Édouard Philippe : d’accord avec Darmanin, sauf sur ce que propose Darmanin
Samedi, face à François Hollande, Édouard Philippe écarte le moratoire sur l’immigration légale proposé par Gérald Darmanin. Dimanche, il est l’invité vedette de ce même Darmanin à Tourcoing. Entre les deux, l’ancien Premier ministre assure qu’il n’y a pas vraiment de « divergence ». L'« en même temps » aurait-il trouvé son candidat pour 2027 ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Entre fermeté migratoire et refus du moratoire proposé par Gérald Darmanin, Édouard Philippe cherche sa voie pour 2027. Un pas à droite, un autre vers le centre : le « en même temps » n’est peut-être pas mort.
Édouard Philippe a peut-être trouvé la tonalité de sa campagne présidentielle. Un pas à droite, un pas vers le centre. Une déclaration de fermeté, suivie de sa nuance. Et, lorsque les deux commencent à difficilement tenir ensemble, l'assurance tranquille qu'il n'y a là aucune contradiction.
Ce week-end en offre une assez belle démonstration. En mai, Gérald Darmanin proposait un moratoire de trois ans sur l'immigration légale. Mi-août, le garde des Sceaux ralliait la candidature d'Édouard Philippe, tout en l'exhortant à se montrer plus ferme sur l'immigration.
Samedi, à Sens, lors d'un débat avec François Hollande, le candidat d'Horizons lui a répondu. Il faut bien une politique migratoire « beaucoup plus ferme », assure Édouard Philippe. Mais « il n'y aura pas de moratoire sur les étudiants étrangers ». Pas davantage sur « l'immigration de travail », « dont nous avons besoin ».
Les médecins étrangers qui souhaitent exercer en France ? Il faut évidemment pouvoir les accueillir : « Je n'ai jamais entendu personne m'expliquer qu'il ne fallait pas accepter que des médecins formés à l'étranger, qui veulent travailler en France, puissent le faire. »
Le moratoire de Gérald Darmanin vient donc de perdre deux morceaux assez substantiels. Mais qu'on ne s'y trompe surtout pas : « Je ne crois pas que ça soit une divergence », assure Édouard Philippe. C'est une « petite différence ».
La fermeté, mais raisonnable ; l’ouverture, mais contrôlée
La mécanique devient familière. Gérald Darmanin « a raison » : il faut davantage de fermeté. Édouard Philippe cite Mayotte, la crise migratoire de Ceuta et son projet de « verrou Schengen ». Le vocabulaire est régalien, la tonalité ferme, les marqueurs posés.
Puis vient le second mouvement. Oui à la fermeté, mais pas de moratoire sur les étudiants. Oui au contrôle de l'immigration, mais maintien de l'immigration professionnelle dont l'économie française a besoin. Oui à Darmanin, mais non à l'une de ses propositions les plus emblématiques.
Et dimanche, les deux hommes doivent se retrouver à Tourcoing pour la rentrée politique du ministre de la Justice.
Le soutien exigeant accueillera donc le candidat qui vient publiquement d'écarter sa proposition. On appellera cela le rassemblement.
Sur le fond, la position de Philippe peut parfaitement se défendre. On peut considérer qu'un moratoire général sur l'immigration légale serait excessivement sommaire et qu'une politique restrictive doit continuer à sélectionner étudiants, médecins ou travailleurs répondant à des besoins précis.
Ce qui devient plus amusant est cette volonté permanente de présenter comme presque parfaitement compatibles des positions qui ne le sont qu'après avoir été soigneusement rabotées.
L’« en même temps » n’a pas pris sa retraite
Édouard Philippe fut le premier Premier ministre d'un président qui avait érigé l'« en même temps » en méthode politique.
Depuis son départ de Matignon, le maire du Havre s'est pourtant construit une autre image : davantage à droite, plus austère, volontiers gestionnaire, moins porté sur les grandes synthèses macroniennes.
À mesure que 2027 approche, quelques vieux réflexes semblent néanmoins refaire surface.
Sur l'économie, le candidat veut réduire la durée d'indemnisation du chômage et mettre fin à « l'open bar des arrêts de travail ». Il assume une politique de l'offre et veut faire travailler les Français plus longtemps. Voilà pour la droite.
Mais il prend simultanément soin de rappeler la « justice » nécessaire des réformes et de se distinguer des propositions les plus radicales de son camp.
Sur l'immigration, même mouvement : fermeté revendiquée, « verrou Schengen », mais refus du moratoire général voulu par son nouvel allié.
Édouard Philippe cherche évidemment à résoudre une véritable équation électorale. Pour atteindre le second tour, il lui faudrait récupérer suffisamment d'électeurs de droite sans abandonner l'immense espace central laissé par Emmanuel Macron.
Politiquement, le calcul est rationnel. À force de devenir visible, il peut cependant se transformer en faiblesse.
Le rond-point Philippe
Car une présidentielle oblige généralement, à un moment ou à un autre, à choisir. Pour l'instant, Philippe semble préférer le giratoire : priorité à droite, insertion au centre et clignotant soigneusement actionné avant chaque changement de file.
Samedi à Sens avec François Hollande. Dimanche à Tourcoing avec Gérald Darmanin. Fermeté migratoire dans une phrase, refus du moratoire dans la suivante. Accord avec Darmanin sur le diagnostic, « petite différence » sur le remède.
L'ancien Premier ministre veut manifestement démontrer qu'il peut parler aux uns sans effrayer les autres. C'était déjà, après tout, l'ambition originelle du macronisme. Le procédé présente un immense avantage : pendant quelque temps, chacun peut entendre chez le candidat la moitié du discours qu'il préfère.
Il présente aussi un danger : que les électeurs finissent par regarder non plus les différentes directions indiquées par les panneaux, mais la voiture qui continue de tourner autour.
Édouard Philippe voulait incarner l'après-Macron. À neuf mois de la présidentielle, il donne parfois l'impression d'avoir surtout trouvé une nouvelle façon de conjuguer son « en même temps ».