Réforme de la formation infirmière en FWB : ce qui va changer dès 2026
La Fédération Wallonie-Bruxelles réforme en profondeur la formation en soins infirmiers. Objectif : aligner les cursus sur les exigences européennes, clarifier des parcours jugés trop complexes et répondre à la pénurie croissante de soignants.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La Fédération Wallonie-Bruxelles réforme la formation infirmière pour s’aligner sur les normes européennes et clarifier les parcours
- Le brevet infirmier hospitalier disparaît progressivement au profit de deux filières : assistant en soins infirmiers et bachelier
- Objectif affiché : améliorer l’attractivité du métier et répondre à la pénurie de personnel soignant
Le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté en commission conjointe une réforme attendue de la formation en soins infirmiers. Objectif : adapter les cursus aux exigences européennes, répondre aux évolutions du métier et lutter contre la pénurie de soignants, tout en clarifiant des parcours jugés jusqu’ici peu lisibles.
Une réforme imposée par l’Europe et le terrain
Cette refonte intervient dans un contexte de pression croissante sur le secteur des soins de santé. Une directive européenne impose en effet de nouvelles compétences aux infirmiers responsables de soins généraux (IRSG), notamment en matière d’autonomie décisionnelle, d’encadrement et d’intégration de la recherche. Dans ce cadre, le brevet d’infirmier hospitalier, historiquement centré sur la pratique, ne répond plus aux standards européens. Pour les étudiants inscrits après mars 2026, il ne sera plus automatiquement reconnu dans l’Union européenne.
Parallèlement, le niveau fédéral a introduit en 2023 une nouvelle fonction, celle d’assistant en soins infirmiers, obligeant les entités fédérées à adapter leur offre de formation. La Flandre s’est déjà alignée sur ces exigences.
Fin progressive du brevet infirmier hospitalier
Concrètement, le brevet infirmier hospitalier tel qu’il existe aujourd’hui — formation de 3,5 ans organisée dans l’enseignement secondaire — est appelé à disparaître progressivement. Aucune nouvelle inscription ne sera possible après l’année académique 2025-2026. Les étudiants déjà engagés pourront toutefois terminer leur parcours, y compris en cas de redoublement, avec une reconnaissance européenne garantie. Le gouvernement insiste sur ce point : il ne s’agit pas de remettre en cause les trajectoires en cours, mais d’adapter le système pour les futures générations.
Deux filières distinctes et une passerelle
La réforme introduit deux parcours principaux, en cohérence avec les besoins du terrain et le cadre européen des certifications :
- Assistant en soins infirmiers : une formation professionnalisante de trois ans organisée dans l’enseignement pour adultes
- Infirmier responsable de soins généraux (IRSG) : un bachelier dispensé dans l’enseignement supérieur
Une passerelle de deux ans (120 crédits) permettra aux assistants en soins infirmiers d’accéder au titre de bachelier. Les détenteurs actuels ou futurs du brevet infirmier hospitalier pourront également en bénéficier. Autre nouveauté : dès la réussite de la première année de formation, les étudiants obtiendront un visa leur permettant d’exercer comme aide-soignant.
Mise en œuvre progressive dès 2026
Le calendrier prévoit une transition en deux temps. Dès 2025-2026, les dernières inscriptions au brevet seront organisées. À partir de 2026-2027, la nouvelle formation d’assistant en soins infirmiers sera lancée dans l’enseignement pour adultes. Des programmes passerelles seront également mis en place pour faciliter les évolutions de carrière et valoriser les acquis.
Pour la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, cette réforme vise avant tout à clarifier une offre devenue trop complexe : « Cette réforme répond à un constat partagé : la baisse du nombre d’étudiants ne s’explique pas uniquement par un manque d’attractivité du métier, mais aussi par une offre de formation devenue peu lisible. » Elle estime que la nouvelle organisation permettra de « faciliter l’entrée dans la profession ainsi que la progression de carrière ».
Même constat du côté de la ministre-présidente Elisabeth Degryse : « Nous mettons fin au flou autour des titres et formations en créant trois parcours évolutifs et valorisants. Un dispositif lisible et flexible, pensé pour favoriser la progression de carrière. »
Un impact attendu sur la pénurie de soignants
Au-delà des aspects académiques, la réforme s’inscrit dans un enjeu plus large de pénurie de personnel soignant, particulièrement marqué en Belgique. Le ministre de la Santé Yves Coppieters souligne le rôle central des infirmiers dans le système de soins : « La profession infirmière est au cœur du système de soins. (…) En clarifiant les parcours de formation et en renforçant la reconnaissance des compétences, cette réforme donne à chacune et chacun une place claire et valorisée. »
Enseignants et personnel accompagnés
Les autorités assurent enfin que la réforme ne s’accompagne d’aucune économie budgétaire. Des mesures sont prévues pour accompagner les enseignants et garantir leurs droits, notamment en matière de barème salarial, d’ancienneté et de statut.
Les équipes pédagogiques pourront être intégrées dans le nouveau dispositif, notamment via un transfert vers l’enseignement pour adultes.