Marcel Gauchet : « Nos élites ne comprennent plus qu’on puisse penser autrement qu’elles »
Dans un entretien accordé à L’Incorrect au printemps dernier, le philosophe Marcel Gauchet livre une réflexion sévère sur l’audiovisuel public, la liberté d’expression, les élites et l’état du débat démocratique. Une analyse qui continue de résonner bien au-delà de l’actualité qui l’a provoquée.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Pour Marcel Gauchet, le principal danger qui menace la démocratie n’est pas le populisme mais l’enfermement intellectuel d’élites incapables d’accepter la contradiction.
Les grands penseurs se distinguent souvent par une qualité rare : leur capacité à parler d’un sujet précis tout en décrivant une réalité beaucoup plus vaste. C’est ce que fait Marcel Gauchet dans un long entretien accordé à L’Incorrect à propos de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public français.
En apparence, la discussion porte sur France Télévisions, Radio France, l’Arcom ou encore la privatisation éventuelle de certains médias publics. En réalité, le philosophe décrit un phénomène bien plus profond : la rupture croissante entre les élites dirigeantes et une partie de la population, ainsi que l’affaiblissement des conditions mêmes du débat démocratique.
Son diagnostic est sans concession. « Nos élites dirigeantes fonctionnant en circuit fermé ne comprennent tout simplement pas qu’on puisse penser autrement qu’elles », affirme-t-il.
Nos élites dirigeantes fonctionnant en circuit fermé ne comprennent tout simplement pas qu’on puisse penser autrement qu’elles.
Marcel Gauchet
Pour Gauchet, la controverse autour de l’audiovisuel public n’est pas une querelle technique. Elle révèle une fracture culturelle qui traverse désormais la plupart des démocraties occidentales. Une partie importante des citoyens a le sentiment de ne plus être représentée, ni même entendue, par des institutions censées parler au nom de tous.
Marcel Gauchet : "Le problème de l’Arcom est qu’elle est la gardienne d’un bien public, à savoir la disponibilité d’un nombre limité de canaux d’émission. C’est ce qui justifie son rôle de veille au bon usage de ce bien rare qu’il lui revient de distribuer. Après, ce qui doit… pic.twitter.com/udTGbsbXRr
— Arthur de Watrigant (@WatrigantArthur) June 15, 2026
La question qui dérange
Le philosophe estime que la question soulevée par la commission parlementaire était parfaitement légitime : l’audiovisuel public est-il réellement au service du public ?
À ses yeux, le problème n’est pas seulement budgétaire ou organisationnel. Il concerne l’orientation intellectuelle et culturelle de ces institutions.
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