« Puisque vous voulez entrer chez nous » : des activistes se présentent chez Maxime Prévot à 5h30
Six militants du collectif No ICE in Belgium se sont présentés mercredi à 5h30 au domicile namurois de Maxime Prévot pour dénoncer le projet de visites domiciliaires. Réveillé, le ministre des Affaires étrangères leur a ouvert sa porte et a discuté avec eux pendant près d’une demi-heure.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Six militants de No ICE in Belgium se sont rendus à cinq heures et demie du matin au domicile de Maxime Prévot pour protester contre le projet de visites domiciliaires. Le ministre leur a ouvert et a discuté avec eux.
La démonstration se voulait littérale. Mercredi matin, vers cinq heures et demie, six militants du collectif No ICE in Belgium se sont présentés au domicile namurois de Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères et ancien président des Engagés.
« Puisque vous voulez entrer chez nous, nous venons chez vous », ont-ils expliqué.
Réveillé de très bonne heure, Maxime Prévot leur a ouvert sa porte. La discussion a finalement duré près d’une demi-heure, en présence de quatre policiers chargés de prévenir d’éventuels débordements.
L’objectif de cette visite matinale : protester contre le projet de loi sur les visites domiciliaires actuellement examiné à la Chambre et obtenir des Engagés qu’ils retirent leur soutien au texte.
Une « visite domiciliaire » chez le ministre
Le collectif a ainsi voulu retourner contre Maxime Prévot le principe même du dispositif soutenu par la majorité fédérale : si l’État entend pouvoir pénétrer dans certains domiciles, ses responsables politiques doivent, selon les militants, accepter que l’on vienne frapper au leur.
La comparaison a toutefois ses limites. Le projet ne prévoit pas de permettre à la police de pénétrer indistinctement chez des personnes sans papiers. Il concerne des étrangers faisant l’objet d’une mesure exécutoire d’éloignement, qui refusent de coopérer à celle-ci et présentent un risque pour l’ordre public ou la sécurité nationale.
L’entrée dans le logement ne pourrait par ailleurs intervenir qu’après autorisation d’un juge d’instruction et en dernier recours, lorsque les autres démarches ont échoué.
Le dispositif n’en demeure pas moins vivement contesté. Myria, le Centre fédéral Migration, estime notamment que les garanties prévues restent insuffisantes au regard de la protection de la vie privée et de l’inviolabilité du domicile.
Les Engagés accusés d’avoir changé de position
No ICE in Belgium reproche également au parti de Maxime Prévot son évolution depuis 2018. À l’époque, le cdH — devenu depuis Les Engagés — s’était opposé à un précédent projet de visites domiciliaires.
Face aux militants venus le réveiller, Maxime Prévot n’a pas nié cette évolution. Il soutient en revanche que les deux textes ne sont pas comparables.
Le ministre insiste sur les balises ajoutées au dispositif actuel : intervention limitée à certains profils considérés comme dangereux, contrôle d’un juge d’instruction et recours à la mesure uniquement après l’échec des autres moyens disponibles. Il évoque notamment des situations liées à la criminalité grave, au radicalisme, à l’extrémisme ou au terrorisme.
No ICE in Belgium rejette cette distinction. Pour le collectif, permettre à l’État de pénétrer dans un domicile privé afin d’exécuter une mesure relevant de la politique migratoire constitue en soi une atteinte aux droits fondamentaux.
Le désaccord politique est donc entier. Mais mercredi matin, il a franchi une frontière inhabituelle : celle qui sépare les bureaux ministériels du domicile privé d’un responsable politique. À 5h30, Maxime Prévot a néanmoins choisi d’ouvrir la porte.