Décès de Catherine Ringer, l’inoubliable voix de « Marcia Baïla »
La mort de Catherine Ringer referme l’histoire des Rita Mitsouko. La chanteuse de « Marcia Baïla » et « C’est comme ça » a succombé à un cancer foudroyant, à 68 ans.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Catherine Ringer est morte à 68 ans des suites d’un cancer foudroyant. Avec Fred Chichin, elle avait bouleversé le rock français au sein des Rita Mitsouko. « Marcia Baïla », « Andy » et « C’est comme ça » resteront les symboles de sa liberté artistique.
Catherine Ringer est morte dans la nuit du lundi 14 septembre. La chanteuse avait 68 ans. Ses enfants ont annoncé son décès mardi dans un communiqué transmis à l’AFP. Un cancer foudroyant l’a emportée, dix-neuf ans après Fred Chichin.
La famille salue une artiste qui « a marqué plusieurs générations ». Elle évoque aussi « sa grande liberté et sa singularité ». Ces mots résument une carrière qui refusait les cases et les conventions.
Avec Fred Chichin, Catherine Ringer avait créé les Rita Mitsouko. Le duo avait imposé un univers mêlant rock, pop, rythmes latins et théâtre. Leur musique ne ressemblait alors à rien de connu en France.
La mort de Catherine Ringer referme l’histoire des Rita Mitsouko
Catherine Ringer rencontre Fred Chichin en 1979. Tous deux jouent d’abord dans plusieurs formations avant de lancer Rita Mitsouko. Le groupe prend ensuite le nom des Rita Mitsouko.
Le succès éclate en 1984 avec « Marcia Baïla ». Catherine Ringer dédie cette chanson à la danseuse argentine Marcia Moretto. Son amie avait succombé à un cancer en 1983, à seulement 36 ans.
La chanson mêle la joie de la danse à la douleur du deuil. Son clip coloré contribue aussi à son immense popularité. « Marcia Baïla » devient rapidement l’un des grands classiques de la chanson française.
Les Rita Mitsouko enchaînent ensuite les succès. « Andy », « C’est comme ça » et « Les histoires d’A. » traversent les décennies. Cette dernière contient la célèbre formule « les histoires d’amour finissent mal en général ».
Le duo développe aussi une identité visuelle très forte. Il collabore avec Jean-Baptiste Mondino, Jean-Paul Gaultier et Jean-Luc Godard. Les Rita travaillent également avec Iggy Pop et tournent avec les Smiths. Leur mélange de rock, de pop et d’excentricité conquiert rapidement l’Europe.
L’héritage d’un père rescapé des camps
Catherine Ringer naît le 18 octobre 1957 à Suresnes, près de Paris. Sa mère, Jeanine Ettlinger, exerce le métier d’architecte. Son père, Sam Ringer, peint et dessine. Son histoire familiale porte cependant le poids de la Shoah.
Né en 1918 à Tarnów, en Pologne, Sam Ringer grandit à Oświęcim, ville devenue Auschwitz sous l’occupation allemande. Les nazis le déportent en 1940. Pendant cinq années, il traverse neuf camps de concentration et de travail forcé.
Il connaît notamment Auschwitz, Buchenwald et plusieurs camps annexes. Très affaibli, il survit néanmoins à la déportation. L’Armée rouge le libère en 1945. Il rejoint ensuite la France et reprend ses études artistiques à Paris.
Sam Ringer traduit une partie de cette expérience dans ses dessins. Il représente les camps, les corps épuisés et les scènes de travail forcé. Son œuvre demeure pourtant longtemps méconnue du grand public.
En 2023, Catherine Ringer décide de vendre une centaine de ses œuvres. Elle souhaite alors faire reconnaître le travail de ce père disparu en 1986. « Il m’a transmis sa force de vie », confie-t-elle à l’AFP.
Cet héritage éclaire aussi le tempérament de la chanteuse. Catherine Ringer refusait les conventions, la honte et les identités imposées. Sa liberté artistique puisait aussi dans cette histoire familiale marquée par la persécution et la survie.
Catherine Ringer quitte l’école à 15 ans. Elle pratique la danse, le théâtre et la musique. Elle tourne aussi brièvement dans des films pornographiques. La chanteuse n’a jamais caché ni renié cet épisode.
En 1986, Serge Gainsbourg tente de l’humilier à la télévision en évoquant ce passé. Catherine Ringer lui répond sans se laisser intimider. Cette altercation conforte son image de femme libre, capable de tenir tête aux provocateurs.
Continuer après Fred Chichin
Fred Chichin meurt d’un cancer en novembre 2007, à 53 ans. Le couple venait de publier « Variéty », son dernier album commun. Sa disparition brise une complicité artistique et amoureuse commencée presque trente ans plus tôt.
Catherine Ringer interrompt d’abord ses activités. Elle remonte ensuite sur scène et achève seule la tournée des Rita Mitsouko. Elle poursuit également une carrière sous son propre nom.
L’album « Ring n’ Roll » paraît en 2011. « Chroniques et fantaisies » suit en 2017. Elle continue aussi à interpréter les chansons des Rita. Chaque concert maintient vivant le dialogue avec Fred Chichin.
En 2019, elle célèbre les quarante ans de leur rencontre à la Philharmonie de Paris. Elle ne cache pas la douleur laissée par son compagnon. Chaque anniversaire de sa mort lui impose une pause.
« Ce n’est pas non plus un but dans la vie d’être qu’heureux », confiait-elle en 2024. Pour Catherine Ringer, la vie comportait nécessairement des « hauts et des bas ». Sans les uns, disait-elle, les autres n’existeraient pas.
Une liberté jusque dans l’engagement
Catherine Ringer avait aussi porté plusieurs combats politiques et sociaux. Elle défendait les droits des femmes et les causes écologistes. Elle affichait également son opposition à l’extrême droite.
Le 8 mars 2024, elle avait interprété une version modifiée de « La Marseillaise ». La cérémonie célébrait l’entrée du droit à l’avortement dans la Constitution française. Elle avait chanté place Vendôme devant le ministère de la Justice.
Après son interprétation, Emmanuel Macron lui avait fait un baise-main. Il avait ensuite tenté de l’embrasser. La chanteuse s’était dégagée avec fermeté, dans un geste abondamment commenté.
Le président français a rendu hommage à une artiste « inclassable » et « irrévérencieuse ». Il a aussi salué une voix transformée en « théâtre ». La ministre de la Culture, Catherine Pégard, a évoqué son « irrésistible amour de la liberté ».
Cette liberté restera attachée à Catherine Ringer. Sa voix pouvait rugir, murmurer, rire ou se briser. Elle transformait chaque chanson en spectacle. Avec sa mort, le rock français perd l’une de ses personnalités les plus reconnaissables.