Mélenchon : « Toute la société française doit connaître une phase de révolution citoyenne »
Interrogé samedi 12 septembre par L’Humanité, à la Fête de l’Huma, Jean-Luc Mélenchon a décrit l’après-victoire : « révolution citoyenne », « implication populaire de masse », transformation de l’État et sortie du « rapport capitaliste ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Jean-Luc Mélenchon annonce une « révolution citoyenne », un « contrôle populaire » et une transformation « de fond en comble » de la société s’il remporte l’Élysée. Des propos qui interrogent, deux ans après le « barrage républicain » de 2024.
Ce n’est ni une saillie de plateau ni l’une de ces polémiques dont La France insoumise est coutumière. Interrogé samedi 12 septembre par L’Humanité à la Fête de l’Huma, Jean-Luc Mélenchon parle calmement de ce qui devrait se produire si son camp remportait l’élection présidentielle. Et, cette fois, les mots méritent peut-être davantage d’attention précisément parce qu’ils sont prononcés dans un long échange consacré au projet politique : « révolution citoyenne », « intervention populaire », « contrôle populaire », « défense de la révolution citoyenne », « implication populaire de masse », transformation « de fond en comble » de la société.
Si nous remportons l'élection présidentielle, il faudra que vous participiez toutes et tous à la lutte pour transformer de fond en comble la société.
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) September 11, 2026
Nous devrons accomplir une transition de l'état actuel du rapport capitaliste dans la société à une autre forme d'organisation… pic.twitter.com/rvkQivYjAP
Dans un message publié parallèlement sur les réseaux sociaux, le fondateur de LFI résume lui-même la doctrine : « Si nous remportons l’élection présidentielle, il faudra que vous participiez toutes et tous à la lutte pour transformer de fond en comble la société. » Il annonce une « transition de l’état actuel du rapport capitaliste dans la société à une autre forme d’organisation de la société ». Deux instruments devront permettre cette transformation : « un gouvernement qui transforme la réalité de l’État » et « une implication populaire de masse ».
Si nous remportons l’élection présidentielle, il faudra que vous participiez toutes et tous à la lutte pour transformer de fond en comble la société.
Jean-Luc Mélenchon
Il ne s’agit donc pas seulement de gagner une élection puis d’appliquer un programme. Mélenchon décrit ce que devrait devenir la société française une fois la victoire acquise.
1981, ou l’erreur à ne surtout pas reproduire
Pour comprendre sa conception de l’après-victoire, Mélenchon remonte à François Mitterrand. Et la leçon qu’il tire de 1981 est particulièrement éclairante.
« Si on gagne et qu’on recommence comme on l’a fait en 1981, tous au garde-à-vous en attendant les consignes. Il ne se passe rien, il n’y a pas de mobilisation populaire, alors l’adversaire se redéploiera », explique-t-il. Autrement dit, une victoire électorale ne doit surtout pas entraîner la démobilisation de ceux qui l’ont rendue possible.
Mélenchon tourne même en dérision l’idée d’un soutien populaire qui se limiterait au vote et à l’approbation du gouvernement : « Vous vous levez le matin et vous dites : je soutiens le gouvernement, puis vous allez au boulot. Donc ça ne peut pas être ça le sujet. »
Le sujet est ailleurs : « participer à la lutte pour transformer de fond en comble la société ».
C’est alors qu’arrive la phrase la plus lourde de l’ensemble : « Toute la société française doit connaître une phase de révolution citoyenne, c’est-à-dire qu’on doit retrouver l’intervention populaire, le contrôle populaire, la défense de la révolution citoyenne. »
Chacun de ces termes peut être interprété séparément. Leur enchaînement dessine néanmoins une conception assez précise du pouvoir : le gouvernement issu des urnes transforme l’État tandis qu’une mobilisation populaire continue accompagne la transformation et entretient le rapport de forces afin que « l’adversaire » ne puisse se « redéployer ».
Mélenchon ne dit pas qu’il supprimerait les élections, interdirait l’opposition ou abolirait les libertés publiques. Mais il dit quelque chose de suffisamment considérable pour n’avoir nul besoin d’être augmenté : l’élection ne serait pas l’aboutissement du processus politique. Elle ouvrirait une « phase de révolution citoyenne » que la population devrait participer à faire avancer et à « défendre ».
« Dans chaque discours, je mets un truc »
Une autre confidence de Mélenchon mérite d’être relevée. Elle concerne sa manière de présenter ses projets.
