« Je vous crois » : pour Olivier Faure, la présomption d’innocence de Philippe Brun attendra
« Je vous crois », proclame Olivier Faure après l'éviction de Philippe Brun de la primaire, tout en reconnaissant que « c'est à la justice de dire ce qu'est cette vérité ». Une contradiction qui pose une question simple : peut-on défendre les victimes présumées en faisant disparaître la présomption d'innocence ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Après l'éviction de Philippe Brun de la primaire, Olivier Faure affirme aux femmes victimes de violences : « Je vous crois ». Une déclaration qui relance le débat sur la présomption d'innocence.
« Je vous crois. » Au lendemain de l'éviction de Philippe Brun de la primaire de la gauche, Olivier Faure assume pleinement la décision du Parti socialiste. Le député n'a pourtant pas été jugé et affirme n'avoir même pas été entendu sur les faits qui lui sont reprochés. Mais pour le patron du PS, sa mise à l'écart était « la seule décision possible ».
Je veux dire à toutes les femmes victimes de violences : je vous crois !
— Olivier Faure (@faureolivier) September 16, 2026
La mesure conservatoire prise à l’unanimité du bureau national du Parti socialiste, moins une voix, était la seule décision possible.
Pour le reste, c’est à la Justice de faire son travail. pic.twitter.com/3zvTFrT7kl
Interrogé sur BFMTV, Olivier Faure s'est livré à une déclaration particulièrement solennelle : « Ce que je veux simplement dire à toutes les femmes qui ont été un jour victimes de violences sexistes ou sexuelles c'est quelque chose de très simple : je vous crois. Voilà le principe. »
Et il ajoute aussitôt : « Après, la suite, ce sera le temps judiciaire. » Quelques secondes auparavant, le premier secrétaire du PS reconnaissait d'ailleurs que « c'est à la justice de dire ce qu'est cette vérité ».
Toute l'étrangeté de la séquence tient dans cette contradiction : si la justice doit précisément établir la vérité, que signifie « je vous crois » avant même qu'elle l'ait fait ?
Du « signalement » à la « victime »
Philippe Brun est visé par des accusations sérieuses. Selon RTL, son ancienne collaboratrice évoque des faits relevant notamment du harcèlement et de violences physiques. Le média rapporte également, en citant deux sources socialistes, qu'une plainte aurait été déposée. Brun conteste ce dernier point et annonce de son côté une plainte pour dénonciation calomnieuse.
À ce stade, aucun de ces récits n'a été tranché par la justice. Et c'est précisément le problème posé par les mots d'Olivier Faure.
Une personne qui affirme avoir subi des violences doit être écoutée et ses accusations examinées. Mais la qualifier immédiatement de « victime » n'est pas neutre : une victime suppose un fait dont elle a été victime et, symétriquement, quelqu'un qui l'a commis.
Entre « je vous écoute » et « je vous crois », il existe donc une différence essentielle. Écouter signifie prendre une accusation au sérieux et rechercher les faits. Croire signifie déjà accorder sa confiance à une version de ces faits.
Écarté avant même d'avoir été entendu
La décision politique, elle, produit déjà des conséquences très concrètes. Philippe Brun avait réuni les parrainages nécessaires pour participer à la primaire. Après la saisine de la direction du PS, le parti l'a suspendu à titre conservatoire et sa candidature n'a pas été ratifiée.
Le député affirme pourtant qu'il ignorait encore précisément ce qui lui était reproché et qu'il n'avait pas été entendu par les commissions du parti.
Une mesure conservatoire n'est certes pas une condamnation et un parti politique n'est pas obligé d'attendre l'issue définitive d'une procédure judiciaire avant de prendre des précautions. Mais dans le cas d'une élection, son caractère « provisoire » est particulier : si Philippe Brun était finalement blanchi après la primaire, personne ne pourrait lui restituer le scrutin auquel il n'aura pas participé.
Olivier Faure va d'ailleurs plus loin : cette éviction était selon lui « la seule décision possible ».
Était-il réellement impossible d'entendre préalablement Philippe Brun, d'examiner contradictoirement les éléments disponibles ou de distinguer sa suspension interne de son exclusion de la primaire ? On peut juger ces solutions insuffisantes. Les présenter comme inexistantes revient déjà à fermer le débat.
« Je vous crois »
La formule s'est imposée ces dernières années comme un marqueur politique après des décennies durant lesquelles les violences sexuelles ont trop souvent été tues ou minimisées.
Mais prendre au sérieux la parole d'une femme n'oblige pas à tenir l'homme qu'elle accuse pour coupable.
C'est précisément pour éviter d'avoir à choisir arbitrairement qui « croire » que la justice repose sur la preuve, le contradictoire et la présomption d'innocence.
Amine El Khatmi l'a formulé beaucoup plus brutalement : « Dire d'une plaignante qu'elle est une victime, et éliminer un adversaire politique sans instruction, sans procès, sans respect de la présomption d'innocence ni du principe du contradictoire, ce n'est pas la justice. C'est du totalitarisme ! »
Dire d’une plaignante qu’elle est une victime, et éliminer un adversaire politique sans instruction, sans procès, sans respect de la présomption d’innocence ni du principe du contradictoire, ce n’est pas la justice. C’est du totalitarisme ! https://t.co/kWpK0EUfKX
— Amine El-Khatmi (@Aminelkhatmi) September 17, 2026
La présomption d'innocence n'est pas une violence faite aux femmes. Elle n'interdit ni d'écouter une accusatrice, ni de la protéger, ni d'enquêter sérieusement sur ce qu'elle rapporte. Elle interdit simplement de considérer la culpabilité comme établie avant qu'elle ne le soit.
Olivier Faure le dit lui-même : « C'est à la justice de dire ce qu'est cette vérité. » Reste alors une question : si cette vérité demeure à établir, pourquoi parler déjà comme si elle l'était ?