Magnette face au risque de déconnexion : Jean-Pascal Labille a mis en garde contre le syndrome du PS français
La Libre Belgique a mené l'enquête sur la personnalité de Paul Magnette. Certains en interne lui laissent une chance jusqu'en 2029 pour revenir au pouvoir. Jean-Pascal Labille, lui, estime qu'il y a un risque que le discours soit parfois trop intellectuel ou éloigné de la base et a alerté à ce sujet.
Publié par J.PE
Le président du PS est-il en train de s'éloigner de sa base militante ? Dans le portrait que consacre La Libre à Paul Magnette, Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris, pointe un risque qui pourrait devenir stratégique pour les socialistes belges : celui d'un parti davantage tourné vers les réflexions intellectuelles que vers le contact avec ses affiliés. Une mise en garde qui résonne particulièrement après la défaite électorale de 2024.
Paul Magnette aurait-il fini par prendre ses distances avec ceux qui constituent traditionnellement le cœur du Parti socialiste ? C'est l'une des questions soulevées par le portrait que La Libre consacre ce samedi au président du PS. Au fil des témoignages, une critique revient : celle d'un responsable politique brillant sur le plan intellectuel, mais dont le rapport au terrain et aux militants suscite certaines interrogations.
C'est Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris, qui formule l'avertissement le plus explicite. « Le positionnement de Paul est plus intellectuel, moins dans le contact avec les affiliés. Je l'ai alerté sur le danger d'un éloignement du parti par rapport aux militants, comme l'a connu le PS français, qui a fait une erreur monumentale », explique-t-il dans les colonnes de La Libre.
Derrière cette déclaration se dessine un enjeu majeur pour l'avenir du socialisme belge : comment préserver un lien direct avec les classes populaires et les militants de terrain, alors que le parti cherche à redéfinir son identité politique ?
Un président brillant, mais parfois trop intellectuel ?
L'intelligence et les capacités de Paul Magnette ne sont guère contestées, y compris par ses adversaires et ses partenaires politiques. Mais cette aisance intellectuelle constitue aussi une source de critiques au sein même de sa famille politique.
Plusieurs témoignages recueillis par La Libre décrivent un président davantage à l'aise dans l'élaboration d'une pensée politique que dans l'exercice quotidien du leadership politique. Son manifeste écosocialiste La Vie large, publié en 2022, illustre cette ambition intellectuelle. Mais son impact concret sur l'évolution du PS reste contesté.
Le politologue Pascal Delwit estime ainsi que l'ouvrage n'a pas véritablement transformé le parti. D'autres voix pointent le décalage entre les discours ambitieux de Magnette et les compromis politiques auxquels il consent dans la pratique.
Cette difficulté à traduire une vision en dynamique militante constitue l'un des défis auxquels le président socialiste doit désormais répondre.
Le précédent français comme avertissement
Le risque est celui d'une organisation qui perd progressivement le contact avec sa base, au profit d'une direction davantage préoccupée par ses orientations idéologiques, ses stratégies électorales et ses débats internes.
Or, le PS belge traverse précisément une période de questionnement. Depuis sa défaite de juin 2024, le parti peine à définir clairement la voie à suivre. Faut-il renforcer son ancrage à gauche pour répondre à la progression du PTB ou chercher à reconquérir les électeurs partis vers Les Engagés ? Cette hésitation stratégique nourrit les tensions.
Après 2024, Magnette sous pression
La défaite électorale de 2024 a fragilisé l'autorité de Paul Magnette. Dès le lendemain du scrutin, des critiques ont émergé au sein du parti, notamment sur la campagne menée trop à gauche pour certains et sur le positionnement politique adopté parfois trop en fonction du PTB.
Certains responsables lui ont demandé de modifier sa manière de diriger. Le message rapporté par un député socialiste dans l'enquête de La Libre est particulièrement révélateur : « Nous lui avons dit : nous ne voulons pas que tu partes, mais tu dois changer. »
Le reproche porte notamment sur sa difficulté supposée à quitter sa posture de politologue pour endosser pleinement celle de chef de parti. « Il doit s'adresser au peuple, pas à un auditoire de Sciences Po », résume un député socialiste interrogé par le quotidien.
Plusieurs interlocuteurs estiment toutefois qu'une évolution est en cours. Magnette serait aujourd'hui davantage à l'écoute et plus présent dans le combat parlementaire.