Di Rupo : « De Wever est démocrate. Il a toujours été très clair face à l’extrême droite »
Quelques jours après l’hommage particulièrement chaleureux que lui avait rendu Bart De Wever, Elio Di Rupo lui renvoie le compliment. Malgré leurs profondes divergences sur l’avenir de la Belgique, l’ancien Premier ministre socialiste qualifie son successeur de « démocrate » et salue sa fermeté face à l’extrême droite flamande.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Elio Di Rupo salue Bart De Wever comme un « démocrate » et souligne sa fermeté face à l’extrême droite, malgré leurs profondes divergences politiques.
Quelques jours après avoir reçu un hommage pour le moins inattendu de Bart De Wever, Elio Di Rupo lui rend la politesse. Invité dimanche de l’émission « Face B » sur RTL info, l’ancien Premier ministre socialiste a revendiqué son « respect personnel » pour l’actuel chef du gouvernement, allant jusqu’à le qualifier de « démocrate » et à souligner son opposition constante à l’extrême droite flamande.
Les deux hommes sont pourtant difficilement soupçonnables de proximité politique. L’un a présidé le PS pendant vingt ans et défend l’unité de la Belgique ; l’autre a fait de la transformation confédérale du pays le grand projet de sa carrière politique. Mais les interminables négociations institutionnelles de 2010 et 2011 ont aussi contraint les deux adversaires à se côtoyer presque quotidiennement pendant près d’un an.
« On peut avoir des points de vue très divergents et en même temps avoir du respect pour son interlocuteur. Et c’est vrai que j’ai vécu quasiment près d’un an, presque tous les jours avec lui », a expliqué Elio Di Rupo.
« C’est un démocrate »
L'ancien président du PS ne gomme pourtant rien de leurs désaccords. « Lui veut in fine la scission du pays, pas tout de suite, en passant par le confédéralisme, soit vider la substance de l’État fédéral. Moi, je veux garder le pays uni. Je me suis battu pour garder la Belgique unie et je continue à me battre », a-t-il rappelé.
Mais cette opposition fondamentale n'empêche pas Di Rupo d'établir une distinction nette entre la N-VA de Bart De Wever et l'extrême droite flamande.
« Nous devons respecter les leaders », a-t-il déclaré, avant de qualifier le Premier ministre de « démocrate » et de souligner son rôle de barrage face à l'extrême droite. « À ce jour, il a toujours été très clair à cet égard », a insisté l'ancien Premier ministre.
Une appréciation d'autant plus notable qu'elle émane de l'une des figures historiques du Parti socialiste francophone à propos du dirigeant qui a longtemps incarné, en Wallonie, l'adversaire politique par excellence.
De Wever : « C’est vraiment un seigneur »
Les déclarations de Di Rupo répondent à celles, plus étonnantes encore, prononcées quelques semaines auparavant par Bart De Wever sur le même plateau.
Interrogé sur celui avec lequel il avait négocié pendant des mois après les élections de 2010, le président de la N-VA avait tenu des propos particulièrement élogieux.
« Tout mon respect pour un homme qui vient d’une famille très modeste, très pauvre même, et qui peut devenir Premier ministre. J’ai eu de longs dialogues avec Elio. Il m’a certainement appris beaucoup sur la façon de penser au PS, mais aussi en Wallonie. Un autre point de vue, une autre perspective sur la société.
» C’est quelqu’un qui m’a construit, oui. En 2010, quand on passe 500 jours ensemble, on a beaucoup de temps pour dialoguer et échanger des points de vue.
» Sur le plan personnel, je l’ai apprécié. C’est vraiment un seigneur. »
Une déclaration qui avait visiblement touché l'intéressé. Face à Martin Buxant, Elio Di Rupo a accueilli la séquence avec un large sourire avant d'évoquer à son tour le « respect personnel » qu'il conserve pour son ancien adversaire.
Deux adversaires qui ne confondent pas politique et personne
L'échange est d'autant plus singulier que De Wever et Di Rupo ont incarné pendant des années deux conceptions presque antagonistes de la Belgique. Leur longue confrontation de 2010 avait été au cœur de la crise politique qui allait laisser le pays 541 jours sans gouvernement de plein exercice.
Quinze ans plus tard, aucun des deux n'a renié ses convictions. Di Rupo veut toujours préserver l'État belge ; De Wever continue de défendre le confédéralisme. Le socialiste n'en reconnaît pas moins aujourd'hui au nationaliste flamand une qualité politique essentielle à ses yeux : celle d'avoir maintenu une frontière avec l'extrême droite.
Après le « seigneur » de Bart De Wever, voici donc le « démocrate » d'Elio Di Rupo. Une estime personnelle qui n'efface rien de leurs désaccords, mais qui tranche singulièrement avec la brutalité habituelle du débat politique belge.