Élections israéliennes : au-delà du duel Netanyahou-Eisenkot, quel avenir pour l'État hébreu ? (analyse)
Israël vote ce mardi pour la première fois depuis le 7 octobre 2023. Face à Benyamin Netanyahou, Gadi Eisenkot incarne une possible alternance. Mais derrière ce duel serré se jouent l'avenir démocratique du pays, ses fractures religieuses et le rôle décisif que pourraient jouer les partis arabes.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Israël vote ce 27 octobre dans un scrutin décisif. Netanyahu face à Eisenkot, rôle des partis arabes, sécurité, institutions : analyse des enjeux.
Sommaire
- Netanyahou face au jugement du 7 octobre
- Gadi Eisenkot, l'ancien général qui incarne l'alternance
- Le paradoxe du scrutin : deux adversaires, une même fermeté sécuritaire
- Une élection sur l'identité démocratique et religieuse d'Israël
- La Cisjordanie, révélateur des fractures israéliennes
- Les partis arabes pourraient décider du prochain gouvernement
- Des sondages contradictoires, une majorité introuvable ?
- Le destin judiciaire de Netanyahu en arrière-plan
- Quand connaîtra-t-on les résultats ?
- Quel Israël sortira des urnes ?
Ce mardi 27 octobre, près de quatre-vingts ans après la création de leur État, quelque sept millions d'électeurs israéliens sont appelés aux urnes pour une élection dont les enjeux dépassent largement la désignation d'un nouveau gouvernement. Pour la première fois depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, ils peuvent se prononcer sur la direction prise par leur pays au cours de plusieurs années de guerres, de tensions institutionnelles et de bouleversements politiques.
Le scrutin oppose principalement le Premier ministre Benyamin Netanyahou, au pouvoir de manière quasi continue depuis 2009, à Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne devenu le principal visage de l'opposition. Mais réduire cette élection à un affrontement entre deux hommes serait trompeur.
Car les Israéliens ne choisissent pas seulement entre deux dirigeants. Ils doivent aussi arbitrer entre différentes conceptions de l'État, de ses institutions, de la place de la religion et des relations entre citoyens juifs et arabes. Et, paradoxalement, alors que ces divergences intérieures sont considérables, les positions des principaux adversaires sur les questions de sécurité et sur l'avenir d'un État palestinien se sont sensiblement rapprochées.
À cela s'ajoute une particularité déterminante : le vainqueur politique du scrutin pourrait parfaitement être incapable de gouverner. Les sondages, parfois contradictoires, annoncent une Assemblée potentiellement fragmentée, dans laquelle les partis arabes pourraient jouer un rôle décisif.
Netanyahou face au jugement du 7 octobre
À 77 ans, Benyamin Netanyahou demeure la personnalité dominante de la politique israélienne. Premier ministre pour la première fois en 1996, il a dirigé le pays pendant près de dix-neuf ans au total, une longévité sans équivalent dans l'histoire nationale.
Cette expérience constitue simultanément sa principale force et sa plus grande faiblesse.
Ses partisans voient en lui un dirigeant capable de résister aux pressions internationales et de prendre des décisions militaires difficiles dans un environnement régional particulièrement hostile. Les opérations menées contre le Hamas, le Hezbollah et l'Iran ont renforcé, à leurs yeux, sa réputation de chef de guerre.
Ses adversaires lui reprochent au contraire de porter une responsabilité politique majeure dans les défaillances qui ont permis les massacres du 7 octobre 2023. Ce jour-là, environ 1.200 personnes avaient été tuées lors de l'attaque conduite par le Hamas et d'autres groupes armés palestiniens, tandis que 251 personnes étaient prises en otage.
Trois ans plus tard, les conséquences de cette journée continuent de structurer le débat public.
L'opposition réclame notamment la création d'une commission d'enquête d'État indépendante chargée d'examiner les responsabilités dans les défaillances sécuritaires. Netanyahou et ses alliés ont jusqu'à présent résisté à cette demande.
La question est devenue un marqueur électoral majeur : pour les adversaires du Premier ministre, une alternance doit permettre d'établir les responsabilités du 7 octobre ; pour ses soutiens, la priorité reste la protection du pays contre les menaces extérieures.
Gadi Eisenkot, l'ancien général qui incarne l'alternance
Face à Netanyahou, Gadi Eisenkot, 66 ans, présente un profil singulier. Né dans une famille juive originaire du Maroc, élevé dans un milieu modeste à Eilat, il a effectué l'essentiel de sa carrière dans l'armée avant d'en devenir le chef d'état-major. Contrairement à Netanyahou, orateur expérimenté et habitué aux grandes tribunes internationales, Eisenkot cultive une image de sobriété, de discipline et de discrétion.
Sa trajectoire personnelle a également été marquée par la guerre. Son fils cadet et deux de ses neveux ont été tués alors qu'ils servaient dans l'armée israélienne.
Le chef du parti Yashar, formation centriste récemment créée, bénéficie ainsi d'une crédibilité militaire difficile à contester. Il connaît d'ailleurs personnellement Netanyahou, qui l'avait nommé chef d'état-major en 2014.
Après le 7 octobre, Eisenkot avait accepté de participer au gouvernement d'union nationale et au cabinet de guerre, avant de s'en retirer en accusant le Premier ministre de prolonger le conflit et de ne pas accorder une priorité suffisante à la libération des otages. Netanyahou a rejeté ces accusations.
Cette expérience lui permet aujourd'hui de défendre une ligne particulière : proposer une rupture politique avec Netanyahou tout en conservant une doctrine sécuritaire ferme.
Mais son parcours militaire mérite lui aussi d'être examiné. Eisenkot est notamment associé à la doctrine dite de la « Dahiya », qui privilégie l'emploi d'une puissance de feu massive contre les infrastructures utilisées par des organisations armées afin de produire un effet de dissuasion. Cette doctrine, controversée en raison de ses conséquences possibles sur les populations civiles, illustre la fermeté de ses conceptions militaires.
Eisenkot ne représente donc pas un retour à la gauche pacifiste israélienne. Il incarne plutôt la possibilité d'une alternance au sein d'un pays dont le centre de gravité politique s'est déplacé vers la droite sur les questions de sécurité.
Le paradoxe du scrutin : deux adversaires, une même fermeté sécuritaire
C'est probablement l'une des caractéristiques les plus importantes de cette élection, et l'une des moins perceptibles depuis l'étranger.
Sur plusieurs questions essentielles — la menace iranienne, l'avenir du Hamas, le contrôle sécuritaire des territoires palestiniens et la création éventuelle d'un État palestinien — les divergences entre Netanyahou et Eisenkot sont moins profondes que leur opposition politique pourrait le laisser supposer.
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