Matthieu Pigasse critique la primaire de la gauche à 15 euros… et n’exclut pas de se présenter quand même à la présidentielle
Écarté de la primaire organisée par le PS, Place publique et la GRS, Matthieu Pigasse dénonce une « désignation militante » à 15 euros et une « démocratie à l’envers ». Le banquier d’affaires assure toutefois n’avoir « tourné aucune page » et laisse désormais ouverte l’hypothèse d’une candidature directe à l’Élysée.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Matthieu Pigasse dénonce une primaire de la gauche « trop étroite » et à 15 euros, qu’il qualifie de « démocratie à l’envers ». Écarté du scrutin, il n’exclut pourtant plus une candidature directe à la présidentielle.
Matthieu Pigasse ne participera pas à la primaire de la gauche social-démocrate. Mais il n’entend manifestement pas laisser l’épisode refermer ses ambitions politiques.
Invité de France Inter ce mardi matin, le banquier d’affaires a vivement critiqué les conditions d’organisation du scrutin qui doit départager, en octobre, les cinq candidats retenus par le Parti socialiste, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste. Il juge la primaire « trop étroite », conteste son caractère réellement démocratique et s’en prend notamment au prix demandé aux sympathisants qui ne sont membres d’aucun des partis organisateurs. Ceux-ci devront payer 15 euros pour voter, ou 10 euros s’ils bénéficient du tarif social.
Mais celui qui critique ainsi le mode de désignation ne ferme pas pour autant la porte à une candidature à l’élection présidentielle en dehors de ce processus. « Je ne ferme aucune porte », affirme-t-il.
« Elle n’est ni véritablement sociale ni véritablement démocratique »
Matthieu Pigasse assure pourtant avoir voulu participer à la primaire. Sa candidature avait été évoquée dès la fin de l’été. Le 12 septembre encore, à la Fête de L’Humanité, il déclarait publiquement être « prêt » à se présenter. Selon Le Monde, il estimait alors avoir initialement été encouragé par Olivier Faure à envisager une participation, avant de constater que le premier secrétaire du PS et les organisateurs ne souhaitaient finalement pas l’intégrer au scrutin.
Ce mardi, Pigasse raconte une nouvelle fois avoir rencontré le silence des responsables socialistes après avoir fait connaître sa disponibilité. « À partir du moment où j’ai dit que j’étais prêt à y aller, il a un peu disparu… », dit-il à propos d’Olivier Faure. Le banquier n’ira même pas voter à la primaire.
Il refuse d’ailleurs d’employer le mot de « primaire » et préfère parler de « désignation militante ». « Elle n’est ni véritablement sociale, compte tenu du prix qu’il faut payer pour voter — 15 euros. Et elle n’est pas non plus véritablement démocratique », affirme-t-il.
La critique du tarif n’est pas isolée. Plusieurs responsables socialistes, dont Olivier Faure lui-même, avaient déjà jugé trop élevé le droit d’entrée fixé à 15 euros pour les sympathisants non encartés.
« C’est la démocratie à l’envers »
Matthieu Pigasse va toutefois plus loin que la seule question du prix. Selon lui, le mode de sélection des candidats relève de la « cooptation », tandis que les conditions imposées aux électeurs reviennent à laisser les candidats « choisir d’une certaine façon leurs électeurs ». « Ce qui s’appelle un plébiscite, ajoute-t-il. C’est la démocratie à l’envers. »
La primaire doit opposer Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel. Le premier tour est prévu les 9 et 10 octobre et, si nécessaire, le second les 16 et 17 octobre.
Le périmètre de ce scrutin est contesté depuis des semaines. François Ruffin souhaitait notamment une primaire plus large rassemblant davantage de formations de gauche, tandis que certains militants socialistes eux-mêmes regrettent l’abandon d’une consultation unitaire plus vaste.
Pigasse reprend précisément cet argument. Il affirme avoir milité pour « la convergence des forces de gauche » et considère que la formule finalement retenue ne permet pas de réaliser cet objectif.
Une candidature présidentielle reste possible
Le paradoxe est que cette critique sévère du processus ne conduit pas Matthieu Pigasse à se retirer du jeu politique. À la question de savoir s’il pourrait se présenter directement à l’élection présidentielle sans passer par la primaire, sa réponse est désormais beaucoup moins catégorique qu’il y a encore quelques mois.
« Non, je n’ai pas tourné la page, je ne renonce pas à la bataille politique, affirme-t-il. Je ne ferme aucune porte, je veux être utile. »
Selon lui, il serait encore « trop tôt » pour dire s’il sera effectivement candidat, l’élection présidentielle étant encore distante d’environ huit mois. Il insiste sur l’incertitude du paysage politique et juge qu’il peut encore « se passer plein de choses ». Une éventuelle candidature indépendante n’est donc pas annoncée, mais elle est désormais explicitement laissée sur la table.
Ce positionnement marque une évolution : cet été encore, Pigasse se montrait beaucoup plus réservé sur l’idée de briguer directement l’Élysée. Sa tentative avortée d’intégrer la primaire paraît avoir modifié le cadre dans lequel il envisage désormais son engagement.
« Les gauches irréconciliables, ça n’existe pas »
Matthieu Pigasse expose parallèlement trois priorités politiques. Il veut mener ce qu’il appelle une « bataille culturelle » contre l’extrême droite, travailler à l’union des forces de gauche et défendre une « politique de rupture ». Selon lui, « les gauches irréconciliables, ça n’existe pas ».
Il rejette également le projet budgétaire du gouvernement, dont il présente les 54 milliards d’euros d’effort comme « 54 milliards d’austérité ». Il juge ce budget « totalement injuste socialement » et estime qu’il fait peser une part excessive de l’effort sur les retraités, les malades, les bénéficiaires d’aides au logement et les immigrés.
Son absence de la primaire ne met donc pas fin à sa présence dans le débat présidentiel. Elle pourrait même ouvrir une voie plus singulière : celle d’un homme qui juge le scrutin organisé par une partie de la gauche trop fermé, trop cher et insuffisamment démocratique, mais qui considère en même temps qu’il peut encore avoir un rôle à jouer dans l’élection nationale.
Reste à savoir sous quelle forme. Pour l’heure, Matthieu Pigasse ne se déclare pas candidat. Mais il prend soin de ne plus exclure de l’être.