Pourquoi Giorgia Meloni compte de plus en plus pour Bart De Wever (Analyse)
En rencontrant Giorgia Meloni a Rome, Bart De Wever a pose un geste a la fois diplomatique et politique. Le Premier ministre belge assume un dialogue avec une dirigeante influente sur les dossiers europeens majeurs, de l'Ukraine a la migration, en passant par Euroclear et le rapport de force budgetaire.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- De Wever assume un choix pragmatique: parler avec Meloni, c'est parler avec une dirigeante qui compte aujourd'hui en Europe.
• Des convergences existent sur plusieurs dossiers-clés: Ukraine, migration, Euroclear et vision plus réaliste du rapport de force europeen.
• Le timing n'a rien d'innocent: cette visite eclair a Rome envoie aussi un signal politique avant un conclave budgetaire tres tendu en Belgique.
La visite éclair de Bart De Wever à Rome, ce lundi, n'a rien d'anecdotique., même si 'lon connaît la véritable passion du Premier pour la capitale italienne. En rencontrant Giorgia Meloni, le Premier ministre belge a posé un acte à la fois diplomatique, politique et hautement symbolique. Symbolique, parce que la présidente du Conseil italien continue de susciter malaise et crispations dans une partie du débat public belge, surtout du côté francophone. Politique, parce que cette rencontre dit quelque chose de la lecture que Bart De Wever fait de l'Europe telle qu'elle est, et non telle que certains voudraient encore la raconter. Diplomatique, surtout, parce que l'Italie est aujourd'hui un partenaire incontournable dans plusieurs dossiers majeurs pour la Belgique.Et puis, les affinités électives entre les deux "Premiers" ne datent pas d'hier.
Comme souvent, Bart De Wever agit en pragmatique. Il sait qu'il partage avec Giorgia Meloni une série de convergences réelles sur des sujets essentiels: la guerre entre la Russie et l'Ukraine, le dossier sensible d'Euroclear, une certaine conception de l'Europe, plus intergouvernementale, plus réaliste, et la nécessité de reprendre le contrôle sur la question migratoire. Cela ne signifie pas identité parfaite de vues, mais cela suffit largement à justifier un dialogue direct, amical et nourri entre deux dirigeants qui pèsent dans le jeu européen.
Sur l'Ukraine, d'abord, la logique est claire. La Belgique, comme l'Italie, a intérêt à ce que l'Europe parle d'une voix plus forte et plus cohérente. Sur Euroclear ensuite, les intérêts belges sont évidents. Le gouvernement belge sait à quel point ce dossier est potentiellement explosif sur le plan juridique, financier et budgétaire. Trouver à Rome une oreille attentive n'est donc pas un détail. C'est une nécessité. Quant à la migration, Meloni s'est imposée depuis longtemps comme une interlocutrice centrale en Europe. Et Bart DeWever se siue sur une ligne fort proche à celle de la patronne de "Fratelli d'Italia". Là encore, De Wever sait qu'il ne sert à rien de contourner ceux qui sont au coeur des rapports de force.
Il faut regarder la réalité en face: Giorgia Meloni est aujourd'hui l'une des figures centrales du pouvoir européen. Dans un contexte marqué par les incertitudes politiques en France et en Allemagne, elle apparaît de plus en plus comme un pôle de stabilité, de continuité et d'influence. Que cela plaise ou non, c'est avec elle qu'il faut compter. C'est probablement ce qu'a parfaitement compris Bart De Wever. Là où d'autres s'accrochent à des grilles de lecture devenues partiellement obsolètes, lui choisit de parler à ceux qui gouvernent, à ceux qui durent, à ceux qui peuvent faire avancer - ou bloquer - des dossiers décisifs pour la Belgique.
C'est aussi pour cela que les critiques sur une prétendue rupture du "cordon sanitaire" ont peu de prise sur lui. D'abord parce que le cadre n'est pas celui d'une alliance intérieure, mais celui d'une relation entre chefs de gouvernement. Ensuite parce que Bart De Wever n'a jamais caché ses affinités politiques avec Giorgia Meloni. Il n'a pas attendu d'entrer au 16 rue de la Loi pour les assumer. Enfin, parce qu'un Premier ministre n'est pas élu pour se conformer aux indignations de plateau, mais pour défendre les intérêts de son pays et nouer les contacts utiles là où ils se trouvent.
Il y a, chez certains responsables politiques et observateurs francophones, une tentation récurrente: juger les équilibres européens à l'aune de catégories morales souvent plus confortables qu'opérationnelles. Mais l'Europe réelle ne fonctionne pas sur base de postures. Elle fonctionne sur des majorités, sur des alliances ponctuelles, sur des intérêts nationaux, sur des convergences concrètes. De ce point de vue, la démarche de Bart De Wever est moins provocatrice que lucide.
Le timing de cette visite, lui non plus, n'a évidemment rien du hasard. Ce déplacement éclair intervient à la veille d'un conclave budgétaire qui place sa majorité Arizona sous forte pression. Chez Bart De Wever, le calendrier est rarement innocent. Aller à Rome juste avant une séquence budgétaire difficile, c'est rappeler qu'il existe un niveau européen des enjeux, que les arbitrages belges ne se jouent pas dans le vide, et que certaines discussions menées à l'extérieur ont des conséquences très directes sur les marges de manoeuvre intérieures. Sur ce point aussi, tout semble calculé.
Au fond, cette visite raconte une méthode De Wever: froide, stratégique, assumée. Parler à Meloni n'est pas, pour lui, un geste idéologique. C'est un choix de chef de gouvernement. Un choix fondé sur un constat simple: l'Italie compte, Meloni compte, et la Belgique n'a aucun intérêt à faire semblant du contraire.