Près d’un senior sur deux améliore ses capacités physiques ou cognitives. Pourquoi continue-t-on à croire que vieillir rime forcément avec déclin ?
Vieillir ne signifie pas nécessairement perdre en mémoire, en mobilité ou en autonomie. Une vaste étude menée par des chercheurs de Yale remet en question l’une des idées les plus ancrées sur le vieillissement : celle d’un déclin inévitable.
Publié par Dominique Dewitte
Résumé de l'article
Une vaste étude de Yale montre que près d’un senior sur deux améliore encore ses capacités cognitives ou physiques après 65 ans, remettant en question l’idée d’un déclin inévitable lié à l’âge.
Pendant douze ans au maximum, les chercheurs Becca Levy et Martin Slade, de la Yale School of Public Health, ont suivi plus de 11.000 Américains âgés de 65 ans et plus. Ils se sont intéressés à deux indicateurs : la vitesse de marche, considérée comme un excellent marqueur de l’état de santé général, et les capacités cognitives, évaluées grâce à un test mesurant notamment la mémoire et les aptitudes de calcul.
Le résultat surprend : 45,15 % des participants ont progressé dans au moins l’un de ces deux domaines. Près d’un tiers ont obtenu de meilleurs résultats aux tests cognitifs et 28 % marchaient plus vite à la fin de l’étude qu’au début.
Ces améliorations sont loin d’être anecdotiques. Extrapolés à l’ensemble de la population américaine, ces chiffres représentent plus de 26 millions de personnes. En Belgique, cela correspondrait à plus de 1,1 million de seniors.
Les moyennes cachent une partie de la réalité
La plupart des études consacrées au vieillissement analysent les participants comme un groupe homogène. En calculant une moyenne, elles concluent effectivement à une détérioration progressive : le score cognitif TICS diminue de 1,39 point en moyenne et la vitesse de marche recule de 11,69 centimètres par seconde.
Mais cette approche masque des trajectoires individuelles très différentes. En considérant l'amélioration comme une évolution possible, et pas uniquement le déclin, les chercheurs obtiennent une image beaucoup plus nuancée du vieillissement.
L'Organisation mondiale de la santé utilise encore aujourd'hui un outil d'évaluation des capacités physiques et cognitives qui ne prévoit pas l'amélioration comme catégorie à part entière. Pour Becca Levy, il est temps de revoir cette manière d'étudier le vieillissement.
Notre regard sur l'âge influence aussi notre santé
Les chercheurs ont également examiné l'influence des représentations que chacun se fait du vieillissement. Les participants ont été invités à évaluer leur propre perception de l'avancée en âge à l'aide d'une échelle standardisée.
Là encore, le constat est sans appel : les personnes ayant une vision plus positive du vieillissement étaient nettement plus susceptibles d'améliorer leurs performances cognitives et physiques. Cette association reste valable même après avoir pris en compte l'âge, le sexe, le niveau d'études, la dépression, les maladies cardiovasculaires ou encore les prédispositions génétiques.
Ce lien n'est pas totalement nouveau. Des travaux précédents de la même équipe avaient déjà montré que des représentations négatives du vieillissement sont associées à certains marqueurs de la maladie d'Alzheimer, comme l'accumulation de plaques dans le cerveau ou une diminution de la taille de l'hippocampe, une région essentielle pour la mémoire et l'orientation spatiale.
À l'inverse, des croyances positives pourraient encourager davantage d'activité physique, renforcer le sentiment d'efficacité personnelle et stimuler l'engagement intellectuel, autant de facteurs favorisant un meilleur vieillissement.
Une idée reçue aux effets bien concrets
Pourtant, l'idée selon laquelle vieillir conduit inévitablement au déclin reste profondément ancrée.
Une enquête menée auprès de près de 40.000 personnes dans le monde révèle que 65 % des professionnels de la santé pensent, à tort, que toutes les personnes âgées développeront une démence. Dans le grand public, cette proportion grimpe à 80 %. Aux États-Unis, plus de trois quarts des plus de 40 ans s'attendent à voir leurs capacités cognitives se dégrader avec l'âge.
Or cette croyance peut devenir contre-productive. Des soignants persuadés qu'une amélioration est impossible proposeront moins volontiers des mesures de prévention ou des programmes de rééducation. Quant aux personnes âgées elles-mêmes, elles risquent d'adopter une forme de fatalisme et d'investir moins d'efforts dans des habitudes susceptibles d'améliorer leur santé.
Pour Becca Levy, le message est clair : il est temps de cesser de considérer le vieillissement comme une succession inévitable de pertes. Les données montrent qu'il peut aussi être synonyme de progrès. Et ce n'est pas une question d'optimisme, mais de faits.