56,5 millions de vues pour les théories accusant Israël du 11-Septembre
Les théories antisémites sur le 11-Septembre continuent de circuler massivement. Une étude a recensé 56,5 millions de vues en trois jours sur X, Instagram et TikTok.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, les théories accusant les Juifs ou Israël restent massivement diffusées. Le CAM recense 56,5 millions de vues en trois jours. L'organisation demande aux plateformes de cesser de promouvoir automatiquement ces contenus sans réclamer leur suppression.
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, les théories complotistes antisémites restent très présentes en ligne. Elles accusent notamment les Juifs ou Israël d’avoir organisé les attaques. D’autres prétendent qu’ils en auraient tiré profit.
Le Centre de recherche sur l’antisémitisme du Combat Antisemitism Movement (CAM) vient de mesurer l'ampleur du phénomène. Ses chercheurs ont étudié 174 publications à forte audience entre les 11 et 13 septembre 2026. Cette période correspond aux commémorations du 25e anniversaire des attentats.
Ces publications ont généré au moins 56,5 millions de vues. Elles ont aussi recueilli 1,2 million de mentions « J’aime ». Le CAM comptabilise également 122 000 partages et 46 000 commentaires. Ces chiffres correspondent à des vues cumulées et non à autant d'utilisateurs différents.
Les mêmes théories antisémites depuis vingt-cinq ans
Une grande partie de ces publications reprend des accusations anciennes. Elles présentent les attentats comme une opération secrète organisée par Israël ou des Juifs américains.
Larry Silverstein constitue l'une des principales cibles de ces récits. Cet homme d'affaires juif américain détenait le bail du World Trade Center lors des attentats. Les complotistes utilisent depuis longtemps cette circonstance pour nourrir leurs accusations.
D'autres publications vont plus loin. Elles accusent certains responsables américains d'avoir participé au complot. Leur objectif aurait été d'engager les États-Unis dans des guerres au Moyen-Orient favorables à Israël. Le CAM constate aujourd'hui la diffusion de ces deux récits sur les grandes plateformes.
Ces accusations ne correspondent pas aux conclusions des enquêtes consacrées aux attentats. La Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis a retracé la préparation de l'opération. Son rapport décrit le rôle d'Al-Qaïda et le parcours des 19 pirates de l'air.
La Commission a aussi étudié les nombreuses défaillances américaines avant les attaques. Elle relève notamment des faiblesses dans le renseignement et la coordination des administrations. Elle n'apporte cependant aucun élément établissant une responsabilité juive ou israélienne dans les attentats.
Les réseaux sociaux donnent une nouvelle vie au complotisme
Le phénomène ne date donc pas de TikTok, Instagram ou X. Les théories complotistes sont apparues rapidement après les attentats. Les réseaux sociaux ont cependant profondément transformé leur diffusion.
L'Anti-Defamation League (ADL) constate également leur persistance vingt-cinq ans après les attaques. L'organisation américaine a consacré une nouvelle analyse à leur évolution à l'occasion de l'anniversaire.
Le CAM estime surtout que ces récits ont quitté les espaces marginaux d'Internet. Des contenus autrefois confinés aux sites complotistes apparaissent désormais dans les fils de recommandation des grandes plateformes. Leur présentation évolue aussi. Des vidéos courtes ou des montages peuvent donner une apparence documentaire à des affirmations anciennes.
Une autre étude du même centre montre l'étendue du phénomène. Les chercheurs avaient analysé 4 360 publications sur X entre le 28 août et le 4 septembre. Parmi elles, 2 587 associaient le 11-Septembre à des théories antisémites. Cela représente 59,3% de l'échantillon étudié.
Près d'un cinquième des publications signalées associaient aussi le 11-Septembre à d'autres récits antisémites. Certaines évoquaient notamment Jeffrey Epstein, l'assassinat de John F. Kennedy ou les attaques du 7 octobre 2023.
Le CAM vise surtout les algorithmes
« Le 25e anniversaire du 11-Septembre aurait dû être un moment universel de mémoire et de réflexion », estime Oliver Marks. Le chercheur travaille au Centre de recherche sur l'antisémitisme du CAM.
Selon lui, les auteurs de ces publications ont profité des commémorations pour relancer d'anciennes accusations. Il dénonce notamment l'utilisation de Larry Silverstein pour donner une apparence crédible à ces récits.
Le Combat Antisemitism Movement ne réclame pourtant pas la suppression systématique de ces publications. L'organisation concentre sa demande sur les mécanismes de recommandation.
Elle souhaite que les plateformes cessent de promouvoir automatiquement ces contenus. Cela concerne les systèmes de recommandation, de découverte et de lecture automatique. Le CAM demande aussi davantage de transparence sur leur diffusion.
Le débat porte donc moins sur l'existence du complotisme que sur sa nouvelle puissance de diffusion. Vingt-cinq ans après les attentats, les mêmes accusations continuent de circuler. Les algorithmes leur permettent désormais d'atteindre en quelques jours des audiences autrefois inimaginables.