Centre du Samusocial à Uccle : 3.000 signatures contre un projet de 238 places dans un bâtiment prévu pour 74
À quelques jours de l’ouverture annoncée d’un centre du Samusocial destiné à 238 personnes à Uccle, l’opposition ne faiblit pas. Près de 3.000 signatures ont été recueillies et des riverains ont porté l’affaire devant la justice. L’un des initiateurs de la mobilisation s’est confié à 21News.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Le 15 septembre doit commencer l’installation des occupants du futur centre du Samusocial de la rue Beeckman. Quelque 238 demandeurs d’asile doivent à terme y être hébergés. Mais beaucoup d’Ucclois s’opposent catégoriquement à ce projet.
À Uccle, le compte à rebours a repris. Le 15 septembre doit, selon les informations communiquées aux riverains, commencer l’installation des occupants du futur centre du Samusocial de la rue Beeckman. Quelque 238 demandeurs d’asile doivent à terme y être hébergés.
Mais beaucoup d’Ucclois s’opposent catégoriquement à ce projet. Et derrière la contestation apparaissent désormais quelques chiffres qui expliquent son ampleur : un bâtiment initialement présenté pour 74 personnes mais destiné à en accueillir 238 et un loyer qui atteint la copieuse somme de 76.000 euros par mois pendant dix ans.
À l’origine de la mobilisation, Pierre raconte à 21News avoir découvert le projet presque par hasard, à la fin du mois de juin.
« J’étais sur les réseaux sociaux et je vois un article qui nous annonce l’ouverture d’un centre d’asile pour 238 migrants à Uccle. J’ai été assez étonné d’apprendre ça par les news », explique-t-il.
Quelques riverains directement voisins du site avaient, dit-il, été prévenus. Mais la pétition Save Uccle affirme que l’information n’aurait été communiquée que trois semaines avant l’installation initialement prévue à la mi-juillet.
« On n’a pas été du tout consultés »
C’est de cette découverte qu’est née la pétition Save Uccle, lancée le 22 juin. Elle approche désormais les 3.000 signatures.
Pierre ne considère nullement ce chiffre comme marginal : « C’est énorme. En deux mois, et pendant l’été, c’est énorme. » Il espère désormais atteindre 5.000 signatures, estimant que les vacances ont ralenti la mobilisation.
Surtout, le texte de la pétition permet de préciser les griefs des opposants. Ceux-ci disent reconnaître explicitement que « l’accueil des demandeurs d’asile relève des responsabilités des pouvoirs publics ». Mais ils réclament la publication des permis et autorisations, des avis des services d’incendie et de sécurité, des éventuelles études d’impact, des conventions avec les opérateurs ainsi que des informations relatives à la capacité du bâtiment et aux alternatives étudiées.
Une première réunion d’information a bien été organisée. Selon Pierre, quelques dizaines de personnes y auraient participé. Mais son reproche demeure identique : les habitants auraient été informés d’une décision déjà prise plutôt qu’associés à celle-ci.
« La directrice du Samusocial a plutôt dit : “Ne vous inquiétez pas, ils auront ça, ça, ça”, plutôt que de nous demander à nous, riverains, ce qu’on en pense, ce qu’on accepte », raconte-t-il.
Lorsque nous lui demandons s’il considère avoir été placé devant le fait accompli, la réponse fuse : « Tout à fait, tout à fait. »
La bourgmestre d’Uccle était présente, précise-t-il, mais « n’a pas pris position ». « On n’a pas été du tout consultés », insiste-t-il.
De 74 à 238 personnes
C’est probablement le chiffre le plus embarrassant du dossier — et celui sur lequel les opposants réclament désormais des explications précises.
Selon Save Uccle, le bâtiment de la rue Beeckman aurait initialement été présenté pour accueillir 74 personnes. Le projet prévoit pourtant d’y héberger 238 demandeurs d’asile, soit plus de trois fois ce nombre.
La pétition ne présente pas cet écart comme une simple question de confort. Elle demande aux autorités de démontrer que l’occupation prévue respecte les exigences d’urbanisme, de sécurité incendie, de salubrité et de capacité d’accueil.
Un membre du conseil communal affirme par ailleurs que le Samusocial aurait proposé au bailleur une somme plus élevée afin de pouvoir accueillir 238 personnes. Cette affirmation, également formulée dans la pétition, n’est toutefois pas accompagnée des documents permettant à 21News de la vérifier indépendamment.
Elle soulève néanmoins une question à laquelle Save Uccle demande une réponse publique : comment un bâtiment initialement présenté pour 74 personnes peut-il finalement en accueillir 238 ?
