« Ces magouilleurs du Parti socialiste » : Philippe Brun étrille les « apparatchiks » de son propre parti
Suspendu du PS et écarté de la primaire, Philippe Brun saisit la justice pour obtenir sa réintégration. Sur RTL, le député de l’Eure a violemment chargé les « magouilleurs » et « apparatchiks » de son propre parti, tout en contestant les accusations dont il fait l’objet.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Philippe Brun saisit la justice pour obtenir sa réintégration au PS. Sur RTL, il a violemment dénoncé les « apparatchiks » et « professionnels de la politique » qui auraient « tué le parti de Jean Jaurès ».
Philippe Brun ne ménage désormais plus son propre camp. Suspendu à titre conservatoire du Parti socialiste et écarté de la primaire présidentielle après des accusations formulées par une ancienne collaboratrice, le député de l’Eure a annoncé mardi matin avoir saisi en référé le tribunal judiciaire de Paris pour obtenir sa réintégration au parti et sa participation au scrutin.
Mais au-delà de cette bataille judiciaire, l’élu socialiste a surtout livré sur RTL une attaque d’une rare violence contre la direction de sa formation. « Je ne comprends même pas l’esprit de ces magouilleurs du Parti socialiste. Je n’ai rien à voir avec eux, avec ces apparatchiks, ces professionnels de la politique, qui ont tué le parti de Jean Jaurès », a-t-il lancé face à Marc-Olivier Fogiel. « Moi, je les laisse à leur médiocrité. »
Je ne comprends même pas l’esprit de ces magouilleurs du Parti socialiste. Je n’ai rien à voir avec eux, avec ces apparatchiks, ces professionnels de la politique, qui ont tué le parti de Jean Jaurès. Moi, je les laisse à leur médiocrité.
Philippe Brun
Le député assure toujours croire à sa réintégration. Son référé devait être examiné ce mardi matin à 9h30 au tribunal judiciaire de Paris.
"Je ne comprends pas l'esprit de ces magouilleurs du parti socialiste, des apparatchiks et professionnels de la politique. Je les laisse à leur médiocrité. Je ne sais pas ce qui les a amenés à vouloir me tuer."@p_brun face à @FogielMarcO dans #RTLMatin pic.twitter.com/L8jvs6upzF
— RTL France (@RTLFrance) September 22, 2026
« Je ne sais même pas de quoi je suis accusé »
Philippe Brun avait été suspendu mercredi 16 septembre par le Bureau national du PS. Sa candidature à la primaire n’avait ensuite pas été retenue, alors qu’il avait réuni les parrainages nécessaires. Le parti avait évoqué des faits « susceptibles de relever d’une caractérisation pénale ». RTL avait rapporté que les accusations formulées par son ancienne collaboratrice portaient sur trois registres : harcèlement, violences physiques et emploi familial.
Philippe Brun conteste ces accusations et affirme n’avoir bénéficié d’aucune procédure contradictoire avant sa suspension.
Sur RTL, il a décrit une réunion du Bureau national qui aurait duré une demi-heure. Selon son récit, les responsables du parti auraient évoqué différentes accusations sans lui présenter les éléments permettant d’y répondre.
« On a dit : Brun est accusé d’avoir tout un tas de choses : violenté, harcelé. On a même parlé de violences sexuelles, a-t-il raconté. Et puis ensuite, on a dit : il y a un emploi familial et donc on ne peut pas vous présenter les preuves, mais c’est très très très grave, il faut voter cette suspension. »
Le député affirme que les membres présents auraient été placés dans l’impossibilité de débattre réellement du dossier. « Il ne s’est trouvé personne pour me défendre, puisqu’il n’y avait aucune manière de se défendre, parce que je ne sais même pas de quoi je suis accusé », assure-t-il.
Il ne s’est trouvé personne pour me défendre, puisqu’il n’y avait aucune manière de se défendre, parce que je ne sais même pas de quoi je suis accusé.
Philippe Brun
Le PS avait indiqué après sa suspension que la décision avait été prise à titre conservatoire, invoquant notamment la « défense des droits des femmes ». Philippe Brun avait été simultanément suspendu du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.
