Turbulent hier, « neuroatypique » aujourd'hui : quand notre époque transforme les caractères en diagnostics
Turbulent, rêveur, solitaire ou simplement difficile : des comportements autrefois décrits comme des traits de caractère sont désormais volontiers relus à travers le vocabulaire clinique. Alors que le Royaume-Uni s'interroge sur la course aux diagnostics de TDAH, jusqu'où faut-il médicaliser nos différences ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
TDAH, autisme, neurodiversité : face à l'explosion des diagnostics, le Royaume-Uni veut privilégier les besoins réels plutôt que les étiquettes médicales.
Sommaire
- Quand le diagnostic devient un sésame
- Le grand dictionnaire clinique de la vie ordinaire
- Une frontière devenue extraordinairement poreuse
- « Sur le spectre » : quand le diagnostic devient une explication du caractère
- Comprendre n'est pas forcément excuser
- L'enfant n'est pas un dossier clinique
- Aider sans étiqueter
Il fut un temps où un enfant était turbulent, rêveur, timide, solitaire, dissipé, maladroit ou simplement difficile. Les mots étaient parfois cruels. Ils étaient souvent imprécis. Ils avaient néanmoins une qualité devenue presque suspecte : ils décrivaient des caractères et des comportements sans nécessairement les transformer en maladies.
Notre époque a largement corrigé l'injustice inverse. L'autisme, le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et de nombreux troubles psychiques sont mieux connus, mieux diagnostiqués et, surtout, les personnes qui en souffrent ne sont plus aussi facilement réduites à la paresse, à la mauvaise volonté ou à un défaut d'éducation.
Mais à force de vouloir ne plus juger personne, n'avons-nous pas commencé à diagnostiquer tout le monde ?
La question n'émane plus seulement de quelques polémistes excédés par le vocabulaire de la « neurodiversité ». En Grande-Bretagne, une vaste revue commandée par le gouvernement sur la santé mentale, l'autisme et le TDAH s'apprête à recommander une petite révolution : cesser de faire du diagnostic la porte d'entrée presque obligatoire vers l'aide.
Quand le diagnostic devient un sésame
Selon le Times, le rapport dirigé par Peter Fonagy, professeur à l'University College London, recommandera de privilégier une approche fondée sur les besoins et le degré réel de handicap.
Un enfant agité pourrait ainsi bénéficier d'un accompagnement scolaire sans devoir nécessairement recevoir une étiquette de TDAH. Un adulte rencontrant des difficultés d'organisation pourrait être aidé sur son sommeil, son emploi du temps ou ses conditions de travail sans passer automatiquement par des années d'attente pour obtenir un diagnostic.
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