Léon XIV en France : une étape abandonnée à cause de deux points de deal
Une étape envisagée du voyage de Léon XIV à Bondy a été abandonnée pour des raisons de sécurité, notamment en raison de la présence de deux points de deal. À quelques jours d’une visite suivie dans le monde entier, l’épisode offre une image particulièrement embarrassante de la France.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une étape du voyage de Léon XIV à Bondy a été abandonnée, notamment en raison de deux points de deal. Un épisode embarrassant pour l’image de la France.
Il voulait aller à la rencontre des plus précaires. Le pape Léon XIV ne se rendra finalement pas à Bondy, en Seine-Saint-Denis, lors de sa visite en France à partir du 25 septembre. En cause : les impératifs de sécurité et, notamment, la présence de deux points de deal à proximité d’un lieu initialement envisagé pour accueillir le souverain pontife.
L’information, révélée par La Croix, pourrait presque sembler anecdotique tant les changements de programme sont fréquents lors des déplacements d’un chef d’État ou du pape. Elle offre pourtant une image particulièrement peu flatteuse de la France : celle d’un pays où le narcotrafic s’est suffisamment enraciné dans certains quartiers pour peser jusque sur l’organisation d’une visite pontificale.
Léon XIV est attendu en France du 25 au 28 septembre. À Paris, son déplacement mobilisera un dispositif de sécurité exceptionnel, avec environ 15.000 membres des forces de l’ordre et des mesures particulièrement strictes autour des principaux lieux visités.
Aller dans les « périphéries »
Le projet de Bondy répondait pourtant à une logique très différente des grandes cérémonies parisiennes. Les organisateurs souhaitaient que le voyage de Léon XIV ne se résume pas aux monuments, aux institutions et aux quartiers les plus prestigieux de la capitale.
Une étape en Seine-Saint-Denis avait ainsi été étudiée afin de permettre au pape d’aller à la rencontre de populations plus précaires. Selon La Croix, l’un des lieux envisagés se trouvait toutefois à proximité de deux points de deal. Les contraintes de sécurité ont finalement conduit à abandonner cette étape.
Le pape se rendra à la place à la Maison Bakhita, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Ouvert par le diocèse de Paris, ce lieu est consacré à l’accueil et à l’accompagnement des personnes exilées.
Le symbole est difficile à ignorer. Une visite précisément imaginée pour conduire le souverain pontife hors des secteurs les plus privilégiés de Paris se heurte à l’une des manifestations les plus visibles de la criminalité qui affecte certains quartiers français.
Une vitrine désastreuse pour la France
La visite d’un pape constitue un événement international considérable. Léon XIV est le chef spirituel de quelque 1,4 milliard de catholiques et ses déplacements sont suivis dans le monde entier. Pour la France, cette visite devait aussi être une vitrine : Notre-Dame, Paris, le patrimoine français et de gigantesques rassemblements populaires seront exposés aux caméras internationales.
L'épisode de Bondy en raconte une autre facette. Celle d'un pays qui doit composer, jusque dans l'organisation d'un événement diplomatique et religieux exceptionnel, avec des territoires où les trafics de stupéfiants constituent une donnée suffisamment importante pour entrer dans les calculs de sécurité.
Il serait excessif d'en conclure que Bondy serait une zone inaccessible ou abandonnée par la République. Des dizaines de milliers de personnes y vivent chaque jour. Mais le fait même que des points de deal aient compté dans l'abandon d'une étape pontificale suffit à mesurer le problème d'image.
La contradiction est d'autant plus saisissante que la France va mobiliser des moyens considérables pour protéger Léon XIV. À Paris, les autorités préparent un dispositif hors normes pour sécuriser Notre-Dame, les grands rassemblements et les déplacements du souverain pontife. Pourtant, lorsqu'il s'est agi d'envisager une étape au cœur de la Seine-Saint-Denis, la solution retenue a finalement été de renoncer.
Quand le narcotrafic modifie la géographie des visites officielles
La question dépasse largement le voyage du pape. Depuis plusieurs années, le narcotrafic s'est imposé comme l'un des problèmes majeurs de sécurité intérieure en France. Les points de deal ne sont plus seulement une nuisance locale : ils structurent parfois la vie de quartiers entiers, mobilisent durablement les forces de l'ordre et alimentent des violences entre réseaux concurrents.
L'épisode de Bondy fournit une illustration particulièrement frappante de cette emprise. Les trafiquants n'ont évidemment pas « chassé » le pape et rien n'indique qu'une menace spécifique aurait été dirigée contre Léon XIV. Le constat est plus prosaïque et, d'une certaine manière, plus embarrassant : l'environnement créé par l'activité criminelle a participé aux contraintes rendant cette étape indésirable du point de vue de la sécurité.
C'est précisément ce qui rend l'affaire si mauvaise pour l'image du pays. Une menace exceptionnelle peut frapper n'importe quelle capitale. Un point de deal est, au contraire, une réalité quotidienne, connue, localisée et durable.
De Notre-Dame aux points de deal
Le contraste risque donc d'être cruel. Léon XIV découvrira une France capable de déployer des milliers de policiers, de sécuriser le cœur de Paris et d'organiser des rassemblements réunissant des dizaines de milliers de personnes. Au Stade de France, quelque 80.000 jeunes sont notamment attendus pour une veillée avec le souverain pontife.
Mais le programme de sa visite aura également été façonné par une réalité beaucoup moins glorieuse : dans la périphérie immédiate de la capitale, deux points de deal auront contribué à faire disparaître une étape initialement envisagée.
La France montrera au pape ses cathédrales, ses avenues et son patrimoine. Elle lui épargnera certains de ses points de deal. Pour un pays qui entend rester l'une des grandes vitrines politiques, culturelles et diplomatiques de l'Europe, difficile d'imaginer symbole plus embarrassant.