Brun accuse le PS de s’être « substitué » à la justice
Le député attaque également la procédure choisie par sa formation.
« En quoi le Parti socialiste peut se substituer aujourd’hui à la justice ? », a-t-il demandé mardi matin. Il affirme qu’à sa connaissance aucune procédure pénale n’a été engagée contre lui et reproche aux responsables socialistes de l’avoir sanctionné avant toute enquête judiciaire.
Sur ce point, les versions divergent. RTL avait indiqué le 16 septembre, en citant deux sources au sein de la direction du PS, que l’ancienne collaboratrice avait déposé plainte au pénal. Philippe Brun le conteste catégoriquement et répète qu’aucune plainte n’a été déposée contre lui.
Lui-même avait annoncé la semaine dernière son intention de déposer plainte afin, selon ses mots, que « la justice puisse établir les faits ». Il dénonçait alors des « accusations orales, non documentées » et accusait déjà le PS d’avoir « instrumentalisé » un conflit avec son ancienne collaboratrice pour le « tuer politiquement ».
« Pourquoi le PS aurait voulu vous éliminer ? »
Marc-Olivier Fogiel a toutefois poussé Philippe Brun à préciser l’accusation politique qu’il formule. « Pourquoi le PS aurait voulu vous éliminer ? », lui a demandé le journaliste, soulignant que parler d’un complot pouvait paraître disproportionné au regard de la place du député dans la compétition présidentielle. Brun répond qu'il n'a pas dit ça.
Mais l’élu affirme que la direction socialiste disposait depuis juillet d’informations concernant son ancienne collaboratrice mais qu’elle n’aurait rien entrepris pendant plusieurs semaines. Selon lui, si des responsables publics avaient effectivement eu connaissance d’éléments pouvant caractériser une infraction, ils auraient dû les transmettre à la justice.
Il cite notamment Olivier Faure et Johanna Rolland, auxquels il reproche de ne pas avoir effectué de signalement au titre de l’article 40 du code de procédure pénale malgré, affirme-t-il, l’existence d’une photo montrant une femme violentée.
Il s’agit là encore de la version défendue par Philippe Brun. RTL rapporte de son côté que son ancienne collaboratrice avait saisi dès début juillet deux instances internes, dont la commission de lutte contre le harcèlement et les discriminations, avant que les faits allégués soient portés à la connaissance d’un membre de la direction du parti le 15 septembre.
« Ils ont tué le parti de Jean Jaurès »
C’est lorsque Fogiel lui demande d’expliquer les motivations qu’il prête à son parti que Philippe Brun abandonne presque totalement le registre judiciaire.
« Je ne comprends même pas l’esprit de ces magouilleurs du Parti socialiste », lâche-t-il.
Puis vient l’attaque contre l’appareil : « Je n’ai rien à voir avec eux, avec ces apparatchiks, ces professionnels de la politique, qui ont tué le parti de Jean Jaurès. Moi, je les laisse à leur médiocrité. »
Philippe Brun poursuit en opposant sa propre trajectoire et son discours à ceux de responsables socialistes qu’il décrit comme des professionnels de la politique « toujours salariés du parti avant de devenir eux-mêmes des élus ».
« Je ne sais pas ce qui les a amenés à vouloir me tuer », ajoute-t-il, reprenant la thèse d’une volonté de l’écarter politiquement. « Ce que je constate seulement, c’est que je dérange beaucoup. »
Je ne sais pas ce qui les a amenés à vouloir me tuer. Ce que je constate seulement, c’est que je dérange beaucoup.
Philippe Brun
Le conflit dépasse désormais largement la contestation d’une mesure conservatoire. En moins d’une semaine, Philippe Brun est passé du statut de candidat potentiel à la primaire à celui de député suspendu qui attaque son propre parti devant les tribunaux et accuse frontalement son appareil d’avoir dévoyé l’héritage socialiste.
Le tribunal judiciaire de Paris doit désormais se prononcer sur sa demande de réintégration. Le PS, lui, a déjà validé cinq candidatures à sa primaire sans Philippe Brun.