« Le populisme, c’est s’occuper du peuple » : Royal renverse l’accusation
Sur le plateau de France Télévisions animé par Léa Salamé, Ségolène Royal a contesté frontalement l’usage péjoratif du mot « populisme », prenant Jean-François Copé à partie pour dénoncer une classe politique qu’elle juge responsable de sa montée.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Ségolène Royal défend une lecture non péjorative du « populisme », qu’elle rattache à l’attention portée au peuple.
— Elle accuse les responsables politiques, dont Jean-François Copé, d’alimenter eux-mêmes sa progression par leurs échecs.
— Pour elle, stigmatiser les électeurs est une impasse : seule une offre politique crédible peut inverser la dynamique.
Le mot est devenu une arme politique. Ségolène Royal entend, elle, le désamorcer. « Étymologiquement, le mot populisme n’est pas péjoratif, c’est s’occuper du peuple », a-t-elle lancé, refusant d’en faire un simple repoussoir dans le débat public. C'est une prise de position qui tranche avec l’usage dominant du terme, souvent mobilisé pour disqualifier des adversaires ou délégitimer certains électorats.
Face à elle, Jean-François Copé sert de point d’appui à la démonstration. L’ancienne candidate à la présidentielle ne s’en prend pas seulement à ses propos, mais à ce qu’ils incarnent à ses yeux : une lecture erronée du phénomène. « Le discours que vient de faire Jean-François Copé (qui critiquait le populisme), c’est précisément la raison pour laquelle il y a une montée des populismes », affirme-t-elle, retournant l’accusation contre ceux qui l’emploient.
Le mot populisme, n’est pas péjoratif : c’est s’occuper du peuple. Je n’utilise jamais ce mot. Ceux qui méprise ou même insultent les électeurs qui font ces choix devraient plutôt s’interroger sur les raisons et leur responsabilité @QuelleEpoque @LeaSalame pic.twitter.com/tTbyfn04QB
— Ségolène Royal (@RoyalSegolene) April 19, 2026
« La faillite de ces politiciens »
Pour Ségolène Royal, la question n’est pas tant celle du populisme que celle de ses causes. Et le diagnostic est sans détour : « c’est la faillite de ces politiciens ». Elle vise directement les responsables ayant exercé le pouvoir ces dernières décennies, estimant que l’essor des votes contestataires ne relève ni d’un accident ni d’une dérive irrationnelle, mais d’une réaction à des échecs politiques accumulés.
Elle insiste d’abord sur une défiance nourrie par les scandales. « En France il y a de la corruption, je ne vais pas vous faire un dessin », lance-t-elle, évoquant un climat qui « dégoûte les gens ». À cela s’ajoute, selon elle, une absence de cap. « Il n’y a plus de vision », poursuit-elle, pointant l’incapacité des formations traditionnelles à proposer un projet lisible.
Dans ce contexte, le comportement des électeurs lui paraît logique. Puisqu’ils ont échoué, on va essayer ceux qu’on n’a jamais essayés, résume-t-elle. Une formule qui traduit une logique de rupture : lorsque l’alternance classique ne produit plus de résultats, la tentation d’aller voir ailleurs s’impose.
Ne pas accuser les électeurs, mais convaincre
Dès lors, Ségolène Royal s’oppose à une stratégie qu’elle juge contre-productive : la stigmatisation des votants. « À quoi ça sert de critiquer du matin au soir les électeurs ? », interroge-t-elle, visant autant les électeurs du RN que ceux de La France insoumise. Pour elle, transformer un désaccord politique en jugement moral ne fait qu’accentuer la fracture.
Sa ligne est claire : la réponse ne peut pas être uniquement rhétorique. « On peut les convaincre de faire autrement, bien sûr », affirme-t-elle, mais « en apportant des idées dans le débat », non « en fustigeant les électeurs ». Autrement dit, la reconquête politique passe par le contenu et la crédibilité, pas par l’anathème.
En récusant la dimension péjorative du « populisme », Ségolène Royal ne cherche pas tant à réhabiliter le terme qu’à déplacer le débat. Moins d’étiquettes, plus d’explications : derrière les mots, c’est la responsabilité de ceux qui gouvernent — ou ont gouverné — qu’elle remet au centre.