« La grande bourgeoisie française parasite nos vies, on n’a pas besoin des riches » : LFI relaie le rêve d’une économie sans capitalistes
« On n’a pas besoin des riches », « on ne veut plus qu’ils possèdent de médias » : Mathilde Panot et La France insoumise relaient un plaidoyer de Nicolas Framont pour une économie « sans capitalistes » ni « bourgeoisie ». Derrière la formule, c’est bien la propriété privée du capital qui est remise en cause.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Mathilde Panot et LFI relaient Nicolas Framont affirmant qu’on « n’a pas besoin des riches » et qu’une économie peut fonctionner « sans capitalistes ». Derrière la formule, un projet économique autrement plus radical qu’une simple taxation des fortunes.
Taxer davantage les grandes fortunes ? Trop peu. Obliger les milliardaires propriétaires de médias à garantir davantage de pluralisme ? Encore insuffisant. Pour Nicolas Framont, le problème n’est pas seulement ce que font les capitalistes de leur argent. Le problème, c’est qu’il existe encore des capitalistes.
🗣 @NicolasFramont : « C’est pas simplement qu’il faut taxer les riches, c’est qu’on n’a pas besoin des riches.
— Mathilde Panot (@MathildePanot) September 27, 2026
C’est pas seulement qu’on voudrait que leurs médias soient plus pluralistes, c’est qu’on ne veut plus qu’ils possèdent de médias.
Une économie peut fonctionner sans… pic.twitter.com/XWJFHMAZZh
Dans une séquence de l’émission YouTube « En campagne », tournée à la Fête de l’Humanité, le sociologue et rédacteur en chef de Frustration Magazine développe une conception particulièrement radicale de l’économie. Un propos que Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, et le compte officiel de LFI ont choisi de relayer.
« C’est pas simplement qu’il faut taxer les riches, c’est qu’on n’a pas besoin des riches », explique Nicolas Framont. « C’est pas seulement qu’on voudrait que leurs médias soient plus pluralistes, c’est qu’on ne veut plus qu’ils possèdent de médias. »
C’est pas simplement qu’il faut taxer les riches, c’est qu’on n’a pas besoin des riches. C’est pas seulement qu’on voudrait que leurs médias soient plus pluralistes, c’est qu’on ne veut plus qu’ils possèdent de médias.
Nicolas Framont
Et de conclure : « Une économie peut fonctionner sans capitalistes, sans bourgeoisie, sans division entre le capital et le travail. On pourrait vivre bien sans eux. »
Les riches, ces « parasites »
Le raisonnement part d’une analyse de classe assumée. Selon Framont, « la grande bourgeoisie française » possède un « pouvoir de nuisance » et « parasite nos vies ». Elle « tire profit de notre travail », détourne à son profit la production de richesses et « parasite » également la politique par l’intermédiaire de « ses partis bourgeois ».
Même constat pour les médias. Les « chaînes des milliardaires » entretiendraient un « bruit parasite » qui « nous empêche de penser clairement », notamment en mettant en avant des « polémiques d’extrême droite » plutôt que « la grande question sociale ».
Lorsqu’il affirme que la société pourrait vivre « sans eux », Framont précise toutefois qu’il ne parle évidemment pas d’éliminer physiquement les riches : ils pourraient simplement « reprendre des métiers normaux ».
« Bernard Arnault, il peut aller vendre des journaux ou être vendeur chez Sephora, ça sera pas un problème », plaisante-t-il. La boutade illustre pourtant une proposition économique beaucoup plus sérieuse.
Pas seulement taxer les capitalistes
Car une économie « sans capitalistes, sans bourgeoisie, sans division entre le capital et le travail » ne correspond plus à un capitalisme davantage taxé ou redistributif.
C’est la fonction même du propriétaire privé du capital qui est remise en cause. Qui posséderait alors LVMH ? Qui détiendrait les usines, les magasins, les banques ou les entreprises technologiques ? Qui apporterait les capitaux nécessaires avant qu’un projet ne produise le premier euro ?
La propriété devrait nécessairement être transférée ailleurs : aux salariés, à des coopératives, à des fonds collectifs ou à l’État, selon le modèle retenu. Ces solutions sont très différentes et certaines existent déjà au sein des économies de marché. Mais aucune ne fait disparaître une réalité élémentaire : quelqu’un doit décider où investir les ressources disponibles et supporter les conséquences d’un mauvais choix.
L’allocation du capital ne disparaît pas avec le capitaliste. Elle change de mains.
Une expérience qui n’a rien de nouveau
L’idée d’une économie débarrassée de la bourgeoisie propriétaire a surtout l’avantage d’avoir déjà été expérimentée.
L’Union soviétique et les démocraties populaires d’Europe de l’Est ont construit des systèmes dans lesquels les grandes entreprises étaient détenues par l’État et où l’investissement était largement décidé administrativement.
Ces économies ont obtenu des résultats réels, notamment une industrialisation soviétique extrêmement rapide. Mais elles ont également rencontré de catastrophiques difficultés structurelles : pénuries, mauvaise allocation de certaines ressources, faibles incitations à l’efficacité et retard croissant de productivité face aux économies occidentales.
Le cas chinois est tout aussi instructif. Après les collectivisations de l’époque maoïste, les réformes engagées sous Deng Xiaoping ont progressivement réintroduit le marché, l’investissement étranger, l’entreprise privée et l’accumulation individuelle du capital.
« On ne veut plus qu’ils possèdent de médias »
Le passage consacré aux médias pose une autre question. La concentration de journaux, radios et télévisions entre les mains de quelques grandes fortunes constitue un débat parfaitement légitime. Mais Framont va explicitement plus loin : « C’est pas simplement qu’on voudrait que leurs médias soient plus pluralistes, c’est qu’on ne veut plus qu’ils possèdent de médias. »
Il ne réclame donc plus seulement davantage de pluralisme. Il conteste à une catégorie de propriétaires la légitimité même de posséder un média.
On peut parfaitement imaginer des médias détenus par leurs journalistes, leurs lecteurs, des associations ou des fondations. Mais une question devient incontournable : qui déciderait des formes de propriété autorisées ? Selon quels critères ? Et avec quelles garanties pour que la lutte contre la concentration économique ne devienne pas un contrôle politique de ceux qui peuvent financer la parole publique ?
La question est d’autant plus sensible que Framont vient précisément de présenter certains médias comme un « bruit parasite » qui empêcherait les citoyens de « penser clairement ».