Le Parisien a infiltré le réseau de faux taxis de Roissy : des courses à 190 euros au lieu de 56
En se faisant passer pour des touristes américains à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, des journalistes du Parisien sont tombés dans les filets d’un faux taxi. Trajet rallongé, compteur suspect et facture de 190 euros : leur enquête met en lumière un système d’escroquerie toujours bien implanté malgré les contrôles policiers.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
En se faisant passer pour des touristes américains, des journalistes du Parisien ont payé 190 euros une course qui en vaut officiellement 56. Leur enquête révèle le piège des faux taxis à Roissy.
À l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, quelques mètres peuvent suffire pour tomber dans un piège. Dans une enquête en immersion, des journalistes du Parisien ont voulu vérifier si les faux taxis, régulièrement dénoncés par les autorités, continuaient à sévir. Pour cela, ils se sont grimés en touristes américains fraîchement débarqués à Paris.
À Roissy-CDG, Orly et dans les gares, des taxis clandestins piègent de nombreux touristes, qui se retrouvent à payer leur course bien plus cher.
— Le Parisien (@le_Parisien) August 2, 2026
On a joué les touristes naïfs, on est montés... et on s'est pris une note SALÉE pour un loooooong détour.
Mieux : il nous a suggéré…
Casquette des Yankees, maillot d'une équipe américaine, petite valise cabine : tout est fait pour paraître crédible. L'expérience ne dure que quelques instants. Avant même d'atteindre la file officielle des taxis, plusieurs hommes les abordent et leur proposent une course vers Paris, en se présentant comme des chauffeurs. L'équipe accepte l'offre afin d'observer le mode opératoire.
Un immense détour et une facture multipliée par trois
Très vite, les journalistes constatent que le chauffeur ne prend pas l'itinéraire le plus rapide vers la capitale. Au lieu de rejoindre directement Paris, le véhicule effectue un long détour, augmentant artificiellement la durée de la course. Le compteur, lui aussi, semble évoluer de manière anormale.
À l'arrivée, le chauffeur réclame 190 euros. Pourtant, le tarif réglementé est connu : 56 euros pour une destination située sur la rive droite de Paris et 65 euros pour la rive gauche. Confronté à cet écart, le faux chauffeur invoque tour à tour la longueur du trajet, de prétendues nouvelles règles tarifaires ou encore le dépassement d'une heure de route.
Les journalistes expliquent ne s'être jamais sentis physiquement menacés, mais décrivent une forte pression psychologique au moment du paiement, le chauffeur profitant de la situation qu'il avait lui-même créée.
Des réseaux organisés malgré une brigade spécialisée
L'enquête montre également que ces faux taxis ne sont pas des acteurs isolés. Les policiers de l'unité spécialisée de la préfecture de police de Paris, surnommée les « Boers », expliquent faire face à des réseaux structurés disposant de guetteurs chargés de prévenir les chauffeurs des contrôles, parfois via des groupes de messagerie.
Créée en 1938, cette brigade intervient quotidiennement dans les aéroports et les gares parisiennes. Ses agents travaillent régulièrement en civil et se font eux-mêmes passer pour des voyageurs afin de surprendre les fraudeurs en flagrant délit.
Les faux chauffeurs interpellés risquent jusqu'à trois ans d'emprisonnement, 45.000 euros d'amende ainsi que la confiscation de leur véhicule.
Des touristes particulièrement vulnérables
Selon les chauffeurs de taxi et de VTC interrogés par Le Parisien, les premières cibles sont les touristes étrangers, souvent fatigués après un long vol, parfois en décalage horaire et peu familiers des tarifs français.
Le phénomène ne touche pas uniquement Charles-de-Gaulle. Des faux taxis sont également signalés à Orly, ainsi que dans plusieurs grandes gares parisiennes, notamment la Gare du Nord et la Gare de l'Est.
Les autorités rappellent enfin la règle la plus efficace pour éviter l'arnaque : ignorer les personnes qui proposent spontanément une course dans les terminaux ou les halls de gare et rejoindre exclusivement la file officielle des taxis, où les prix sont réglementés.