Mélenchon à l’Élysée ? L’ancien patron du Medef prédit le FMI « au bout de six mois »
L’ancien président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux estime qu’une arrivée de Jean-Luc Mélenchon au pouvoir conduirait la France « sous tutelle du FMI » en six mois. Il juge notamment la nationalisation de TotalEnergies hors de portée d’un pays qui emprunte désormais autour de 4,5 % à dix ans.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Geoffroy Roux de Bézieux prédit une France « sous tutelle du FMI » six mois après une éventuelle arrivée de Jean-Luc Mélenchon au pouvoir.
L’ancien président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux livre un avertissement particulièrement sévère sur les conséquences économiques d’une arrivée de Jean-Luc Mélenchon au pouvoir. Interrogé sur la volonté de La France insoumise de nationaliser TotalEnergies, il estime que la politique économique du mouvement conduirait la France « sous tutelle du FMI » en seulement six mois.
« Il ne faut pas se tromper. » Invité de BFMTV, Geoffroy Roux de Bézieux n’a guère laissé de place à l’ambiguïté lorsqu’il a été interrogé sur les propositions économiques de La France insoumise.
Le point de départ de l’échange concernait TotalEnergies et la politique de prix pratiquée par le groupe. L’ancien patron du Medef a d’abord rappelé que le plafonnement décidé par l’entreprise était volontaire et non imposé par l’État.
Selon lui, cette politique est même contestée par certains actionnaires du groupe, notamment américains, qui préféreraient voir l’argent redistribué sous forme de dividendes.
Puis est venue la question de la nationalisation de TotalEnergies, régulièrement défendue par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise. Et c’est là que Roux de Bézieux a changé d’échelle.
💬 "Si Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir, on sera sous tutelle du FMI au bout de six mois"
— BFM (@BFMTV) September 14, 2026
➡️ Geoffroy Roux de Bézieux, ancien président du Medef, réagit à une potentielle nationalisation de Total, voulue par La France insoumise pic.twitter.com/hF8gGSO4xh
« On n’a pas les moyens de le faire »
« Est-ce qu’on peut nationaliser Total ? Ça va coûter des dizaines de milliards d’euros », a-t-il estimé, reconnaissant ne plus avoir en tête le montant précis de la capitalisation du groupe. « Je crois malheureusement qu’on n’a pas les moyens de le faire. »
Au-delà du coût de l’opération, l’ancien dirigeant patronal s’est attaqué au financement général du programme économique de LFI.
À l’argument selon lequel de nouvelles recettes pourraient être obtenues en taxant davantage les grandes fortunes, les héritages ou avec une taxe inspirée des propositions de l’économiste Gabriel Zucman, Roux de Bézieux oppose le risque de mobilité des contribuables les plus fortunés.
« Les riches, c’est ceux qui ont le plus la capacité à se déplacer dans le monde », a-t-il affirmé. À ses yeux, une telle politique ne pourrait produire durablement les recettes espérées si elle restait limitée à la France.
« Sauf si la taxe Zucman est mondiale — il y a quand même assez peu de chances que ça arrive —, c’est un fusil à un coup », a-t-il tranché.
Sauf si la taxe Zucman est mondiale — il y a quand même assez peu de chances que ça arrive —, c’est un fusil à un coup.
Geoffroy Roux de Bézieux
« Au bout de six mois, on sera sous tutelle du FMI »
C’est alors que l’ancien président du Medef a formulé sa prédiction la plus spectaculaire.
« Si jamais Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir avec La France insoumise, ça va durer six mois cette affaire. Et au bout de six mois, on sera sous tutelle du FMI. »
Si jamais Jean-Luc Mélenchon arrive au pouvoir avec La France insoumise, ça va durer six mois cette affaire. Et au bout de six mois, on sera sous tutelle du FMI.
Geoffroy Roux de Bézieux
Cette affirmation reste évidemment une projection politique de Geoffroy Roux de Bézieux : rien ne permet de déterminer qu'une éventuelle politique économique de LFI conduirait mécaniquement la France devant le Fonds monétaire international, encore moins dans un délai précisément fixé à six mois.
Mais l’avertissement intervient à un moment où les conditions de financement françaises se sont brutalement dégradées.
L’ancien patron du Medef l’a lui-même souligné : « On emprunte aujourd’hui à 4,5 %. Les Allemands sont à 3,5 %. »
Les marchés lui donnent, sur ce point, pratiquement raison. Le rendement de l’emprunt français à dix ans évoluait lundi autour de 4,47 %, contre environ 3,53 % pour son équivalent allemand. L’écart approche donc désormais un point de pourcentage, signe de la prime de risque plus importante réclamée par les investisseurs pour détenir de la dette française.
La dette pèse de plus en plus lourd
Le problème ne tient pas seulement au niveau actuel des taux. Il tient à leur rencontre avec une dette publique française qui dépasse désormais 3.500 milliards d’euros et un déficit qui reste très supérieur aux normes européennes.
Chaque année, l’État doit refinancer les titres arrivant à échéance tout en levant de nouvelles sommes pour couvrir son déficit. Une hausse durable des taux se transmet donc progressivement à la charge d’intérêts.
Les tensions actuelles ne sont d’ailleurs pas exclusivement françaises. Les marchés obligataires connaissent une forte poussée des rendements dans l’ensemble des grandes économies, alimentée notamment par les nouvelles craintes inflationnistes et l’envolée des prix de l’énergie. Mais la France conserve un handicap supplémentaire : les investisseurs lui demandent une rémunération sensiblement supérieure à celle exigée de l’Allemagne.
Pour Roux de Bézieux, cette situation limite considérablement les marges dont disposerait un gouvernement souhaitant augmenter fortement les dépenses ou engager de coûteuses nationalisations.
Une menace de perte de souveraineté financière
La référence au FMI n’est pas anodine. Elle renvoie au scénario dans lequel un État ne parvient plus à se financer normalement sur les marchés et doit solliciter une assistance extérieure en échange d’engagements sur sa politique économique.
La France n’en est pas là. Sa dette continue de trouver des acheteurs et Geoffroy Roux de Bézieux lui-même se dit « un peu moins pessimiste » que l’ancien ministre de l’Économie Bruno Le Maire sur l’imminence d’une crise financière.
Son avertissement porte plutôt sur ce qui se produirait, selon lui, si une politique économique jugée insoutenable par les investisseurs venait s’ajouter à la fragilité actuelle des comptes publics.
C’est précisément le paradoxe français : plus le pays dépend des marchés pour financer ses déficits, moins un gouvernement dispose de liberté pour ignorer leur jugement.
Pour l’ancien patron du Medef, une arrivée de Jean-Luc Mélenchon au pouvoir ferait brutalement apparaître cette contrainte. Là où La France insoumise promet de retrouver des marges de manœuvre en taxant davantage les plus fortunés et en reprenant le contrôle de grandes entreprises, Roux de Bézieux prédit au contraire une perte accélérée de souveraineté financière.
Et il fixe même l’échéance : six mois avant que, selon lui, les marchés ne présentent leur facture.