Le jour du vote sur l'aide à mourir, Macron choisit de faire la leçon… sur la peine de mort
Alors que les députés examinaient le texte sur l'aide à mourir, Emmanuel Macron prononçait un plaidoyer en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort. Une séquence qui a immédiatement fait réagir sur les réseaux sociaux, tant le contraste a été jugé saisissant.
Publié par Harrison du Bus
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Mardi, Emmanuel Macron participait à Paris au 9e Congrès mondial contre la peine de mort. Devant les défenseurs de son abolition, le chef de l'État a livré un long plaidoyer en faveur de ce qu'il considère comme un principe fondamental des démocraties.
« La peine de mort n'a jamais rendu une société plus sûre. Jamais, a-t-il affirmé. Nous n'avons pas le droit de lui enlever cette appartenance à l'humanité », a-t-il également déclaré, estimant que l'abolition constitue une reconnaissance de la dignité humaine.
Emmanuel Macron qui fait un discours pour exiger l’abolition universelle de la peine de mort le jour où on légalise l’euthanasie et en ces temps où les peines de mort pour des victimes innocentes de la barbarie sont monnaie courante.
— Bleu Blanc Rouge ! 🇫🇷 (@LBleuBlancRouge) June 30, 2026
Quel sens du timing. pic.twitter.com/KiQ3rbj01S
Jusque-là, rien de nouveau : la position de la France sur la peine capitale est constante depuis son abolition en 1981.
Mais c'est le calendrier qui a immédiatement attiré l'attention.
Un timing qui n'est pas passé inaperçu
Au même moment, à quelques kilomètres de là, l'Assemblée nationale examinait l'un des textes sociétaux les plus sensibles du quinquennat : celui ouvrant un droit à l'aide à mourir.
Cette concomitance a rapidement enflammé les réseaux sociaux.
De nombreux internautes ont relevé ce qu'ils considèrent comme un paradoxe : voir le président défendre avec gravité le principe selon lequel l'État ne peut retirer la vie au nom de la dignité humaine, alors que le Parlement débattait simultanément de l'autorisation, sous certaines conditions, d'une aide active à mourir.
D'autres ont dénoncé un « sens du timing » particulièrement malheureux, estimant que cette séquence illustrait une nouvelle fois les contradictions qu'ils prêtent au macronisme.
Discourir sur la dignité de toute vie humaine le jour où est votée au Parlement la loi sur l’euthanasie est de très mauvais goût et complètement schizophrénique. https://t.co/HEtqvpqkyS
— Gabrielle Cluzel (@gabriellecluzel) June 30, 2026
Un débat que le président reconnaît lui-même
Fait plus surprenant, Emmanuel Macron a lui-même reconnu que la question de la peine de mort n'appartenait plus seulement à l'histoire.
« Aujourd'hui, dans nos sociétés, beaucoup se remettent à penser que la peine de mort serait une réponse », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « Je considère que rien n'est acquis. »
Sur ce point, le chef de l'État ne fait que constater une évolution bien réelle.
Plusieurs enquêtes d'opinion montrent en effet que le soutien à la peine capitale demeure élevé, voire progresse dans plusieurs démocraties occidentales.
En France, près d'un citoyen sur deux se déclare désormais favorable à son rétablissement selon différentes enquêtes d'opinion. Au Royaume-Uni, une étude récente du Higher Education Policy Institute montrait que 47 % des étudiants soutiennent également son retour pour les crimes les plus graves. Des majorités favorables existent aussi dans des pays comme le Canada ou le Japon, même si leurs contextes juridiques et politiques diffèrent.
Autrement dit, contrairement à l'idée d'un débat définitivement clos, la question continue de traverser une partie importante des opinions publiques occidentales.
Une nouvelle illustration de l'en-même-temps ?
Au-delà du fond, c'est surtout le choix de cette intervention qui a surpris une partie des observateurs.
Après près de neuf années à l'Élysée, Emmanuel Macron traverse l'une des périodes politiques les plus difficiles de son parcours. Insécurité, immigration, déficit public, pouvoir d'achat, crise des finances de l'État, tensions internationales : les sujets qui préoccupent les Français ne manquent pas.
Dans ce contexte, voir le président consacrer une intervention solennelle à l'abolition universelle de la peine de mort, coiffé de ses lunettes de soleil, a alimenté de nouvelles accusations de décalage persistant avec les préoccupations du pays.
Que l'on partage ou non sa position sur la peine capitale, c'est finalement moins le contenu de son discours que son calendrier qui aura marqué cette journée politique. Une journée où le chef de l'État aura rappelé son opposition absolue à la peine de mort... pendant que le Parlement débattait, dans le même temps, d'un texte ouvrant un nouveau droit à l'aide à mourir.