Suède : 50.359 voix font basculer le pays à gauche, Ulf Kristersson démissionne
La gauche suédoise remporte les législatives avec seulement trois sièges d’avance et 50.359 voix d’écart. Ulf Kristersson démissionne, tandis que Magdalena Andersson doit désormais résoudre les profondes divisions de son camp pour parvenir à former un gouvernement.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La gauche remporte de justesse les législatives en Suède avec 176 sièges contre 173. Ulf Kristersson démissionne et Magdalena Andersson tente désormais de former un gouvernement.
Le bloc de gauche emmené par Magdalena Andersson a remporté d’extrême justesse les élections législatives suédoises. Avec 176 sièges contre 173 pour la droite sortante, l’opposition dispose d’une majorité minimale au Parlement. Le Premier ministre conservateur Ulf Kristersson a reconnu sa défaite et annoncé sa démission.
Quatre ans après avoir quitté le pouvoir, Magdalena Andersson est désormais en position de retrouver la tête du gouvernement suédois. Mais sa victoire tient à peu de chose : les partis de gauche et du centre qui la soutiennent obtiennent 176 des 349 sièges du Riksdag, contre 173 pour le bloc de droite.
Selon le journal Dagens Nyheter, seulement 50.359 voix séparent finalement les deux camps. La participation atteint 84,8 %, soit 0,6 point de plus qu’en 2022. Le dépouillement aura été particulièrement spectaculaire : certains sièges ont changé plusieurs fois de camp au fil du comptage des derniers bulletins.
Ulf Kristersson a tiré les conséquences du résultat. « C’est désormais au président du Parlement qu’il revient de mener les prochaines étapes en vue de la formation d’un nouveau gouvernement », a-t-il écrit dans sa lettre de démission, demandant à être relevé de ses fonctions afin que les négociations puissent commencer immédiatement. Reuters confirme que tous les suffrages ont désormais été comptés, même si la certification formelle du résultat doit encore intervenir.
Une majorité de trois sièges, mais un bloc profondément divisé
Cette courte victoire ne garantit cependant pas à Magdalena Andersson de pouvoir former facilement un gouvernement. Son camp réunit notamment les sociaux-démocrates, les Verts, le Parti de gauche et le Parti du centre, dont les positions divergent sur plusieurs dossiers.
La difficulté est particulièrement manifeste entre les deux dernières formations. Le Parti du centre refuse de participer à un gouvernement comprenant le Parti de gauche. Ce dernier affirme, à l’inverse, qu’il ne soutiendra pas un gouvernement auquel il ne participerait pas. Les divergences portent également sur la fiscalité : le Centre s’oppose notamment à l’impôt sur les milliardaires défendu à gauche.
Magdalena Andersson devra donc transformer une majorité arithmétique de trois sièges en majorité politique capable de gouverner. « Maintenant commence le travail parlementaire, le travail de négociation pour qu’un nouveau gouvernement puisse être mis en place », a reconnu la dirigeante sociale-démocrate dans une allocution après le décompte.
Une forte mobilisation dans les quartiers issus de l’immigration
Le résultat s’explique également par une mobilisation importante dans plusieurs quartiers urbains comptant une forte population issue de l’immigration. Une analyse réalisée pour Reuters dans 786 circonscriptions où au moins la moitié des habitants sont nés à l’étranger ou ont deux parents nés à l’étranger montre que le centre gauche y a recueilli 73.000 voix de plus qu’au scrutin précédent. La participation y a progressé d’environ trois points.
À Rinkeby, quartier du nord de Stockholm abritant notamment une importante communauté d’origine somalienne, environ 94 % des suffrages sont allés au centre gauche, tandis que la participation a bondi d’une dizaine de points. Plusieurs responsables des Démocrates de Suède reconnaissent que certaines propositions du parti, notamment l’interdiction envisagée du voile islamique, ont pu mobiliser leurs adversaires.
Le politologue Erik Wångmar, interrogé par Dagens Nyheter, souligne de son côté les bons résultats sociaux-démocrates à Stockholm et la campagne particulièrement active du Parti de gauche dans les quartiers défavorisés. Il estime également que les controverses provoquées par des propos jugés antisémites et des idées qualifiées d’islamistes chez certains candidats de gauche ont pu moins rebuter une partie de l’électorat de ces quartiers. Il s’agit toutefois de son analyse du scrutin et non d’une conclusion directement établie par les résultats.
Premier recul électoral pour les Démocrates de Suède
L’autre événement majeur du scrutin est le recul des Démocrates de Suède. Le parti nationaliste et anti-immigration, qui soutenait la majorité sortante sans détenir de ministères, perd environ trois points par rapport à 2022. Il s’agit de son premier recul lors d’élections législatives depuis son entrée au Parlement en 2010.
Cette baisse a joué un rôle important dans la défaite du bloc de droite. Elle ne signifie cependant pas nécessairement un retour de la Suède à la politique migratoire très ouverte des années 2010. Les sociaux-démocrates ont eux-mêmes considérablement durci leur position et plusieurs politologues interrogés par Reuters estiment que l’essentiel du tournant restrictif pris par Stockholm devrait perdurer.
La victoire électorale de Magdalena Andersson ouvre donc une deuxième bataille, peut-être plus compliquée encore : celle de la formation du gouvernement. Les consultations entre les chefs de parti doivent commencer dès vendredi. Avec seulement trois sièges d’avance et des alliés qui posent des conditions contradictoires, le retour de la sociale-démocrate au pouvoir est désormais possible, mais la composition de sa future majorité reste à négocier.