Pour Mathilde Panot, faire payer les casseurs serait « une atteinte grave au droit de manifester »
Interrogée sur la loi « casseur-payeur », Mathilde Panot dénonce une atteinte au droit de manifester. Mais lorsqu'Élisabeth Martichoux lui demande qui doit financer les dégradations, la députée LFI préfère évoquer le racisme, l'extrême droite et les cadeaux fiscaux aux plus riches. Une étonnante succession d'esquives.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur TF1, Mathilde Panot dénonce la loi « casseur-payeur », mais esquive les questions d'Élisabeth Martichoux sur le financement des dégradations.
« Manifester, ce n'est pas casser. » Il aura fallu qu'Élisabeth Martichoux rappelle cette évidence à Mathilde Panot, mercredi matin sur TF1, pour mesurer à quel point une question apparemment élémentaire pouvait devenir embarrassante.
La présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale était interrogée sur la proposition de loi dite « casseur-payeur », examinée au Sénat. Son principe : renforcer les possibilités de faire supporter financièrement les dégradations à des personnes impliquées dans des violences collectives. Un objectif soutenu par 87 % des Français, selon un sondage Elabe cité par la journaliste.
La réponse de Mathilde Panot est immédiate : il s'agirait d'une « atteinte grave au droit de manifester ». Elle propose même de rebaptiser le texte « loi pour porter gravement atteinte au droit de manifester ».
Élisabeth Martichoux lui oppose alors une distinction qui ne devrait guère prêter à controverse : le droit de manifester n'est pas le droit de détruire.
🔴🫵🏻 On lui parle de faire payer les casseurs, une mesure soutenue par plus de 87% des Français, elle répond « grave atteinte au droit de manifester »…
— Bleu Blanc Rouge ! 🇫🇷 (@LBleuBlancRouge) October 28, 2026
On lui parle de faire payer les casseurs, elle répond « Les Noirs et les Arabes »..
On lui parle d’une taxe émeutes qui est…
Quand la question des casseurs devient celle du racisme
La journaliste demande donc qui doit payer les dégâts : leurs auteurs, leurs proches dans les cas prévus par la loi, ou l'ensemble des Français ?
Mathilde Panot s'oppose à la mise à contribution des familles, notamment lorsque des retenues sur les prestations sociales pourraient affecter les frères et sœurs d'un jeune responsable de dégradations.
Sur ce point, un débat juridique et moral est parfaitement légitime. La responsabilité personnelle ne saurait être étendue sans limites à l'entourage d'un individu. Mais plutôt que de poursuivre sur ce terrain, la députée bifurque brusquement.
« Si c'est pour avoir de nouveau la droite, l'extrême droite, qui ont un tapis rouge pour reraconter ce qu'ils racontent depuis des jours, c'est-à-dire que ce sont les noirs et les Arabes qui seraient responsables des casses je mets une grosse alerte sur cette question », déclare-t-elle, avant d'établir un lien avec l'attentat raciste de Trappes.
Qui, dans la question d'Élisabeth Martichoux, avait parlé des origines des casseurs ? Personne. Le sujet était leur responsabilité financière. Mathilde Panot lui substitue une accusation visant le discours de ses adversaires politiques. « Vous déviez un tout petit peu », relève la journaliste. C'est peu dire.
Une taxe sur les assurances ? Parlons des multinationales
Élisabeth Martichoux tente alors une seconde approche. Selon Les Échos, le gouvernement envisagerait une « taxe émeute » de 0,8 % sur les contrats d'assurance automobile et habitation.
Autrement dit, une contribution susceptible de faire payer à l'ensemble des assurés les conséquences financières de violences auxquelles ils n'ont pris aucune part. « Est-ce que c'est pas antisocial, dans le fond ? », demande-t-elle.
Nouvelle occasion, pour Mathilde Panot, d'expliquer comment elle entend répartir le coût des dégradations. Nouvelle occasion manquée. La députée invoque cette fois les « 60 milliards » qui manqueraient dans les caisses de l'État depuis 2017, en raison des « cadeaux aux multinationales et aux plus riches ». Elle enchaîne sur le racisme, l'attentat de Trappes et les propos d'Aurore Bergé sur l'immigration.
La question portait sur une éventuelle hausse des primes d'assurance. La réponse s'est transformée en réquisitoire contre neuf années de macronisme.
Une critique possible, mais jamais véritablement développée
La proposition de loi soulève pourtant de vraies questions. Selon les dispositions présentées lors de son examen au Sénat, elle vise notamment à étendre la responsabilité civile à des personnes ayant sciemment participé à certains groupements violents. Ses opposants redoutent qu'elle ne fasse peser des conséquences financières sur des manifestants n'ayant pas eux-mêmes commis de dégradations.
Voilà un argument que Mathilde Panot aurait pu développer, et qui mérite d'être examiné. Mais il ne répond pas à l'autre question, celle qu'Élisabeth Martichoux n'a cessé de poser : qui doit assumer la facture des violences, si l'on refuse qu'elle soit répercutée sur les contribuables ou les assurés ?
À cette interrogation, la présidente du groupe LFI n'a apporté aucune réponse claire. Il reste de cet entretien une impression singulière : celle d'une responsable politique qui, invitée à discuter de la responsabilité des casseurs, aura trouvé le temps de parler de presque tout — sauf du problème posé.