Survol de Bruxelles : Waterloo et les riverains de la piste 01 contre-attaquent en justice
La bataille autour des nuisances de Brussels Airport change de front. Waterloo et plusieurs associations de riverains annoncent leur intervention dans la procédure opposant Bruxelles à l’État fédéral. Leur message : soulager la capitale en envoyant davantage d’avions sur la piste 01 est hors de question.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Waterloo et plusieurs associations de riverains vont intervenir dans la procédure sur les pistes de Brussels Airport et refusent une utilisation accrue de la piste 01.
« On atterrit en survolant des champs, pas des gens. » Le ton est donné. Alors que la bataille sur les nuisances aériennes de Brussels Airport s’intensifie, les habitants situés au sud et à l’est de la capitale entendent bien éviter que la solution trouvée pour certains riverains consiste simplement à déplacer les avions au-dessus de chez eux.
La commune de Waterloo et l’ASBL « Piste 01, ça suffit ! » annoncent ce mardi qu’elles déposeront une requête en intervention volontaire dans la procédure opposant la Région bruxelloise à l’État fédéral sur l’utilisation des pistes de Bruxelles-National. Plusieurs associations, dont l’UBCNA-BUTV, AWACSS et Wake Up Kraainem, soutiennent la démarche, tandis que d’autres communes doivent également intervenir.
Elles rejoignent ainsi la mobilisation de plusieurs communes de l’est de Bruxelles et de la périphérie, parmi lesquelles Kraainem et Wezembeek-Oppem.
Leur crainte est simple : voir une utilisation accrue de la piste 01 présentée comme une solution au problème des nuisances aériennes dans d’autres zones densément peuplées.
« Au-delà des Bruxellois, personne ne compte ? »
Les associations s’insurgent particulièrement contre l’idée selon laquelle les avions atterrissant sur la piste 01 ne survoleraient essentiellement que la forêt de Soignes et une population relativement limitée.
« On peut débattre de tout ; on ne peut pas dire n’importe quoi », répliquent-elles.
Kraainem, Wezembeek-Oppem, Woluwe-Saint-Pierre, Rhode-Saint-Genèse, Lasne, La Hulpe ou encore Waterloo figurent, rappellent-elles, parmi les communes officiellement recensées comme étant survolées lors des approches vers la piste 01.
« Nos habitants subissent ces approches depuis plus de vingt ans. Ce que Bruxelles découvre aujourd’hui, nous le vivons depuis deux décennies. Au-delà des Bruxellois, personne ne compte ? », lancent les signataires.
Selon leurs propres calculs, le couloir d’approche de la piste 01 concernerait plus de 170.000 habitants répartis dans trois Régions, dont plus des trois quarts vivraient hors de Bruxelles. Les associations contestent donc les estimations selon lesquelles une utilisation accrue de cette piste permettrait de survoler dix fois moins d’habitants.
Elles réclament la publication de la méthodologie complète des études utilisées et une comparaison des différents couloirs réalisée selon une méthode identique.
« Davantage de 01 ? Nous disons non »
Sur un point, les associations disent rejoindre les opposants flamands au survol : déplacer une route aérienne d’une commune vers une autre ne constitue pas une solution.
Mais elles en tirent précisément la conclusion inverse de ceux qui réclament une utilisation plus intensive de la piste 01, notamment l’après-midi ou la nuit.
« Ce n’est pas une solution — et ce n’est pas une solution que nous allons accepter. Alors pourquoi pas tout sur les 07 ? Jamais nous ne demanderons cela. Jamais », préviennent-elles.
Et le communiqué ajoute une menace très concrète : « Davantage de 01 ! Nous disons non. Rendez-vous au tribunal. »
Les signataires rappellent en outre que l’utilisation nocturne de la piste 01 a déjà fait l’objet de décisions judiciaires. Selon eux, une décision de cessation remonte à 2017 et une interdiction sous astreinte a encore été prolongée en 2025. Ils considèrent dès lors qu'une augmentation des atterrissages nocturnes reviendrait à vouloir rétablir une pratique déjà sanctionnée par la justice.
Revenir aux pistes 25R et 25L
Les associations assurent toutefois ne demander ni la fermeture de l’aéroport ni le simple transfert des nuisances vers d’autres habitants.
Leur solution consiste à privilégier autant que possible les pistes 25R et 25L, tant pour les décollages que pour les atterrissages. Ces pistes constituent le système préférentiel de Brussels Airport, notamment parce qu’elles correspondent aux vents dominants.
Leurs approches à l’atterrissage sont également précédées, soulignent les associations, par des zones agricoles et moins urbanisées, avec un couloir spécifiquement non constructible.
« Aucune piste non préférentielle 01-07-19 ne devrait être utilisée à l’atterrissage lorsque le système préférentiel 25R/L est opérationnel », réclament-elles.
À leurs yeux, le véritable débat se situe donc dans les normes de vent, leur interprétation et les conditions permettant de sortir du système préférentiel.
« Toute proposition qui n’y touche pas est un emplâtre sur une jambe de bois », préviennent les associations.
« La sécurité n’est pas un alibi »
Elles reconnaissent naturellement que les conditions météorologiques peuvent imposer l’utilisation d’autres pistes. Lorsque le système préférentiel ne peut être employé, les avions doivent notamment atterrir face au vent : la piste 01 peut ainsi s’imposer par fort vent du nord, la 07 par fort vent d’est et la 19 par vent du sud.
Mais ces situations devraient, selon elles, rester exceptionnelles. « Utiliser la 01 dans des conditions de vent qui ne le justifient pas, nous ne l’accepterons pas », affirment les signataires. « Certains veulent une répartition. Nous répondons : respectons un peu l’aéronautique. C’est sans doute un détail pour certains. »
Ils contestent également l’idée selon laquelle la piste serait désormais très peu employée. D'après les chiffres avancés dans leur communiqué, plus de 5.500 avions auraient survolé les riverains concernés depuis le début de l’année.
« Pourquoi autant d’avions utilisent-ils les pistes 01 et 07 ? Poser la question, c’est y répondre », lancent-ils.
Pour Charles Sohet, président de « Piste 01, ça suffit ! », concentrer davantage de trafic sur cette piste ne peut donc constituer une issue au conflit : « Concentrer les nuisances sur la piste 01 n’est pas une solution ; réduire l’usage des pistes non préférentielles, si. »
Après Bruxelles et la périphérie flamande, le Brabant wallon entre ainsi à son tour dans la bataille judiciaire autour de Brussels Airport. Et le message adressé à ceux qui espéraient résoudre le casse-tête en déplaçant davantage d’atterrissages vers le sud est désormais assez clair : les habitants qui se trouvent sous la piste 01 n’ont aucune intention de servir de variable d’ajustement.