76.000 euros par mois pendant dix ans
L’autre chiffre avancé par la mobilisation concerne le coût du bâtiment. Selon la pétition, son loyer s’élèverait à 76.000 euros par mois dans le cadre d’un bail de dix ans. Cela représente 912.000 euros par an et, à montant constant, 9,12 millions d’euros sur l’ensemble de la période.
Là encore, Save Uccle réclame que soient rendus publics les critères ayant conduit au choix du site et les éventuelles solutions alternatives étudiées.
Ces 76.000 euros permettent également de préciser un passage de notre entretien avec Pierre : celui-ci reproche au dispositif ucclois d’être sensiblement plus coûteux que le bâtiment de Koekelberg d’où doivent être transférés ses futurs occupants.
Les opposants ne contestent donc plus seulement la localisation du centre. Ils demandent pourquoi ce bâtiment précis a été retenu, pour 238 personnes, à ce prix et pour une durée aussi longue.
Une bataille portée devant la justice
La contestation a parallèlement quitté le seul terrain politique. Une trentaine de riverains ont entrepris une action judiciaire qui a retardé l’ouverture, initialement envisagée pour le 14 juillet.
La tension a culminé au début du mois d’août. Pierre affirme que le Samusocial a commencé à s’installer le 3 août malgré une suspension judiciaire, avant de devoir quitter les lieux deux jours plus tard sur ordre du juge.
« Un privé ne pourrait pas faire ça, en tout cas, jamais », lâche-t-il. Save Uccle accuse également publiquement le Samusocial de n’avoir pas respecté la décision judiciaire. En l’absence, à ce stade, des décisions et pièces de procédure permettant d’en établir précisément la portée, cette accusation reste celle des opposants.
Une nouvelle réunion d’information doit désormais précéder l’ouverture annoncée pour le 15 septembre. Ses modalités irritent encore Pierre : les participants doivent, selon les informations reçues par les riverains, communiquer préalablement leur identité et leur adresse.
Il y voit un dialogue excessivement encadré. « Il n’y a aucun respect démocratique », accuse-t-il.
Forest comme avertissement
Pour expliquer ses inquiétudes, Pierre renvoie également à d’autres expériences bruxelloises.
À Forest, des habitants du quartier du Bempt se plaignent depuis plusieurs mois de nuisances autour d’un centre du Samusocial accueillant des mineurs étrangers non accompagnés. Des riverains interrogés par BX1 ont notamment évoqué tapage, bagarres, harcèlement et trafic de stupéfiants.
Le Samusocial conteste toutefois toute généralisation. Sa directrice générale, Sarah De Liamchine, reconnaissait l’existence d’incidents, tout en soulignant que les jeunes, une quinzaine, étaient fortement encadrés et que certains faits survenus dans le quartier étaient parfois automatiquement imputés au centre.
Pierre regarde néanmoins ce précédent avec inquiétude et insiste sur la différence d’échelle avec les 238 personnes annoncées à Uccle.
Il évoque également Koekelberg, d’où doivent être transférés les futurs occupants. À ses yeux, il existe un paradoxe : déplacer un centre depuis un bâtiment considéré comme inadapté pour installer ses occupants dans un autre dont les opposants contestent précisément la capacité à en accueillir autant.
Un « déménagement » qui ressemble à une implantation
C’est l’un des points les plus intéressants soulevés par les riverains. Administrativement, le projet est présenté comme le déplacement d’un dispositif existant. Vu d’Uccle, il s’agit nécessairement de l’arrivée d’un centre de 238 places qui n’existait pas auparavant.
La distinction explique en partie l’incompréhension. Ce qui peut être présenté comme une opération de continuité administrative à l’échelle de Bruxelles constitue, pour le quartier d’arrivée, une implantation nouvelle avec ses conséquences sur le voisinage et les services publics.
À court terme, il ne se fait guère d’illusions. Le 15 septembre approche et les procédures engagées n’ont pas, jusqu’ici, obtenu l’annulation réclamée. « Il faut rester optimiste parce que sinon on ne se bat plus », résume-t-il.
Derrière les 3.000 signatures, la contestation s’est en tout cas précisée. Les opposants ne demandent plus seulement pourquoi un centre doit s’installer à Uccle. Ils demandent pourquoi celui-ci doit accueillir 238 personnes dans un bâtiment qu’ils disent initialement prévu pour 74, pourquoi son loyer atteindrait 76.000 euros par mois pendant dix ans et pourquoi les habitants n’ont été informés que quelques semaines avant l’installation prévue.
À cinq jours de l’ouverture annoncée, ce sont désormais à ces questions très concrètes qu’ils attendent des réponses.
Contactée par nos soins pour l'entendre sur ce sujet, la commune d'Uccle nous a renvoyés vers ce qu'elle en dira au Conseil communal de ce soir. Nous ne manquerons pas de suivre le dossier.