« Une haine du mode de vie occidental » : le terroriste d'Arras renvoyé aux assises
Trois ans après l'assassinat du professeur Dominique Bernard à Arras, Mohammed Mogouchkov sera jugé devant une cour d'assises spéciale. Les juges ont en revanche prononcé un non-lieu pour son frère et son cousin, une décision dont le parquet national antiterroriste a annoncé faire appel.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Trois ans après l'assassinat de Dominique Bernard, Mohammed Mogouchkov est renvoyé aux assises. L'instruction éclaire ses motivations djihadistes.
Trois ans après l'attentat islamiste qui avait coûté la vie au professeur Dominique Bernard à Arras, le dossier franchit une nouvelle étape judiciaire. Ce mercredi 4 novembre, trois juges d'instruction ont ordonné le renvoi de devant une cour d'assises spécialement composée, rapporte Le Parisien, sur la base d'informations de l'Agence France-Presse (AFP).
Le parquet national antiterroriste (PNAT) a confirmé cette décision, ainsi que le non-lieu prononcé en faveur du frère cadet et du cousin de l'assaillant, également mis en cause dans la procédure. Le ministère public a toutefois annoncé son intention de faire appel de ces deux non-lieux.
Une attaque minutieusement préparée
Le 13 octobre 2023, Mohammed Mogouchkov, un ressortissant russe originaire d'Ingouchie, avait attaqué au couteau plusieurs membres du personnel de la cité scolaire Gambetta-Carnot, à Arras. Dominique Bernard, professeur de français âgé de 57 ans, avait été mortellement poignardé. Trois autres personnes avaient été blessées au cours de l'attaque.
Ancien élève de l'établissement et fiché pour radicalisation islamiste, l'assaillant avait enregistré avant son passage à l'acte une vidéo d'allégeance à l'organisation État islamique.
Selon l'ordonnance de mise en accusation consultée par l'AFP, les magistrats considèrent que l'attentat procédait d'un « dessein préalable » et d'une « minutieuse préparation ». Ils mentionnent notamment des repérages effectués sur les lieux et l'achat de couteaux.
Pour les juges, le choix des victimes et les circonstances de l'attaque traduisent la volonté de Mohammed Mogouchkov de « manifester sa haine du mode de vie occidental en général et de l'école en particulier ».
L'école visée comme symbole de la démocratie
Les déclarations de l'assaillant au cours de l'instruction éclairent également les motivations idéologiques de son geste. Mohammed Mogouchkov a notamment expliqué avoir voulu s'en prendre à un enseignant pour atteindre « la démocratie », inscrivant explicitement son action « dans la continuité d'actes terroristes précédemment commis en France ».
L'assassinat de Dominique Bernard avait profondément marqué la France, survenant presque trois ans jour pour jour après celui de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité par un terroriste islamiste le 16 octobre 2020, dans les Yvelines.
Dans les deux affaires, des enseignants ont été pris pour cible dans un contexte de radicalisation djihadiste, faisant de l'école un symbole directement visé par la violence terroriste.
Le parquet conteste les non-lieux
Si le renvoi de Mohammed Mogouchkov devant la cour d'assises spéciale constitue l'aboutissement de l'instruction le concernant, le sort judiciaire de son frère et de son cousin demeure incertain.
Les magistrats instructeurs ont estimé qu'il n'y avait pas lieu de les renvoyer devant une juridiction de jugement. Le PNAT a néanmoins décidé de contester cette appréciation en interjetant appel.
Le procès à venir devrait également permettre de revenir sur le processus de radicalisation de Mohammed Mogouchkov. En juin dernier, Richard Malka, avocat de la veuve de Dominique Bernard, avait souligné auprès de l'AFP l'importance particulière de cette audience pour comprendre les mécanismes du djihadisme.
Il estimait que ce procès serait « extrêmement important », notamment parce que l'assaillant avait longuement décrit, au cours de l'instruction, son propre « chemin de fanatisation ».