Évoquant sa proposition de remplacer les régions actuelles par des « éco-régions », il raconte : « Quand je vous ai proposé de faire des éco-régions la première fois, personne ne s’en est rendu compte, c’est comme ça que je fais. Dans chaque discours, je mets un truc, puis le coup d’après, je le développe, puis le coup d’après, il y a un facho qui s’en rend compte et qui monte une campagne à mort contre moi et ça finit par marcher. »
L’aveu est presque amusé. Mélenchon décrit lui-même une méthode consistant à introduire une proposition, puis à la développer progressivement jusqu’à ce qu’elle entre dans le débat politique.
Il faut donc écouter ce qu’il dit ensuite. Selon lui, « la conjonction de la crise écologique et de la crise sociale et du capitalisme nécessite que nous ayons une réorganisation de l’État ». Et cette réorganisation ne serait pas marginale : « Nous supprimerons les anciennes régions pour créer les nouvelles régions. »
Ces éco-régions auraient notamment compétence sur « l’air, l’eau, la qualité de la terre, les mobilités et les maladies », au nom du « bien commun ». Mais le redécoupage territorial n’est que l’un des instruments d’une transformation beaucoup plus vaste.
« À chaque fois, vous touchez la nécessité d’une transition pour passer de l’État actuel, du rapport capitaliste dans la société, à une autre forme d’organisation de la société », poursuit Mélenchon.
À chaque fois, vous touchez la nécessité d’une transition pour passer de l’État actuel, du rapport capitaliste dans la société, à une autre forme d’organisation de la société.
Jean-Luc Mélenchon
Quelle forme ? Sa réponse est singulière : « Laquelle ? C’est celle que nous allons faire avancer ensemble. »
Le point d’arrivée reste donc moins précisément défini que le mouvement lui-même. Ce qui est explicite, en revanche, est l’ambition de quitter le « rapport capitaliste » actuel en transformant simultanément l’État et les rapports sociaux.
Le gouvernement d’un côté, la mobilisation de l’autre
Mélenchon précise ensuite la répartition des rôles. « La première responsabilité, elle est pour ceux qui gouvernent », dit-il. Ceux-ci devront mettre en place « immédiatement les chantiers qui transforment la réalité de l’État et de la relation sociale à l’intérieur du pays ».
Mais le gouvernement ne suffira pas. « En même temps, on a besoin d’une implication populaire de masse. »
En même temps, on a besoin d’une implication populaire de masse.
Jean-Luc Mélenchon
C’est ici qu’interviennent notamment les syndicats. Mélenchon prend soin de préciser qu’il ne veut pas leur dicter leur conduite : « Comptez pas sur moi pour vous dire ce que doivent faire les syndicats, parce qu’à chaque fois, ça me vaut des histoires. Donc motus et bouche cousue. »
Quelques secondes plus tard, il expose néanmoins le rôle qu’il espère les voir jouer. La section syndicale d’entreprise et la branche professionnelle auront selon lui « un rôle décisif », précisément parce qu’elles sont « accrochées au terrain ». Et sa conclusion ne laisse guère de doute sur l’attente : « Évidemment, bien sûr que nous comptons sur le fait que ça se mette en mouvement. »
Ainsi apparaît l’architecture générale : une victoire électorale, un gouvernement transformant immédiatement l’État, une société engagée dans une « révolution citoyenne », une « implication populaire de masse » et des organisations syndicales dont le futur pouvoir espère la mise en mouvement.
Ce n’est pas une accusation portée par les adversaires de Jean-Luc Mélenchon. C’est la séquence qu’il expose lui-même.
Il ne dérape pas : il explique
C’est finalement ce qui distingue ces propos de tant de controverses provoquées par La France insoumise.
Jean-Luc Mélenchon ne semble pas déraper. Il explique. Il explique pourquoi 1981 constitue à ses yeux un précédent à ne pas reproduire, pourquoi une victoire électorale ne suffira pas et pourquoi la mobilisation devra continuer. Il explique que l’État devra être réorganisé, qu’il faudra passer du « rapport capitaliste » à « une autre forme d’organisation de la société » et qu’il compte sur la mise en mouvement des structures syndicales. Il donne même un nom à la phase politique qu’il appelle de ses vœux : une « révolution citoyenne ».
L’aspect le plus saisissant de cet entretien tient peut-être justement à son calme. Il n’y a pas de bourde à excuser, de formule maladroite à réinterpréter ou de collaborateur embarrassé à désavouer. Il y a un dirigeant politique qui décrit ce qu’il estime nécessaire après une victoire présidentielle.