Édouard Philippe durcit son programme : chômage limité à 12 mois et arrêts maladie dans le viseur
À quelques mois de la présidentielle, Édouard Philippe précise son programme économique. Le candidat d’Horizons veut réduire l’indemnisation du chômage, « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail », préserver la transmission des entreprises et supprimer 50 milliards d’euros d’impôts de production.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Édouard Philippe dévoile ses propositions économiques pour 2027 : chômage limité à 12 mois, durcissement des arrêts maladie, baisse des impôts de production et transmission facilitée.
Édouard Philippe durcit le ton sur le travail et la dépense publique. À l’occasion de l’Université de rentrée du Medef, où plusieurs candidats à l’élection présidentielle doivent débattre ce jeudi, l’ancien Premier ministre a détaillé auprès de l’AFP plusieurs mesures économiques qu’il entend porter en 2027.
Sa ligne tient en trois priorités : « remettre de l’ordre dans nos comptes, laisser les entreprises créer de la richesse, moderniser et développer les infrastructures de ce pays ».
Parmi ses propositions les plus significatives figure une nouvelle réforme de l’assurance chômage. Le candidat d’Horizons souhaite s’inspirer de l’Allemagne et ramener à douze mois la durée maximale d’indemnisation des demandeurs d’emploi âgés de moins de 50 ans.
« Sur l’assurance chômage, ma direction c’est de faire comme l’Allemagne. Douze mois d’indemnisation maximum pour les moins de 50 ans », explique-t-il.
« Mettre fin à l’open bar des arrêts de travail »
Édouard Philippe s’attaque également à la progression des arrêts maladie, avec une formule volontairement provocatrice : il veut « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail ».
Selon les chiffres avancés par le candidat, leur coût aurait augmenté de près de 40 % entre 2019 et 2025 et représenterait environ 17 milliards d’euros par an. Une évolution qu’il qualifie de « dérive préoccupante », non seulement pour les finances publiques, mais aussi pour « l’activité des entreprises et des administrations » et « l’ambiance au travail ».
L’ancien Premier ministre propose notamment de renforcer les jours de carence pour les arrêts courts. Prenant l’Espagne comme exemple, il envisage qu’un ou deux premiers jours ne soient pas indemnisés dans le cas d’un arrêt ponctuel.
Il souhaite également s’attaquer à ce qu’il qualifie de « chantage à l’arrêt maladie ». Une période incompressible de trois à six mois pourrait ainsi être instaurée entre un arrêt maladie et une rupture conventionnelle.
Faciliter les héritages plutôt que les taxer davantage
Sur les successions, Édouard Philippe se place aux antipodes des propositions formulées à gauche. Il se dit en « désaccord frontal » avec Jean-Luc Mélenchon, qui propose de taxer intégralement les héritages au-delà de 12 millions d’euros, mais aussi avec la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, favorable à une taxation des successions « au premier euro ».
Le candidat d’Horizons veut au contraire faciliter la transmission du patrimoine et encourager les donations du vivant des propriétaires.
« Je pense au contraire qu’il faut permettre la transmission du patrimoine beaucoup plus vite et beaucoup plus tôt pour aider la jeunesse », affirme-t-il. Il promet une augmentation « très sensible » des plafonds de donation pendant les trois premières années de son éventuel quinquennat.
Même logique concernant les entreprises familiales : Édouard Philippe défend fermement le pacte Dutreil, mécanisme permettant, sous certaines conditions, d’alléger fortement les droits de succession ou de donation lors de la transmission d'une entreprise.
À ses yeux, sa stabilité est particulièrement importante alors que la France s'apprête à connaître un vaste mouvement de transmission d'entreprises lié au vieillissement de leurs dirigeants.
50 milliards d’euros d’impôts de production en moins
Plus généralement, l’ancien locataire de Matignon revendique le retour à une « vraie politique de l’offre », dont il situe l’origine sous François Hollande et l’accélération sous Emmanuel Macron lorsqu’il dirigeait le gouvernement.
Il propose notamment de supprimer 50 milliards d’euros d’impôts de production pesant sur les entreprises. La mesure serait compensée par une réduction d’un montant équivalent des aides publiques qui leur sont accordées.
Sur les retraites, Édouard Philippe maintient également une ligne plus restrictive. La prochaine réforme devrait selon lui tenir compte de la pénibilité et des différences entre professions, tout en partant d’un principe : « tout le monde doit travailler un peu plus longtemps ».
Mélenchon et l’annulation de la dette dans le viseur
La question des finances publiques fournit également au candidat l’occasion d'attaquer frontalement Jean-Luc Mélenchon. Les déclarations du leader insoumis sur une éventuelle annulation de la dette française conduiraient, selon lui, à « la destruction du crédit de la France ».
« J’oserais même dire qu’avec ce genre de propositions, le sang et les larmes, c’est lui », lance Édouard Philippe.
Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement délicat pour les finances françaises. La maîtrise des déficits et de la dette devrait occuper une place centrale dans la campagne présidentielle de 2027, tout comme la question du financement de la protection sociale.
Investir dans les infrastructures
Édouard Philippe ne veut toutefois pas réduire son programme économique à la rigueur budgétaire. Il plaide parallèlement pour des investissements dans les infrastructures, avec notamment un « grand plan » consacré au fret ferroviaire.
Celui-ci serait, selon lui, à la fois un instrument de compétitivité et un moyen de réduire fortement les émissions de CO₂. Il souhaite également développer les capacités françaises de stockage de l’eau, sans augmenter inconsidérément les prélèvements dans les nappes phréatiques.
« La prospérité d’un pays, ce n’est pas simplement l’orthodoxie financière et budgétaire et des entreprises qui vont bien », résume-t-il. L’État doit aussi, selon lui, fixer une direction et développer les infrastructures nécessaires à l’économie.
À l’approche de 2027, Édouard Philippe dessine ainsi un programme économique nettement orienté vers l’offre, la réduction de certaines dépenses sociales et l’allègement de la fiscalité des entreprises, tout en assumant un affrontement de plus en plus explicite avec les propositions économiques de la gauche.