Merz refuse la dette commune : l’Allemagne veut réarmer l’Europe sans mutualiser la facture
Alors que l’Union européenne prépare son budget 2028-2034, Friedrich Merz plaide pour une réorientation radicale des dépenses vers la défense et la compétitivité, mais refuse tout nouvel emprunt commun. Une ligne allemande qui annonce un bras de fer avec Paris et révèle deux conceptions opposées de la souveraineté européenne.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Friedrich Merz refuse toute nouvelle dette commune européenne et ouvre un bras de fer avec Paris sur l’avenir budgétaire et stratégique de l’Union.
Sommaire
- Le refus net d’une nouvelle dette commune
- Deux visions de la souveraineté européenne
- La contradiction allemande
- Le retour de l’orthodoxie allemande
- Un arbitrage explosif entre défense, agriculture et cohésion
- Draghi et Merz, même diagnostic, remèdes différents
- Un bras de fer décisif pour l’Union européenne
Friedrich Merz a choisi un lieu et un moment hautement symboliques pour préciser sa doctrine européenne. Jeudi, à Aix-la-Chapelle, lors de la remise du prix Charlemagne à Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, le chancelier allemand a appelé l’Union européenne à revoir en profondeur la structure de son budget.
« On ne répond pas aux défis du XXIe siècle avec un budget du XXe siècle », a-t-il lancé, estimant que le cadre financier européen était resté trop longtemps centré sur la redistribution, les subventions agricoles et les fonds de cohésion.
Dans son esprit, le budget européen doit désormais financer prioritairement la compétitivité, la défense et les politiques véritablement communes. Il s’agit, selon lui, de bâtir un budget « compatible avec Draghi », en référence au rapport publié en 2024 par l’ancien chef de la BCE, qui appelait l’Europe à un sursaut massif d’investissement pour ne pas décrocher face aux États-Unis et à la Chine.
Mais Merz reprend Draghi à sa manière. Il en accepte le diagnostic sur le décrochage européen, beaucoup moins la prescription financière.
Le refus net d’une nouvelle dette commune
Car le chancelier allemand a fermé explicitement la porte à de nouveaux emprunts communs européens. Une position qui vise directement les propositions françaises et celles d’une partie des institutions européennes, favorables à une mutualisation de l’effort financier pour soutenir la défense, l’industrie et la compétitivité du continent.
« Certains pensent que nous pouvons éviter cette tâche douloureuse en contractant de nouvelles dettes européennes, a déclaré Merz. L’Allemagne ne peut pas suivre cette voie, ne serait-ce que pour des raisons constitutionnelles. »
Le message est limpide. Berlin accepte de repenser les priorités de l’Union, mais pas de transformer le budget européen en instrument permanent d’endettement mutualisé.
Merz invoque une raison de principe : l’endettement excessif, dit-il, menace la souveraineté au lieu de la renforcer. Il limite la capacité d’action future, accroît les charges d’intérêts et finit par enfermer les États dans leurs propres contraintes financières. C’est une manière de retourner contre Paris le vocabulaire même de la souveraineté européenne.
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