté cette qualification dans son réquisitoire définitif complémentaire du 17 août. Autrement dit, le débat juridique est loin d'être définitivement tranché par cette affaire.
La plainte contre Mélenchon en constitue désormais un nouvel épisode.
Une deuxième responsable de LFI visée
L'Agrif ne s'est d'ailleurs pas arrêtée au leader insoumis. L'association a annoncé le même jour une seconde plainte visant Imane Hamel, coanimatrice d'un groupe thématique de LFI consacré à l'antiracisme.
Lors d'une réunion organisée à Clichy-sous-Bois le 16 octobre 2025, celle-ci avait déclaré que « par une réécriture de l'histoire, le peuple français est réduit à une lignée de sang à la culture sclérosée », avant d'ajouter : « Nous ne sommes pas moins français que celui dont la seule gloire malheureuse est d'être né blanc ».
Là encore, l'Agrif poursuit pour « injures publiques envers un groupe de personnes en raison de l'appartenance à la race ».
Les deux affaires sont juridiquement distinctes et les formulations ne sont pas identiques. Leur concomitance place néanmoins sous une lumière assez crue le rapport d'une partie de LFI aux catégories raciales.
L’antiracisme est-il universel ?
C'est finalement la question politique soulevée par cette plainte, indépendamment de son issue judiciaire. L'antiracisme peut être conçu comme un principe universel : la couleur de peau d'une personne ne saurait justifier qu'on lui attribue une valeur, une faute ou une qualité particulière. Dans cette conception, la règle ne change évidemment pas selon que la personne est noire, blanche, arabe ou asiatique.
Une autre conception insiste davantage sur les rapports historiques de domination et considère que des propos visant un groupe majoritaire ne peuvent être placés exactement sur le même plan que ceux dirigés contre des minorités historiquement discriminées.
Cette seconde lecture existe dans une partie de la gauche contemporaine. Mais elle rencontre une difficulté dès lors que l'on quitte l'analyse sociologique pour revenir aux individus : comment expliquer à quelqu'un que le jugement porté sur sa couleur de peau est condamnable dans certains cas mais acceptable dans d'autres ? C'est précisément ce que l'affaire Mélenchon vient remettre sur la table.
Une plainte n'est pas une condamnation
Il convient enfin de ne pas faire dire à cette procédure davantage qu'elle ne dit. Jean-Luc Mélenchon n'a pas été condamné pour racisme. Une plainte avec constitution de partie civile a été déposée contre lui par une association engagée de longue date dans la reconnaissance du racisme anti-blancs. Il appartiendra à la justice de déterminer les suites qui doivent lui être données et, le cas échéant, la qualification juridique des propos.
Mais politiquement, la formule existe déjà et n'a besoin d'aucune décision judiciaire pour être discutée.
Lorsque celui qui la prononce dirige un mouvement faisant de l'antiracisme une composante essentielle de son identité politique, « tout blancs, tout moches que vous êtes » soulève une question assez simple : si l'on veut combattre les jugements fondés sur la couleur de peau, pourquoi faudrait-il commencer par décider quelles couleurs peuvent légitimement en faire les frais ?