« Personne ne maîtrise le nucléaire » : quand Mélenchon réécrit les lois de l'énergie
Mélenchon a plaidé pour une électrification massive de l'économie française afin de sortir du pétrole. Mais il rejette simultanément le nucléaire, qu'il juge dangereux et incompatible avec l'indépendance énergétique, avant de conclure qu'il faudrait nationaliser ArcelorMittal. Une démonstration qui accumule les contradictions.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À l'Institut La Boétie, Jean-Luc Mélenchon a rejeté le nucléaire tout en appelant à électrifier l'économie française et à nationaliser ArcelorMittal. Un raisonnement qui soulève de nombreuses contradictions.
Sur le principe, peu contestent aujourd'hui la nécessité d'électrifier davantage les transports, une partie du chauffage ou encore l'industrie afin de réduire la consommation de pétrole et de gaz.
C'est précisément l'un des grands objectifs de la transition énergétique. Mais cette électrification suppose une condition préalable : produire beaucoup plus d'électricité, de manière continue, pilotable et à un coût compatible avec la compétitivité industrielle.
C'est précisément là que le raisonnement développé par Jean-Luc Mélenchon se heurte aux réalités du système électrique.
💬☢️ « Personne ne peut maîtriser le danger militaire que représente d'avoir une centrale nucléaire ! » déclare Jean-Luc Mélenchon. pic.twitter.com/hzPdnMuuK5
— Surmulot (@SurmulotsNews) July 3, 2026
Le nucléaire présenté comme un facteur de dépendance
Au colloque de l'Institut La Boétie, le leader de La France insoumise affirme qu'il ne faut pas « se mettre dans la main de centrales nucléaires parce que personne ne peut maîtriser le danger militaire » qu'elles représenteraient et parce qu'elles empêcheraient toute indépendance.
Ces deux affirmations sont plus que discutables. La France dispose aujourd'hui de l'un des parcs nucléaires les plus sûrs au monde, protégé par des dispositifs de sécurité particulièrement importants. Quant au risque militaire, il est devenu un sujet depuis la guerre en Ukraine, mais il ne conduit pas pour autant les États occidentaux à renoncer au nucléaire civil.
Surtout, présenter le nucléaire comme une source de dépendance inverse largement la réalité. Grâce à son parc nucléaire, la France produit l'essentiel de son électricité sur son territoire, avec un mix parmi les plus décarbonés d'Europe. En 2025, plus de 95 % de son électricité était d'origine bas carbone et le pays est redevenu un important exportateur net d'électricité.
L'uranium est certes importé, mais il représente des volumes très faibles au regard de l'énergie produite, peut être stocké pendant plusieurs années et provient de fournisseurs diversifiés. La dépendance est sans commune mesure avec celle qu'impliquent le pétrole ou le gaz.
Une nationalisation qui ne répond pas au problème posé
La dernière étape du raisonnement surprend davantage encore. Pour réussir cette électrification, Jean-Luc Mélenchon conclut qu'il faudrait nationaliser ArcelorMittal.
Or la sidérurgie constitue précisément l'une des industries les plus gourmandes en électricité. Produire de l'acier bas carbone exige une énergie abondante, stable et peu coûteuse. Nationaliser un producteur d'acier ne crée donc pas la moindre capacité supplémentaire de production électrique. Cela peut relever d'un choix industriel ou stratégique, mais cela ne répond en rien à la question centrale posée quelques secondes auparavant : où trouver l'électricité nécessaire à l'électrification du pays ?
Une démonstration qui laisse une contradiction majeure
Au fond, le raisonnement présenté à l'Institut La Boétie suit une logique impossible à concilier :
La France devrait électrifier massivement son économie. Elle devrait, dans le même temps, renoncer à la source qui fournit encore aujourd'hui l'immense majorité de son électricité pilotable et bas carbone.
Puis elle résoudrait cette équation en nationalisant un groupe sidérurgique, sans que cette mesure n'apporte le moindre mégawatt supplémentaire au réseau.
Le débat sur la place respective du nucléaire et des énergies renouvelables est parfaitement légitime. Mais la démonstration de Jean-Luc Mélenchon laisse entière la question fondamentale : comment produire, de manière continue, les centaines de térawattheures supplémentaires que nécessitera l'électrification de l'économie française ?